La médecin de Noyon dans l'Oise qui refusait de se faire vacciner contre le Covid-19 ferme définitivement son cabinet

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Véronique Rogez, médecin généraliste à Noyon dans l'Oise, a définitivement fermé son cabinet le 1er janvier. Refusant de se faire vacciner contre le Covid-19, elle ne peut plus exercer depuis le 15 septembre, date limite de la vaccination obligatoire pour les soignants.

La vidéo postée le 1er janvier sur son compte Facebook dure 50 secondes. Moins d'une minute suffit à Véronique Rogez pour annoncer qu'elle ferme son cabinet médical. "Je suis interdite d'exercer. Mon crime, c'est de ne pas être d'accord avec le gouvernement avec sa politique sanitaire et en particulier vaccinale", explique ce médecin généraliste de Noyon dans l'Oise avant de dévisser la plaque à son nom de son cabinet. Pas de détails, pas d'explication.

Obligation vaccinale pour les soignants

Au téléphone, après quelques réticences, le Dr Rogez accepte de répondre à nos questions, non sans avoir lancé : "ce n'est pas la question des anti-vax contre les pro-vax. Je ne suis pas anti-vax puisque je vaccine moi-même. La politique vaccinale anti-covid du gouvernement n'a aucun sens pour le médecin que je suis. Faire juste passer des tests, ça suffisait bien. Mais aujourd'hui, il n'y a que les gens vaccinés qui ont le droit de vivre."

Quand on a des anticorps contre un virus, on ne vaccine pas.

Dr Véronique Rogez

Le docteur Véronique Rogez avait défrayé la chronique début septembre parce qu'elle refusait de se faire vacciner contre le Covid-19. Une obligation pour tous les soignants imposée à la date limite du 15 septembre 2021 par la loi relative à la crise sanitaire votée le 6 août 2021 sous peine de sanctions.

La question des anticorps

Ayant contracté le virus en 2020, le Dr Rogez estimait être suffisamment immunisée pour ne pas avoir à se faire vacciner. Une position qu'elle défend toujours aujourd'hui : "J'ai eu le Covid parce que, comme les autres soignants, on était sur le front dès le début. Et j'ai toujours des anticorps. La dernière prise de sang que j'ai faite l'a montré, affirme la praticienne. Quand on a des anticorps contre un virus, on ne vaccine pas. Faire le contraire, ce n'est pas de la médecine."

Une étude du CHU de Strasbourg et de l'Institut Pasteur menée en mai 2020 sur 160 personnes ayant eu une forme légère du Covid-19 "montre que les niveaux d’anticorps sont, dans la plupart des cas, compatibles avec une protection contre une nouvelle infection par SARS-CoV-2, au moins jusqu’à 40 jours après le début des signes. (...) Reste à vérifier leur persistance dans le temps."

À ce jour, il n’existe pas encore de données permettant de définir des corrélats de protection, c’est-à-dire l’existence d’un niveau de protection par rapport à un taux d’anticorps mesuré.

Haute autorité de santé

Le 23 juin 2021

Ce que confirme la Haute autorité de santé (HAS) le 23 juin 2021 : "à ce jour, il n’existe pas encore de données permettant de définir des corrélats de protection, c’est-à-dire l’existence d’un niveau de protection par rapport à un taux d’anticorps mesuré. Par ailleurs, les résultats des tests sérologiques ne permettent pas de statuer sur une protection conférée, que ce soit sur le niveau de la protection ou sur sa durée dans le temps."

Des sanctions prévues par le code de la santé publique

Celle qui est généraliste à Noyon depuis 11 ans après plusieurs années comme médecin du travail n'a pas rouvert son cabinet après le 15 septembre : "si j'ouvrais le 15/09, j'étais menacée de 6 mois de prison et 10 000 euros d'amende sans procès donc sans aucune possibilité de s'expliquer", détaille le Dr Rogez. Pour être plus exact, les contrevenants s'exposaient aux sanctions prévues à l’article L3136-1 du code de la santé publique. Une amende forfaitaire de 135 euros pouvait être infligée dès le 15 septembre. Si l’infraction était à nouveau constatée fin octobre, l’amende s’élevait alors à 1 500 euros. Si les violations étaient identifiées à plus de trois reprises dans un délai de trente jours, les faits sont punis de 3 750 euros d’amende, six mois d’emprisonnement et une peine complémentaire de travail d’intérêt général.

"J'ai espéré quand même un peu pouvoir reprendre. Je me suis dit au 15 novembre que le pass sanitaire allait être arrêté. Mais finalement non. Et j'ai compris que je ne reprendrais jamais, raconte le Dr Rogez. J'ai la chance d'être à trois ou quatre ans la retraite. Donc je peux partir. Mais pour le moment, je ne gagne aucun revenu et j'ai des milliers d'euros chaque mois de charges que je dois continuer à payer."

Engagement politique

Car depuis le 15 septembre, Véronique Rogez ne consulte plus. Ses 1 200 à 1 500 patients ont dû trouver un autre médecin, "mais il n'y a plus de médecin. Notamment à Noyon. Plus personne ne veut être généraliste", déplore la praticienne. Elle, a pris des vacances, "et j'ai eu la chance d'avoir deux naissances parmi mes petits-enfants donc je suis allée aider mes enfants."

À la question "qu'est-ce que vous allez faire maintenant ?", le Dr Rogez répond qu'elle se bat toujours "sous une forme un peu plus politique." Engagée en politique auprès de Nicolas Dupont-Aignan et Debout la France dont elle fait partie du bureau national depuis 6 ans, elle tient à préciser : "je n'ai pas fait ça, je n'ai pas abandonné un travail qui me faisait très bien vivre pour faire finalement de la politique. C'est faux. Déjà financièrement, ça ne tient pas la route."

Mardi 4 janvier, le Dr Rogez a rendu les clés de son cabinet au propriétaire auquel elle le louait.