Arras : un projet de musée dédié à Robespierre, figure controversée de la Révolution Française

Portrait de Robespierre conservé au Musée Carnavalet à Paris.
Portrait de Robespierre conservé au Musée Carnavalet à Paris. © Domaine public
"Le projet d’un centre d’interprétation consacré à Robespierre, un des enfants d’Arras, est en cours de réflexion", a confirmé samedi sur Twitter Frédéric Leturque, le maire UDI d'Arras, à la suite d'un article publié par Libération. "Nous y travaillons collectivement avec raison et intelligence". Le quotidien avait en effet révélé la veille que la municipalité s'apprêtait à voter, d'ici le mois de février, la création d'un musée dédié à cette figure controversée de la Révolution Française, née à Arras le 6 mai 1758.

Ce centre d'interprétation devrait voir le jour à l'horizon 2026, dans la maison où Maximilien de Robespierre vécut avec sa soeur entre 1787 et 1789, alors qu'il était avocat. Un bâtiment sur lequel figure déjà une plaque commémorative.

Un projet à 800 000 euros

Le projet est chiffré à 800 000 euros dont 200 000 à 300 000 euros seraient financés par la ville. "Nous devons nous ouvrir l'esprit sur une page d'histoire de France et du monde telle qu'elle fut, sans se voiler la face", plaide Frédéric Leturque dans Libération. "Il est impossible de créer l'avenir si on ne comprend pas l'histoire. (Robespierre) a apporté à notre démocratie peut-être autant qu'il a pu lui prendre". "Nous aborderons autant la légende noire que la légende dorée", assure Laurent Wiart, son directeur du patrimoine.
Arras : un projet de musée consacré à Robespierre fait polémique

Élu député du Tiers état aux États généraux de 1789, Robespierre a défendu l'abolition de la peine de mort et de l'esclavage, le suffrage universel et l'égalité des droits. Surnommé "l'Incorruptible" pour son intransigeance, l'Arrageois fut aussi l'artisan de la Terreur au sein du Comité de salut public, entre 1793 et 1794 - avec ses arrestations et ses exécutions - avant d'être lui-même guillotiné le 28 juillet 1794.

Robespierre mérite mieux que la caricature faîte par la droite bourgeoise ou l'idôlatrie de l'extrême-gauche. 

Alexandre Cousin, élu d'opposition EELV à Arras dans "Libération".

"Même si le musée entend aborder la part sombre de Robespierre, cela revient à en faire la promotion", s'émeut dans Libération Matthieu Lamoril, ex-adjoint en charge du patrimoine puis de la culture. "Les garde-fous ne peuvent suffire. Imagine-t-on une expo "Hitler, jeune peintre à Vienne", avec quelques panneaux d'accompagnement sur le nazisme ?".

"Robespierre va enfin sortir du déni", se félicite au contraire Alexandre Cousin, élu d'opposition EELV. "Il mérite mieux que la caricature faîte par la droite bourgeoise ou l'idôlatrie de l'extrême-gauche".

Deux spécialistes de la Révolution comme commissaires scientifiques 

Pour le maire d'Arras, l'argument est aussi touristique, la notoriété de Robespierre dépassant très largement les frontières françaises. Frédéric Leturque dit ainsi avoir été questionné à son sujet lors d'un déplacement en Australie en 2014. 

Les historiens Guillaume Mazeau et Hervé Leuwers - deux spécialistes de la Révolution Française - feront partie des commissaires scientifiques de ce projet de musée Robespierre à Arras, sous la responsabilité de Gérard Barbier, président de l'Université pour tous de l'Artois. 
Ce musée devrait exposer plusieurs objets liés au révolutionnaire : des lettres personnelles paraphées, achetées par la ville, son acte de baptême, des médailles ou d'autres objets à sa gloire ou encore des boutons de veste... mais l'inventaire est sans doute loin d'être complet.
 
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