Bridgestone Béthune : des salariés saisissent la justice pour reporter la fermeture de l'usine

Une quarantaine de salariés de l'usine Bridgestone, en rupture avec l'intersyndicale, se sont réunis dans un collectif nommé les Affranchis. Via leur avocat Maître Fiodor Rilov, ils viennent de saisir le tribunal judiciaire de Lille pour freiner la fermeture du site de Béthune de 18 mois.

Illustration de l'usine Bridgestone de Béthune.
Illustration de l'usine Bridgestone de Béthune. © DENIS CHARLET / AFP
Des salariés de l'usine Bridgestone de Béthune ont saisi jeudi le tribunal judiciaire de Lille en référé pour tenter de freiner la fermeture prévue du site, arguant d'une rupture brutale des relations commerciales avec le groupe, a annoncé leur avocat.

"La première assignation a été remise ce matin à Bridgestone France", a indiqué Me Fiodor Rilov, qui représente le collectif des Affranchis de Bridgestone, regroupant selon son président une "petite quarantaine" de salariés, en rupture avec l'intersyndicale.

Fiodor Rilov, avocat en droit social au barreau de Paris, est surnommé l’avocat rouge, reconnu pour être le pourfendeur des plans sociaux. Il a notamment forgé sa réputation dans les dossiers Goodyear, Continental ou encore les Trois-Suisses. Il défend actuellement les salariés de Cargill Haubourdin et vient de faire appel suite au refus du tribunal de suspendre le plan social en cours.

"Nous demandons la poursuite de la production pendant 18 mois"

La fermeture du site de Béthune, "aura pour conséquence la rupture du contrat de vente de pneus à Bridgestone Belgique, son seul client", un opération "soumise à des règles", le code de commerce prévoyant "un délai de préavis" qui peut aller jusqu'à 18 mois dans le cadre de relations commerciales anciennes, a expliqué Me Rilov. Nous demandons au juge "d'ordonner la poursuite des relations commerciales, et donc de la production pendant 18 mois", ce qui permettra "aux salariés de garder leur emploi et leurs rémunérations" pendant ce délai, et "pourrait amener Bridgestone à revoir ses projets", a affirmé l'avocat lors d'un point de presse.

L'audience a été fixée le 15 décembre mais pourrait être renvoyée au vu des délais de transmission au groupe japonais.

Rupture avec l'intersyndicale

Une deuxième procédure est en préparation visant cette fois à saisir le tribunal de commerce pour lui demander, considérant que la fermeture du site de Béthune met en danger l'existence de Bridgestone France, "de désigner un administrateur provisoire pour sauver l'entreprise contre les décisions de sa direction", a ajouté Me Rilov.

"Nous verrons ce que nous obtiendrons", a commenté le président des Affranchis et ex-délégué CGT David D'Hornes, plaidant pour un "rapport de force" avec la direction alors que "l'objectif de l'intersyndicale est de continuer les négociations et de rester calme". Ce jeudi 19 novembre, une manifestation avait lieu devant l'usine, rassemblant aux côtés des salariés  de Bridgestone des salariés de Cargill Haubourdin, de Maxam Tan de Mazingarbe ou encore Mickaël Wamen, leader CGT des Good Year.

"Il est grand temps que les travailleurs se mobilisent contre cette politique de destruction sociale, que toutes ces multinationales sont en train d’orchestrer avec l’appui du gouvernement au pouvoir. (…) Ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise économique historique que nous traversons !"

Dorian Vallois, délégué CGT Cargill Haubourdin

Le géant japonais du pneumatique a confirmé jeudi dernier son projet de fermeture courant 2021 de son usine dans le Pas-de-Calais, qui emploie 863 personnes. L'intersyndicale avait pour sa part accusé mardi la direction de "mauvaise foi" et de "manque de transparence" sur "les différents scénarii envisagés concernant la fermeture du site."
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