AstraZeneca. "Je veux juste que ça se sache" : un retraité du Pas-de-Calais porte plainte après le décès de sa femme

10 jours seulement après sa première injection d'AstraZeneca, Bernadette, 61 ans, décède brutalement d'une thrombose. Depuis, son mari Dominique se bat pour obtenir des réponses et pour que justice soit faite.
Bernadette a perdu la vie 10 jours après avoir reçu sa première dose d'AstraZeneca.
Bernadette a perdu la vie 10 jours après avoir reçu sa première dose d'AstraZeneca. © Loïc Venance / AFP

Un simple vaccin pour échapper au Covid-19 s'est transformé en drame. Dominique, 64 ans, habitant à Coulogne (Pas-de-Calais), a perdu sa femme, Bernadette, 61 ans, quelques jours après sa première injection d'AstraZeneca. Sa voix est brisée, quelques silences ponctuent notre entretien téléphonique, le temps de maîtriser ses émotions, car la douleur est vive. 

Tout commence par un courrier de la MSA, la sécurité sociale agricole, reçu en mars, dans lequel on l'informe qu'il peut se faire vacciner. "Je suis parti voir à la pharmacie et la pharmacienne m'a dit que mon épouse était aussi éligible. Elle était auxiliaire de vie, c'était une façon de protéger les petits vieux", lance Dominique au bout du fil. Le couple décide de se faire vacciner vendredi 26 mars. C'est leur première dose, aucun des deux n'avait contracté le Covid-19 auparavant. 

Lorsque Dominique et Bernadette se font vacciner fin mars, l’AstraZeneca fait déjà l’objet d’une polémique. Au début du mois, la France à l’instar de beaucoup d’autres pays a suspendu quelques jours les injections de ce vaccin. En effet, des risques de thrombose avaient été relevés chez des personnes ayant reçu des doses dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Alertée, l’Agence européenne du médicament (EMA) a rapidement fait réaliser des études pour revoir les risques liés à l’injection d’AstraZeneca. Et les rapports confirment à la fois l’efficacité du vaccin contre le coronavirus, et les risques de thrombose pouvant découler de son injection.

Les experts précisent que la survenue de cette complication peut être reléguée au rang des effets secondaires rares du vaccin. Cela s’explique notamment par sa faible fréquence, les chercheurs n'ont découvert qu’une dizaine de cas sur plusieurs millions de personnes vaccinées en Europe.

Pour le couple de Coulogne, les jours qui suivent leur vaccination s'écoulent sans problème, aucun effet secondaire. "Ça a commencé vendredi suivant, le 2 avril, soit huit jours après. Elle était prise de diarrhées, de vomissements et de douleurs au ventre, détaille-t-il. Il était 18h30, j'ai appelé la pharmacienne qui nous a dit de venir faire un test antigénique qu'on a fait tout de suite." Le résultat est négatif. La pharmacienne rappelle le lendemain pour avoir des nouvelles. L'état de Bernadette est bien meilleur que la veille. 

Ça a commencé vendredi suivant, le 2 avril, soit huit jours après. Elle était prise de diarrhées, de vomissements et de douleurs au ventre.

Dominique

Une douleur paralysante

Mais c'est la nuit du dimanche 4 au lundi 5 avril que la situation se détériore. "Elle a passé une mauvaise nuit, et pour la première fois, elle n'est pas partie au travail un lundi matin", se rappelle l'époux. Les symptômes apparaissent de nouveau vers 16 heures. La douleur est paralysante. "J'appelle le 112 vers 17 heures et ils l'ont emmené vers l'hôpital de Calais. Quelques temps après, ils m'annoncent qu'elle va être héliportée à Lille. Ils avaient vu une thrombose, et son état était bien pire que ce qu'ils pensaient". 

Il appelle le CHU de Lille à 23h30. "Elle était à l'hôpital Roger-Salengro. J'ai eu le médecin responsable qui m'a dit que le pronostic vital était engagé". A mesure que le récit avance, Dominique a besoin de prendre des pauses. Il a l'impression de revivre cette nuit-là où sa vie a basculé. 

Mardi 6, "vers 1 heure du matin, le médecin me rappelle et me dit qu'elle ne passera pas la nuit. Quand j'ai voulu y aller, je lui ai dit que mes enfants n'habitaient pas par ici. Il m'a interdit d'aller seul à l'hôpital et ils m'ont envoyé une ambulance depuis Lille car il n'y en avait aucune de disponible à Calais, pour que je puisse aller à son chevet."

Dominique arrive à l'hôpital lillois 30 minutes avant son décès. "Elle était inconsciente alors qu'à Calais, on va dire qu'elle était consciente". Avant qu'elle ne décède, il lui essuie une larme. Il est 4h40 quand tout se termine. "Je suis resté un peu avec elle puis l'ambulance m'a reconduit jusqu'à chez moi."

Vers 1 heure du matin, le médecin me rappelle et me dit qu'elle ne passera pas la nuit

Dominique

Un lien entre le décès et la vaccination "confirmé à 99%"

Vers 11h30, le médecin urgentiste l'appelle pour lui expliquer que le décès de sa femme est liée "à de multiples thromboses et me demande l'autorisation d'effectuer une autopsie." Il lui faut attendre 12 semaines pour avoir les résultats "après m'être bagarré des dizaines de fois et avoir été baladé d'un service à l'autre". Le lien entre le décès et la vaccination à l'AstraZeneca lui a été "confirmé à 99%".

Après réception et étude des documents médicaux, son avocat lui confirme le lien de cause à effet : "pour lui, il ne fait aucun douteIl me l'a écrit dans ce sens, il l'a écrit dans ce sens au procureur de la république de Boulogne", qui se charge du dossier. Dominique décide de porter plainte et de se constituer partie civile.

Je ne cherche ni l'argent, ni la vengeance, je veux juste que ça se sache et qu'il n'y ait plus de cas similaires.

Dominique

Il y a également une grande probabilité, selon Dominique, que "le dossier soit traité par le parquet de Paris". Mais la procédure s'annonce longue et sinueuse. "Ils vont sûrement attendre que des cas similaires soient traités pour faire un procès global." Pas question cependant pour l'époux de baisser les bras. "Au départ, on m'a proposé simplement de bénéficier d'un fonds de garantie, au quel cas il n'y aurait pas de procès. Mais je ne cherche ni l'argent, ni la vengeance, je veux juste que ça se sache et qu'il n'y ait plus de cas similaires." 

Contrairement à ceux des laboratoires Pfizer ou Moderna, l’AstraZeneca n’est pas un vaccin ARN messager mais utilise la technologie du vecteur viral. Il faisait partie de la campagne vaccinale en France depuis début février. Mais avec 30 cas de thrombose recensés au 7 mai dernier, les autorités optent pour des mesures drastiques. Le vaccin AstraZeneca sera désormais uniquement recommandé pour les personnes âgées de plus de 55 ans.

En Hauts-de-France, au 20 juillet 2021, 342.939 personnes ont été totalement vaccinées avec l'AstraZeneca, deuxième vaccin le plus utilisé après le Pfizer, qui lui a été injecté 1.948.135 fois. Derrière, on retrouve le Moderna, qui en comptabilise 201.652 et très loin, le Janssen avec... 92 injections !

Depuis le début de la vaccination avec l'AstraZeneca, l'Agence nationale de la sécurité du médicament recense "22.070 cas d'effets indésirables". La grande majorité de ces cas concernant des syndromes pseudo-grippaux, "souvent de forte intensité". Au 8 juillet 2021, 7.210.000 injections ont été réalisées. Mais désormais, toutes les doses de ce vaccin anglo-suédois achetées par la France sont destinées au programme Covax. Une annonce du ministère de la Santé ce mardi 20 juillet. Cinq millions seront ainsi envoyées "aux pays en développement" d'ici la fin du mois d'août. 

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