Calais : après le démantèlement, la situation des migrants est "sinistre" selon les associations

Plus d'une semaine a passé depuis le démantèlement du campement de la rue des Huttes à Calais. Pourtant, sur place, la population migrante est de nouveau aussi nombreuse, mais souffre du manque de tentes, d'accès à l'eau, aux douches, à l'alimentation. 

Malgré le démantèlement, de nombreux migrants sont revenus à Calais et souffrent du manque de tentes et d'accès à l'eau.
Malgré le démantèlement, de nombreux migrants sont revenus à Calais et souffrent du manque de tentes et d'accès à l'eau. © FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
"On estime à un millier, le nombre de migrants actuellement sur Calais", juge Claire Millot, secrétaire de Salam, association d'aide aux migrants. Dix jours après la visite du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, et douze jours après le démantèlement de la rue des Huttes de Calais où 519 personnes avaient été évacuées, quasiment toute la population est revenue. 

Ces personnes migrantes "n'ont aujourd'hui plus d'accès à l'eau potable, aux douches, à l'alimentation", selon Médecins du monde, Amnesty International, Médecins sans frontières, le Secours catholique et la Cimade, qui s'alarment de cette situation dans une lettre ouverte à Gérald Darmanin.Privées de leur tentes -détruites- ces personnes sont confrontées à "l'arrêt de la principale distribution alimentaire et du dispositif des douches" qui existait sur place, avant le démantèlement du 10 juillet. Les robinets d'eau potable "disponibles 24h/24 rue des Huttes", selon la préfecture du Pas-de-Calais sont eux "inaccessibles, en raison de la présence policière" pour empêcher une reformation du campement. 

"La Vie active réalise encore des distributions alimentaires derrière l'hôpital et une distribution d'eau de 40 minutes tous les jours, mais c'est insuffisant. Imaginez si les 1.000 personnes venaient, ce serait impossible qu'ils aient tous accès à l'eau en ce temps si court", dénonce Claire Millot. 

Ce n'est pas en niant un problème qu'on le résout. Ces gens n'ont pas d'endroit pour aller aux toilettes, n'ont pas accès à l'eau potable.

Claire Millot, association Salam

Si les migrants ne sont effectivement plus présents dans la rue des Huttes, ils sont désormais dispersés dans la ville. "Il ne faut plus de migrants à cet endroit-là. Donc la police bloque l'accès de la route, mais à Calais, il y a des exilés un peu partout. Ils sont au moins 300 du côté de la piscine, d'autres se cachent dans d'autres endroits."

"La Vie active ne va pas dans ces nouveaux endroits car ils ne veulent pas créer de point de fixation. Ils se disent que si on ne leur donne pas à manger, ou de douche, ils ne resteront pas. Hors, ce qu'on constate, c'est que malgré tout, ils sont là et ils continuent à venir. Calais et la proximité avec l'Angleterre les attirent et non pas les conditions d'accueil", rappelle l'associative. 

De son côté, la préfecture du Pas-de-Calais rétorque qu'il existe "trois lieux de distribution alimentaire sur Calais. Suite à la forte diminution des migrants installés à proximité de la rue des Huttes, la distribution des repas, sur ce site, a été suspendue. Elle continue d'être assurée par les agents de la Vie Active sur le site du Virval et à Jacques Monod. Sur ces deux sites, la distribution d'eau intervient pendant la distribution des repas."

Des démantèlements vains ? 

"Tant que les empreintes Dublin ne sont pas levés, ils vont revenir", estime Claire Millot. Ces empreintes digitales sont prélevées sur les migrants lorsqu'ils rentrent dans la zone des "États Dublin" (Union européenne, Royaume-Uni, Islande, Norvège, Suisse et Liechtenstein).

L'exilé doit alors faire sa demande d'asile dans le pays dans lequel il a enregistré ses empreintes. Beaucoup des personnes présentes à Calais ont déposé leur empreinte en Espagne, Italie, Grèce qui sont les principaux pays d'entrée dans l'Union européenne.

"Le règlement de Dublin autorise les États à lever ces empreintes. La France l'avait fait lors du démantèlement de la Jungle de Calais en octobre 2016", rappelle Claire Millot.

A Calais, ce n'est pas une politique d'accueil, mais une politique de découragement. On les laisse dormir les migrants dehors à même le sol, car on les a privés de leurs tentes et duvets lors du dernier démantèlement.

Claire Millot, association Salam

Selon elle, cela aura permis à la plupart des 4.000 personnes alors placées dans des centres d'accueil et d'orientation de demander l'asile en France, et de ne pas revenir sur Calais. "Pendant deux mois, nous n'avions plus de migrants à Calais. Ceux qui sont arrivés après étaient de nouvelles personnes que l'on n'avait jamais vues."

Elle en est persuadée : "Si en France, on propose un accueil véritable, ils pourraient décider de demander l'asile, car ce qu'ils espèrent de l'Angleterre, au-delà de retrouver un membre de leur famille, c'est de pouvoir avoir un toit, une douche, la possibilité de trouver un travail au noir. En pouvant demander l'asile ici, ils auront les mêmes possibilités tout en étant dans la légalité."

Pour la préfecture du Pas-de-Calais, ces démantèlements ne sont pas vains. "Menées sur la base de flagrance, ces opérations sont réalisées sous l'autorité du procureur de Boulogne-sur-Mer. Elles ont pour but d'éviter la constitution de campements insalubres et de bidonvilles sur Calais."
 
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