Réchauffement climatique : coup de chaud sur les poissons et pêcheurs de l’Oise

La fédération de pêche de l’Oise et l'agence de l'eau Seine-Normandie s’alarment d’une hausse générale des températures des cours d’eau, qui menace les espèces animales et végétales.

Il n’y a pas que l’atmosphère qui se réchauffe : les rivières aussi. En cette fin octobre, la fédération de pêche de l’Oise, qui surveille continuellement ses cours d’eau depuis 2016 via des sondes financées par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, tire la sonnette d’alarme.

"La température générale augmente au fil des années, avec des amplitudes plus importantes, un pic de l’été qui s’étend maintenant d’avril à octobre et octobre qui devient en lui-même un pic", analyse Mathilde Castro, directrice de la fédération, qui prépare un rapport complet sur le phénomène.

À Beauvais par exemple, la température moyenne du Thérain a augmenté de 0,7°C entre 2020 et 2021, et encore de 0,5°C l’année suivante. À Fresnoy-la-Rivière, celle de l’Automne a augmenté d’1°C entre 2016 et 2022. À Bienville, celle de l’Aronde suit une trajectoire beaucoup plus fluctuante d’une année à l’autre, mais il est devenu habituel de mesurer une eau dépassant les 19°C l’été tout en descendant à moins de 4°C l’hiver.

Cette tendance, alarmante, s’accompagne d’une baisse des débits, qui l’est tout autant. "L’été, nos sondes sont hors d’eau", rapporte Mathias Lambin, technicien à la fédération de pêche. Et ça ne devrait pas aller en s’arrangeant : l’agence de l’eau Seine-Normandie prévoit un recul de 10 à 30% des débits d’ici à 2050, en raison de l’assèchement des nappes phréatiques.

Menace sur les truites

Avec moins d’eau, des températures plus élevées et des variations plus importantes, le cocktail pourrait s’avérer détonnant pour la biodiversité des cours d’eau de l’Oise, végétaux comme poissons. Première inquiétude des pêcheurs : une disparition d’espèces, à commencer par la truite fario, exigeante en termes d’habitat et en cela grand indicateur de l’état de nos rivières.

"Quand la Brèche, par exemple, est mesurée à 21 ou 22 degrés… Ça devient létal pour la truite fario", s’inquiète Mathias Lambin. Au-delà de 19°C (et en deçà de 4°C), le poisson ne se nourrit plus.

"On a des mortalités, on peut aller vers l’extinction d’une espèce, renchérit Madisone Falconnet, chargée d’opération rivières et zones humides à l’agence de l’eau Seine-Normandie. Les cours d’eau de première catégorie peuvent basculer doucement vers des cortèges de deuxième catégorie, des poissons de type gardon, tanche, brème…"

On peut aller vers l’extinction d’une espèce.

Madisone Falconnet (agence de l'eau)

Le réchauffement des eaux favoriserait d’ailleurs des espèces envahissantes, qui pourraient accélérer la métamorphose des cours d’eau. "Malheureusement pour nous, les espèces qui résistent à la hausse des températures sont exotiques et font une concurrence alimentaire à nos poissons, explique le technicien Mathias Lambin. Elles peuvent aussi transmettre des virus ou des maladies."

Le brochet, pour sa part, serait menacé par l’irrégularité des températures. "Avec l’augmentation des phénomènes exceptionnels, il suffit d’une gelée ou d’un pic de chaleur - ça marche dans les deux sens - pour anéantir des reproductions ou des populations", selon Madisone Falconnet.

« Un cercle vicieux »

L’été 2023 a été le plus chaud de l’histoire, le mois de septembre également, l’année entière a de grandes chances de l’être : la corrélation est évidente. Et la causalité ? Dans le cycle de l’eau, bien des facteurs interfèrent sur la température : rejets d’industries ou de plans d’eau, déforestation, ouvrages retenant l’eau, etc. Mais oui, selon l’Agence de l’eau Seine-Normandie, c’est l’atmosphère qui fait dérailler le moulin.

"À rejets industriels constants, la température de l’eau augmente : c’est imputable au réchauffement climatique, affirme Madisone Falconnet. On estime que, d’ici 2050, il sera de +1,5 à +3°C, donc potentiellement la même chose pour les cours d’eau."

Logique. Le réchauffement de l’atmosphère diminue les précipitations et accentue l’évaporation, le tout réduisant la recharge des nappes phréatiques, qui peuvent moins alimenter les cours d’eau (réduction des débits), lesquels se retrouvent davantage vulnérables aux variations de température ambiante : l’eau se réchauffe, s’évapore, et ainsi de suite.

Pour ne rien arranger, la baisse des débits conduit à une plus forte concentration des polluants. Elle présente également un risque d’eutrophisation : la chaleur et le manque d’eau réduisent l’oxygène disponible dans les cours d’eau, faisant souffrir les poissons en plus de proliférer des algues parfois toxiques.

"C’est un cercle vicieux, confirme Mathilde Castro, la directrice de la fédération de pêche de l’Oise. Donc le poisson a d’autant plus besoin de trouver un refuge, les espèces doivent pouvoir se déplacer."

Que faire ?

Pêcheurs et agences de l’eau n’arrêteront pas le réchauffement climatique mais, localement, elles oeuvrent déjà pour changer le cours (d’eau) de l’histoire. Axe majeur : revenir au naturel.

"On participe à des opérations de reméandrage, témoigne la fédération de pêche de l’Oise. Les cours d’eau ont été très canalisés, alors on leur redonne un caractère naturel, des virages, qu’ils serpent plus pour favoriser l’écoulement. Ça limite le réchauffement et ça améliore globalement la qualité de l’eau."

La fédération soutient aussi les opérations de "restauration de la continuité écologique des cours d’eau", portées par les collectivités avec le soutien des agences de l’eau (donc de l’État). "On apporte un soutien fort, de l’ordre de 90% d’aide, souligne la directrice de l’agence de l’eau Seine-Normandie. Il s’agit d’effacer les points bloquants pour les poissons qui ont besoin de circuler pour trouver refuge, et les ouvrages créant des retenues d’eau stagnante qui s’évapore."

Mais l’agence en appelle aussi à la responsabilité de tous les consommateurs d’eau. "Il va falloir mettre l’accent sur la sobriété, insiste Madisone Falconnet. On ne peut pas décorréler les usages de l’eau et les débits : plus on prélèvera dans la nappe, moins il y aura d’eau dans les cours d’eau."

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