Chantage, coups, violences sexuelles : une Picarde raconte l'enfer des violences conjugales

Depuis le début de l'année 2019, 137 femmes ont déjà été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France. / © MAXPPP
Depuis le début de l'année 2019, 137 femmes ont déjà été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France. / © MAXPPP

Le 25 novembre est la journée de lutte contre les violences faites aux femmes. À cette occasion, de nombreux collectifs féministes organisent partout en France des rassemblements ce samedi. Une Picarde raconte l'enfer qu'elle a vécu pendant des années avec un mari violent.

Par RI avec ER

"On sourit en public, et on pleure dans sa chambre", confie une victime de violences conjugales que nous appellerons Émilie. Coups, menaces de mort, hurlements... Elle a vécu dans la peur pendant 12 ans de vie commune. "J'ai subi l'isolement. Je ne côtoyais plus mes amis, et ma famille ne vivait pas dans la région, je ne les voyais pas souvent. Et puis, on n'a pas envie de raconter que ça se passe mal chez nous."

Une nuit, alors qu'il menace de la tuer, elle tente de s'enfuir avec son fils. Lorsque la gendarmerie arrive, il affirme qu'elle est devenue folle. "Cet épisode a traumatisé mon fils, il m'en parle encore aujourd'hui, 7 ans après.

Violence psychologique

C'est d'ailleurs lorsque son fils la supplie de "ne rien dire quand Papa crie" et d'attendre que ça passe, qu'elle prend la décision de se défaire de cette union qui la détruit. Dans un premier temps, elle entame en secret une procédure de divorce. Mais son mari s'en rend compte, et lui met toujours plus de pression. "Il venait sur mon lieu de travail, il me suivait, il épluchait mon téléphone tous les jours. Si je quittais à 18h, il fallait que je sois à la maison impérativement à 18h30. Si j'avais cinq minutes de retard, je savais que ça allait mal se passer."

Pour asseoir son autorité sur sa femme, il utilise la peur et l'intimidation. "Il se mettait tout contre mon visage et me hurlait dessus, j'étais tout simplement liquéfiée." En tout, elle dépose sept mains courantes, toutes avec interruption temporaire de travail, mais a trop peur pour déposer une plainte.

Violences sexuelles

Elle fuit le lit conjugal, mais un soir, il l'oblige à se coucher près de lui. C'est alors qu'il franchit encore une autre limite en lui imposant un rapport sexuel. Elle s'enferme alors dans sa voiture pour appeler les gendarmes. Arrivés sur place, il conseille au mari de quitter le domicile. "J'ai subi des violences sexuelles par mon mari, et je me suis retrouvée seule dans cette maison." Les gendarmes ont en effet laissé l'enfant avec son père. "Je l'ai pris comme une sanction."

A la procédure de divorce s'ajoute alors une procédure au pénal. "Un chemin de croix", d'après Émilie. "C'est très éprouvant. L'audition, surtout, parce qu'on vous demande de relater les faits. On vous interroge, on rentre dans les détails de manière très crue, très impresonnelle. On vous demande : "vous êtes certaine d'avoir dit non ? un vrai non ?" On a honte, on se sent coupable, on se sent sale. La culpabilité et le sentiment d'être souillée, ça vous colle à la peau. C'est très difficile de s'en défaire.

Le long chemin vers la reconstruction

"J'ai regretté d'avoir appelé la gendarmerie cette nuit-là. Je me suis retrouvée à devoir justifier que ce qui s'était passé n'était pas normal."

D'autant que le temps de la justice est long, très long. "On m'a reconvoquée presque un an après pour des questions complémentaires. C'est difficile d'être précis sur certains petits détails un an après, de se replonger dedans, et de revenir dans les locaux aussi."

À l'époque, Émilie se rassure en pensant qu'en sortant de sa garde à vue, une injonction empêcherait son mari de revenir au domicile. Il n'en est rien. Les forces de l'ordre ont simplement "déconseillé" à l'homme de s'y rendre. "Il venait la journée pendant mon absence et il retournait l'appartement. Je rentrais du travail, tous les placards étaient vidés, tous mes sous-vêtements par terre, tous les jours pendant 10 jours. Jusqu'au jour où il a vidé la maison, la veille de rentrée scolaire."

Aujourd'hui, 4 ans après, libérée de son emprise, Émilie se reconstruit. Mais le sentiment de culpabilité est toujours là. "Je m'en veux de ne pas avoir réagi plus tôt". Le sentiment de ne pas avoir suffisamment préservé son fils, aussi. "J'ai mis plus de deux ans à ne plus avoir peur, et à me dire qu'il faut aller de l'avant. Mais ce n'est pas acquis. (...) Je suis sur la bonne voie."



 

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