Pollution au plomb de Metaleurop : plus de 7 500 enfants et jeunes appelés à se faire dépister dans 5 communes du Pas-de-Calais

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Écrit par Baptiste Mezerette avec Martin Vanlaton

Dix ans après la dernière campagne de dépistage collectif au saturnisme, la préfecture du Pas-de-Calais annonce relancer l'opération dans les communes limitrophes de Metaleurop. Une décision qui survient après les révélations du journaliste Martin Boudot, sur la pollution persistante au plomb, vingt ans après la fermeture de la fonderie.

Après l'émoi des élus, citoyens et associations, la préfecture du Pas-de-Calais a décidé de réagir. Une nouvelle campagne de dépistage collectif au saturnisme est lancée, depuis le 20 juin, dix ans après la dernière opération de ce genre. Une décision qui fait suite à l'enquête de Martin Boudot, journaliste pour l'émission d'investigation Vert de Rage (France 5) et réalisateur d'un documentaire consacré aux conséquences de la pollution au plomb de la fonderie Metaleurop, vingt ans après sa fermeture. Le fruit de ce travail avait été présenté publiquement à la salle des fêtes d'Evin-Malmaison, le 29 avril dernier.

7 600 familles sollicitées par l'ARS

"Pour répondre à l’inquiétude récemment exprimée par une partie de la population du territoire, une campagne de dépistage collectif est proposée aux enfants et jeunes de moins de 18 ans", a indiqué le préfet Louis Lefranc, dans un communiqué. Cinq communes sont concernées par ce dispositif : Evin-Malmaison, Courcelles-lès-Lens, Noyelles-Godault, Leforest et Dourges. Les trois premières sont situées au sein de la zone PIG (projet d'intérêt général), délimitant les lieux les plus polluées. Les deux autres ont été ajoutées, sur la demande des maires, par "principe de précaution", comme l'explique Christian Musial, de Leforest.

L'Agence régionale de la santé (ARS) a ainsi envoyé, lundi 20 juin, 7 600 courriers aux familles concernées par ces dépistages, qui devraient donc débuter dans les prochains jours. Une campagne de grande ampleur très attendue, alors que la dernière en date remontait à 2012. "Il faut voir si aujourd'hui encore, dans ce périmètre, il y a des possibles contaminations au plomb chez les enfants et chez les adultes, et si la pollution continue de se diffuser, indique Christophe Pilch, président de la communauté d'agglomération Hénin-Carvin. Le travail des élus, c'est de sensibiliser la population pour qu'ils aillent se faire dépister, afin que l'on puisse contrôler s'il y a réellement un problème sanitaire, ou pas."

Des dépistages entièrement remboursés

Dans son communiqué, la préfecture du Pas-de-Calais tient à rappeler que "de nombreuses actions de dépistage et d'informations ont été menées depuis la fin des années 90, afin de mesurer et limiter l'impact de cette pollution pour la santé des habitants." Huit campagnes collectives ont été mises en place avant 2012, au sein des trois principales communes : Evin-Malmaison, Courcelles-lès-Lens et Noyelles-Godault. Au fil des années, les autorités sanitaires ont constaté une "baisse importante", notamment depuis 2007, des niveaux d'intoxication au plomb. "Durant les dix dernières années, une seule déclaration de saturnisme a été enregistrée dans les communes concernées", avance la préfecture.

Louis Lefranc explique ainsi l'absence de dépistage systématique lors de cette dernière décennie : "en raison de la faible participation aux dépistages organisés et de cette nette diminution de l’imprégnation, les opérations de dépistage collectif ont été substituées par des dépistages pouvant être prescrits individuellement par n’importe quel médecin du secteur."

Les habitants "recevront prochainement un courrier de l’Assurance maladie les invitant à se rendre avec leur enfant dans le laboratoire de leur choix pour effectuer une prise de sang, ou à contacter un(e) infirmier(ère) pour faire réaliser le prélèvement au domicile", précise la préfecture du Pas-de-Calais. Ce dépistage est intégralement pris en charge par l’Assurance Maladie. Le résultat de ce test sera aussi adressé au médecin traitant.

Des analyses de sols pour confirmer les chiffres de l'enquête

Du plomb dans les écoles, les aires de jeux, les stades ou encore les jardins... Vingt ans après la fermeture de Metaleurop, en 2003, la pollution de l'environnement semble persistante, comme l'a démontré l'enquête du réalisateur Martin Boudot, diffusé à la rentrée prochaine. Dans son documentaire, le journaliste et son équipe ont fait des prélèvements à plusieurs endroits, pour des résultats inquiétants. Par exemple, ils ont mesuré des taux 3,6 à 5,7 fois supérieurs à la réglementation dans les potagers d'Evin-Malmaison. Des niveaux également supérieurs à la normale dans des installations accueillant des enfants, comme l'école Françoise Dolto ou bien le stade Gérard Houiller.

C'est pourquoi "un programme de prélèvements et de mesures" des sols va être mis en place par l’Agence de la Transition écologique (ADEME). Celui-ci va cibler trois zones, les mêmes que pour l'enquête de Vert de Rage. D'abord, les établissements scolaires ou crèches situés à l’intérieur du périmètre du PIG. Ensuite, les sols à proximité des espaces sportifs du stade Gérard Houiller à Evin-Malmaison. Enfin, une parcelle ayant bénéficié du remplacement de ses terres par l’ADEME dans le cadre d’une opération d’aménagement par un particulier. "Des tests similaires ont également été sollicités auprès de l’exploitant de la plateforme installé sur l’ancien site de Metaleurop", ajoute la préfecture.

Quelle forme prendront ces mesures des sols ? "Il sera procédé à deux prélèvements, l’un portant sur les 5 premiers centimètres de profondeur du sol, couche classiquement visée pour caractériser une exposition par contact direct, et l’autre portant sur les 25 premiers centimètres de profondeur", détaille le préfet dans son communiqué.

En parallèle de ces contrôles effectués par les moyens de l'Etat, et avant l'annonce du préfet, l'agglomération Hénin Carvin s'est elle aussi engagée à conduire des prélèvements dans les sols pour évaluer les taux de contaminations. "On est en train de missionner des professionnels pour le faire", a confié Christophe Pilch, président de la communauté de communes.

"Je n'ai pas de doute sur les résultats de ces prélèvements"

Depuis plusieurs années, l'action, ou plutôt l'inaction de l'Etat, était pointée du doigt par plusieurs acteurs locaux, associatifs ou élus. En 2018, l'association Pige (Pour l'intérêt général évinois), constituée de 87 habitants de la commune d'Evin-Malmaison, avait porté plainte pour demander réparation du "préjudice écologique" et "d'angoisse". La communauté d'agglomération d'Hénin-Carvin avait emboîté le pas quelques mois plus tard, avec une nouvelle plainte contre l'Etat.

"Si le préfet bouge, tant mieux, a réagi Bruno Adolphi, président de la Pige. C'est déjà une reconnaissance de l'ensemble des actions que l'association mène depuis x temps." Au-delà de cette satisfaction, ce dernier se projette dans l'après. Que faire si tous les prélèvements viennent confirmer les données alarmantes de l'enquête du journaliste Martin Boudot ? "Je n'ai pas de doute sur les résultats de ces prélèvements, avance-t-il. On redemandera à l'Etat le décapage de l'ensemble des terrains contaminés." À savoir, près de 700 hectares autour de l'ancien site de Metaleurop.