Mazingarbe : l’usine Maxam Tan placée en liquidation judiciaire

Le tribunal de commerce de Lille Métropole vient d’annoncer la liquidation judiciaire de l’usine Maxam Tan, située à Mazingarbe non loin de Lens. Une poursuite d’activité de 3 mois a été par ailleurs décidée pour sécuriser le site, sous condition d'acceptation par les 74 salariés.

Après des mois de calvaire, la liquidation judiciaire de Maxam Tan à Mazingarbe vient d'être prononcée.
Après des mois de calvaire, la liquidation judiciaire de Maxam Tan à Mazingarbe vient d'être prononcée. © France 3 Hauts-de-France

Elle était implantée depuis 1897 à Mazingarbe, village situé à équidistance de Béthune et de Lens. L’usine historique qui fabrique du nitrate d’ammonium - rachetée à Total par le groupe espagnol Maxam Tan en 2011, lui-même détenu par un fond de pension américain - vient d’être officiellement placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Lille Métropole, faute de repreneurs.  

En outre, le tribunal a également décrété la poursuite d’activité sur le site pendant trois mois, afin de sécuriser l’usine classée Seveso seuil haut (considéré comme hautement dangereux), 1000 tonnes d'ammoniac étant toujours stockées sur place. Cependant, les salariés n'ayant pas répondu favorablement à l'accord financier proposé par l'entreprise, ils doivent signer - ou non - dans les sept jours. 

Un scénario malheureusement écrit d’avance d’après les 74 salariés du site, alors que l’usine ne tournait plus depuis le 17 juin dernier. Selon eux, la direction espagnole de Maxam Tan a procédé à "une faillite organisée pour avoir des contrats avec le principal concurrent en Europe", expliquait en décembre dernier Virginie Govaert, de la CFDT. Retour sur ce que les salariés considèrent comme un "abandon" qui a mené à la liquidation du site. 

26 octobre : redressement judiciaire, "un scandale" 

Le 26 octobre dernier, le site de Mazingarbe est placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille métropole. La direction du groupe espagnol explique alors que la concurrence est très vive et que l’usine de Mazingarbe n’est pas rentable. 

Ce que contestent tout bonnement les salariés. Selon eux, l’entreprise - qui cherchait un repreneur depuis plusieurs mois déjà - a ainsi procédé à une "faillite organisée." La direction du site de Mazingarbe évoquait même "un scandale", dénonçant une "société voyou." 

16 décembre : sursis accordé avant liquidation judiciaire 

Début novembre, un appel aux repreneurs potentiels est lancé, mais les salariés de Mazingarbe n’y croient pas. "Est-ce que vous achèteriez une voiture dont le moteur ne tourne pas ?" se demandait alors Stéphane Hugueny, membre du CSE et délégué CFDT. Finalement, le groupe Titanobel (leader de fabrication et de distribution d’explosifs) se fait connaitre, avant de se rétracter quelques jours plus tard, emportant avec lui les derniers espoirs des salariés. 

Le 16 décembre, les 74 salariés de l’usine se sont alors rendus devant le tribunal de commerce, munis d’un cercueil pour ce qui semblait être le dernier acte de cette usine historique. Finalement, un sursis leur a été octroyé pour leur permettre la poursuite de l’activité en redressement judiciaire, avec pour objectif de permettre aux salariés de trouver un accord financier avec leur employeur espagnol. Ils demandent le versement d’une "prime de production".

6 janvier : deux scénarios se dessinent 

Ainsi, deux scénarios possibles se dessinaient pour l’audience de ce mercredi 6 janvier : le licenciement sec des salariés de l’usine ou la liquidation avec poursuite d’activité permettant de sécuriser le site et d’espérer une prime à la hauteur des espérances des salariés.  

Un nouveau sursis avait alors été accordé aux salariés, afin de conclure les discussions entamées autour de l’accord financier et de la "prime de production". Sur place, Fernando Iglesias - président du groupe Maxam - avait spécialement fait le déplacement depuis Madrid, sans toutefois ne faire aucun commentaire. À noter qu’il a été licencié le 7 janvier. "Peut-être pour sa gestion désastreuse" de la crise à Mazingarbe, se demande Philippe Dutkiewick, adjoint au développement économique de la commune. 

13 janvier : liquidation judiciaire 

En début de semaine, la direction du groupe a proposé aux 74 salariés une "prime de production" de 25 000 euros bruts transactionnels (comprendre une prime versée à chaque salarié, qui ne peut plus attaquer l'entreprise en justice par la suite). Ce mercredi 13 janvier, sur demande du tribunal, les 74 salariés étaient ainsi invités à répondre à cette question : "acceptez-vous ou non de sécuriser le site pour le montant fixé par la direction ?" 

Avec 45% de réponses positives, 18% d’avis négatifs et le reste n’ayant pas souhaité se prononcer, le tribunal a considéré que les salariés avaient répondu favorablement à cette question et a annoncé la liquidation judiciaire de Maxam Tan à Mazingarbe avec trois mois de poursuite d’activité pour sécuriser le site et vider la cuve contenant les 1000 tonnes d'ammoniac.   

La cuve sur le site de Mazingarbe ou 1000 tonnes d'ammoniac sont toujours stockées.
La cuve sur le site de Mazingarbe ou 1000 tonnes d'ammoniac sont toujours stockées. © France 3 Hauts-de-France

Cependant, "les salariés n'ont pas répondu à l'accord transactionnel" explique Philippe Dutkiewick. Plusieurs questions se posent désormais : le groupe va-t-il faire une nouvelle offre aux salariés ? Vont-ils signer l'accord transactionnel dans les sept jours ? Si leur réponse est négative, le préfet pourrait toutefois les réquisitionner pour sécuriser le site sans pour autant devoir vider la cuve remplie de 1000 tonnes d'ammoniac ; tandis que les salariés seraient à même d'attaquer le groupe Maxam Tan aux prud'hommes et au pénal. Une procédure qui pourrait durer "à minima entre 6 et 8 ans" estime l’adjoint au développement économique de la commune. 

Quant à l’avenir du site, Philippe Dutkiewick ne se fait guère d’illusions. "On travaille avec la DREAL pour réhabiliter ce site, mais les sols sont extrêmement pollués." Selon lui, il faudrait entre 80 et 100 ans pour espérer réhabiliter totalement les 160 hectares.

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