Bridgestone : faire profil bas ou se faire entendre... quand les stratégies des salariés du site de Béthune s'affrontent

Tous ne sont pas du même avis sur la marche à suivre.
© FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
Vaut-il mieux faire entendre sa voix, ou attendre sagement la fin des négociations pour la reprise l'usine de Bridgestone à Béthune ? Ces deux stratégies, en totale opposition, s'affrontent depuis peu devant le site, où 863 emplois sont menacés.

"On n'est pas là pour brûler"

"C'est certainement pas en attaquant l'usine Bridgestone, avant que les négociations soient abouties, qu'on va arriver à quelque chose !" proteste un salarié, avant de s'emporter : "Si j'en vois un avec un briquet et une palette, je lui fous une claque dans la gueule ! C'est simple ! On n'est pas ici pour brûler, on n'est pas ici pour cracher dans la soupe sur une usine qui nous a fait vivre pendant plus de 60 ans !"

Un autre lui répond, de l'autre côté du grillage : "Est-ce que t'as déjà vu une entreprise comme la nôtre, une multinationale", dans laquelle les salariés vont "attendre comme ça sans rien faire, être sage comme une image, et puis la direction va [leur] donner un chèque au bout du compte ?
Avenir de Bridgestone : deux stratégies s'affrontent
Difficile de trancher. Depuis l'annonce brutale du groupe japonais de fermer son site béthunois, mi-septembre, même le gouvernement s'impatiente. Son scénario, visant à investir sur le site pour l'orienter vers la production de pneus de qualité supérieure, a été refusé. La ministre déléguée chargée de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher a assuré qu'il fallait être "exigeants" avec Bridgestone, ajoutant qu'"aujourd'hui, le compte n'y est pas". Le conflit entre les syndicats, soutenus par une majorité de salariés, et le groupe qui se fait appeler Les Affranchis, a révélé les tensions au sein de la boîte. Pourtant, une chose est sûre : tous les salariés sont attachés au site, installé depuis 60 ans et bien ancré dans le paysage béthunois. "J'arrive pas à me projeter. J'essaie mais pour l'instant j'y arrive pas", confie Dominique Titrent. "Passer 20 ans là, quand même, en ayant eu un père qui a fait 40 ans ici, plus un grand-père qui a travaillé aussi depuis l'ouverture, je pensais faire toute ma carrière ici."  

Procédure pour suspendre la fermeture

Pour se défendre et se faire entendre, les "Affranchis" ont fait appel au médiatique Fiodor Rilov, spécialisé dns les plans sociaux, pour qui "ça suffit de tenter de manipuler les gens, de leur faire peur voire de les menacer, parce qu'ils veulent faire usage de leur liberté de contester cette décision inacceptable." L'avocat a engagé jeudi une procédure judiciaire d'urgence auprès du tribunal de Lille pour suspendre la fermeture de l'usine  Selon l'intersyndicale, le gouvernement aurait évoqué le 12 novembre l'intérêt que portait quatre industriels du pneu à une reprise partiel du site béthunois : un chinois, un turc et deux indiens.
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