Elections Municipales : Bruay-la-Buissière, bastion d'une gauche disloquée avec un RN en embuscade

L'actuel et l'ancien maire PS de la ville se déchirent et briguent tous les deux un nouveau mandat, tandis que le député RN souhaite proposer l'alternance. Tensions politiques dans la ville du Bassin minier à un peu plus d'un mois des municipales.
L'hôtel de ville de Bruay-la-Buissière.
L'hôtel de ville de Bruay-la-Buissière. © GOOGLE
"Ici, les gens sont désespérés, les socialistes se bouffent l'un l'autre... et l'extrême droite récolte les miettes !", peste François Kaniechi, ex-mineur de 79 ans "inquiet" de la popularité du RN à Bruay-la-Buissière, bastion socialiste du Pas-de-Calais où la gauche se déchire avant les municipales. 

La moustache relevée par un sourire nostalgique, l'ancien délégué CFE-CGC se souvient de sa ville "ouvrière, syndiquée, de gauche", bouillonnante aux abords des fosses creusées par la Compagnie des mines. "Mais c'était avant" la fin de l'exploitation du charbon, avant la désindustrialisation. "Aujourd'hui, il n'y a plus de travail dans le bassin minier", soupire-t-il.

A quelques pas, sous une verrière émeraude, le jadis réputé "Passage de la Flânerie" est devenu fantôme. Vitres brisées, panneaux "à vendre" et tags jaunis dissimulent les locaux poussiéreux qui abritèrent une galerie marchande. "Bruay, c'est mort ! Les commerçants plient bagage les uns après les autres", se lamente Robert Ducatez, conducteur d'engin au chômage, incriminant la vaste zone commerciale nord contre laquelle "les socialistes n'ont rien fait".


29% de pauvreté


Dans "le 3", quartier perché sur une colline, Céline et Déborah, trentenaires, se sentent "abandonnées". Ici, "pas de supermarché, pas de distributeur, pas de parc", critiquent-elles, déplorant "l'état catastrophique des routes et de l'école".

Beaucoup évoquent aussi les 23% de chômeurs et la pauvreté qui touche 29% des habitants d'une ville où seul un ménage sur trois est imposable.

Depuis qu'il a repris l'écharpe de maire en 2017 après la démission de l'ancien édile Alain Wacheux, "Olivier Switaj travaille, il fait des choses", reconnaît Caroline, 40 ans, mais "ça reste Bruay: les jeunes s'ennuient, traînent, dégradent tout".

"J'ai pas honte, je voterai RN", tranche Céline, réclamant "du changement". "Je vote pas, ça ne sert à rien !", réplique Caroline, quand Sabrina veut elle "faire barrage au RN". Mais "personne ne comprend rien aux embrouilles" dans la majorité, pique François Kaniechi.


"Suicide politique"


Car, dans cette ville de 22.000 habitants, née d'un mariage en 1987 entre Bruay-en-Artois et Labuissière, le maire Olivier Switaj (PS) et Bernard Cailliau (ex-PS), maire de la commune associée, briguent le même fauteuil. 

Investi par le PS, Olivier Switaj entend "défendre son bilan". "En 2017, la majorité s'est engagée : le maire élu devait être candidat en 2020", argue-t-il, regrettant plusieurs "trahisons". Sa liste "arc-en-ciel" entend "rassembler les couleurs politiques" avec des candidats PS, MRC et "non cartés". 

Bernard Cailliau s'estime lui mieux placé face au RN, se prévalant d'un sondage Ifop à l'automne selon lequel il devancerait de dix points au premier tour le candidat du RN, le député Ludovic Pajot, alors qu'Olivier Switaj perdrait de six points. Il est notamment soutenu par des militants EELV, LFI, PCF ou sans étiquette. "Le FN a fait 40% aux municipales de 2014, avec une candidate inconnue", rappelle-t-il, évoquant aussi les 47% du RN aux européennes et la victoire de M. Pajot aux législatives.

Pour "reconquérir la ville", M. Switaj entend "recréer une centralité" dans cette "juxtaposition d'anciennes cités devenues quartiers" quand M. Cailliau axe son programme sur la "proximité" et "l'action climatique".

"Regrettant" ces tensions, le PS a obtenu "l'engagement d'un rassemblement au second tour", explique Thierry Occre, premier fédéral du PS dans le département. Pour lui, "aucun élément de sondage ne laisse craindre une victoire du RN" dès le premier.

"Ces deux listes, c'est l'équivalent des deux candidats LREM à Paris, c'est un suicide politique !", tance au contraire Daniel Percheron, ancien président PS de la région.


"Sortir de la galère"


Sécurité, fin de l'extension de la zone commerciale, multiplication des animations : le député Ludovic Pajot déroule lui son programme, établi grâce aux "rencontres sur les marchés" ou aux échanges avec les "600 habitants" reçus dans sa permanence.

"Bruay-la-Buissière n'a jamais eu d'alternance", martèle-t-il, tissant un parallèle avec la voisine Hénin-Beaumont - conquise par Steeve Briois en 2014- qui "souffrait aussi d'un endettement important et d'investissements à la traîne".

"J'aime autant Bernard qu'Olivier, mais Ludovic est intéressant", hésite Philippe, 51 ans. "Mais l'important, c'est pas le parti, c'est qu'on nous sorte de la galère".
 
 
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