Un nouveau projet de ferme d'élevage de saumons provoque des inquiétudes à Boulogne-sur-mer

Un an après l'abandon d'un projet d'élevage intensif de saumons dans le Boulonnais, l'entreprise Local Ocean veut désormais implanter une ferme aquacole sur le port de commerce. Un projet ambitieux à 200 millions d'euros, qui envisage de produire 9000 tonnes de saumons par an. Mais cette implantation ne fait pas l'unanimité.

Y aura-t-il un jour du saumon "Made in Boulogne" dans nos assiettes ?

C'est en tout cas le souhait de l'entreprise Local Ocean. Son président, Alain Treuer, veut implanter sur le site du port de commerce de Boulogne-sur-Mer une ferme d'élevage intensif de saumons qui produirait 9000 tonnes de poissons par an et emploierait 70 salariés dès la première année d'exploitation.

"La France est le deuxième plus grand consommateur de saumon au monde après le Japon", explique le porteur du projet. "Or, plus de 99 % de ce saumon est importé. 

Moi je veux faire du saumon local, en circuit court, écoresponsable et durable.

Alain Treuer, président de Local Ocean

Ici, il y a tout : l'eau de mer, une ressource renouvelable presque infinie. À Capécure, (la première plateforme européenne de transformation de poissons, située à Boulogne-sur-Mer) on a également de la main-d’œuvre et un savoir-faire exceptionnel, notamment pour la transformation".

Le projet de Local Ocean s'appuie sur un procédé de re-circulation de l'eau de mer, dit RAS. Ici pas d'élevage en pleine mer, contrairement à ce qui se fait en Norvège, mais d'immenses bacs sur la terre ferme. Trente bacs de 19 mètres de diamètre et 7,5 mètres de hauteur, remplis d'eau pompée dans la mer. Chaque heure, 7500 m3 d'eau seront rejetés dans la mer.

Alors, à ceux qui lui reprochent cette utilisation de grandes quantités d'eau, Alain Treuer rétorque :"De ces 7 500 m3, 6 500 m3 seront utilisés pour le système de refroidissement. Cette eau ne touchera pas le poisson, elle retournera en mer telle que pompée auparavant. Les 1 000 m3 restants seront filtrés, purgés des bactéries, enrichis en oxygène, désinfectés par UV, puis injectés dans les bassins. Cette eau sera ensuite à nouveau traitée avant d’être réintroduite dans les réservoirs (99,5 % du débit du système). Il reste donc un petit pourcentage d’eau qui sera soigneusement nettoyé et traité avant d’être rejeté. Donc, il n' y a pas de pollution. On ne peut pas se permettre de polluer une eau que nous allons réutiliser !"

Des inquiétudes sur l'environnement

Depuis le 12 juin, le projet est entré dans la phase d'enquête publique. Les citoyens peuvent accéder aux 3500 pages qui constituent le dossier et émettre leurs réserves.

Car des inquiétudes, il y en a. Les arguments avancés par Alain Treuer ne rassurent pas les défenseurs de l'environnement. Hier soir, au cours d'une réunion publique organisée par le commissaire enquêteur, ils ont pu débattre avec le président de Local Ocean.

"Vous nous parlez de rejets d'azote dus aux excréments des saumons", interpelle Denis Buhagiar, conseiller communautaire Europe Ecologie les Verts, "315 kg par jour, ça fait 115 tonnes par an. Cela correspond à quatre semi-remorques rejetés chaque année près de la plage ! Cela pose le problème des algues vertes, comme en Bretagne" 

"Ces chiffres sont des seuils maxima. Nous serons en dessous de ces seuils. Nos rejets seront contrôlés à différents stades du process. Les algues vertes se développent dans des eaux stagnantes", rétorque Alain Treuer, "Ici, il y a suffisamment de courant."

Guy Laplatine, qui se définit comme un "Margat de Boulogne"(un gosse de Boulogne) craint lui aussi les risques de pollution. "La punition ce sera pour les Boulonnais. Si demain, il y a une pollution massive, puisque vous allez rejeter de l'eau chaude réchauffée jusqu'à 8 degrés, avec une soupe biologique et chimique, de résidus organiques, on est sur des centaines de tonnes qui peuvent provoquer une sorte de bombe biologique qui viendrait polluer tout notre littoral, avec des incidences sur le tourisme et l'économie locale. Le ratio bénéfice-risque n'en vaut pas la chandelle !"

Les thèmes de l'alimentation des saumons, de l'impact sur les phoques et les oiseaux ont également été abordés.

Mais les deux heures de questions-réponses n’ont pas suffi à dissiper les inquiétudes. Ce sera désormais au préfet de trancher sur la validité ou non du projet, à l'issue de l'enquête publique qui doit se poursuivre jusqu'au 12 juillet.

 

 

 

 

 

 

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