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Rio 2016 – escrime : les cinq secrets de Jérémy Cadot

Les jeux olympiques 2016 arrivent à grand pas. A cette occasion, la rédaction web de F3nord vous présente les sportifs qui défendront les couleurs nordistes à Rio. Aujourd’hui Jérémy Cadot, escrimeur français d'Hénin-Beaumont, réservé et d’un calme olympien.
« La plume est plus puissante que l’épée », se persuadait Victor Hugo. Au XIXe siècle encore, on croisait le fer sinon pour se tuer au moins pour s’amocher. Il en va tout autrement aujourd’hui : l’arme tranchante s’est transformée en sport de combat et se confond avec l’histoire de l’olympisme. Jérémy Cadot, actuel meilleur français au classement mondial, représentera le Pas-de-Calais aux Jeux de Rio. Fort de sa place dans les tout meilleurs fleurettistes, il ne cache pas ses ambitions : « l’objectif c’est la gagne. Je vise l’excellence et je vais me battre pour aller chercher ce précieux métal. C’est peut-être mon unique occasion de disputer les jeux olympiques alors il faut en profiter. A Rio on a de grandes chances de médaille en individuel et par équipe, il faut les saisir. »

Timide et discret

Il se dit réservé et plutôt en retrait, fuyant les foules et l’agitation collective. Jérémy Cadot s’exprime pourtant avec une grande simplicité et beaucoup d’assurance. De sa voix basse et authentique, il confie ses appréhensions : « Au milieu d’un groupe, surtout avec des gens que je ne connais pas, j’observe et j’ai du mal à m’ouvrir. Je considère ma timidité comme un défaut. Je travaille pour le corriger. J’ai appris à évoquer ma vie privée, mon sport et mes études, c’est un bon début. Mais je vous rassure, cela ne m’empêche ni de vivre, ni de me socialiser. » Son fleuret dans la main gauche, plus question de s’inquiéter des autres. « Physiquement je sors d’entraînements intensifs. Je ressens pas mal de fatigue. Mais je suis obligé de passer par là pour me retrouver au top de ma forme le jour J. »



Inspiré par la télé

Enfant à Noyelles-sous-Lens, Jérémy se retrouve rapidement à jouer au tennis. Mais la petite balle jaune ne lui plaît pas : « mes parents voulaient me mettre au sport. A 5 ans je me suis passionné pour un combat d’escrime qui passait à la télévision. J’ai tout de suite voulu en faire et ma mère m’a trouvé un club à côté de chez moi. » Plus tard, son maître d’arme d’Hénin-Beaumont lui choisit le fleuret. « Je n’ai pas vraiment eu mon mot à dire. On s’approprie l’arme privilégiée par le club. » Par rapport aux autres armes, le fleuret multiplie et accroît les subtilités : « on ne peut toucher l’adversaire qu’au niveau du tronc et uniquement avec la pointe de l’arme. Il n’y a pas de coup double, la priorité accorde forcément la touche à l’un des deux combattants. »

Jeremy Cadot FRA vs Race Imboden USA en 2015

« On ne peut plus aller aux JO pour participer »

A Rio, Jérémy Cadot s’attend à une compétition relevée et accrochée. Surnommé le « snake » (serpent) pour son agilité en piste, il trouve que les professionnels ont quelque chose de plus que lui. « La préparation olympique demande tellement d’investissement et de sacrifice qu’on ne peut plus se permettre d’y aller pour participer. Le niveau est devenu très homogène entre les nations. Les athlètes se sont professionnalisés. Pour les jeux, j’ai dû laisser de côté mon travail. Les sportifs professionnels ne sont pas forcément meilleurs que moi, ni techniquement ni physiquement, mais ils profitent de temps de repos fondamentaux. Pour ma part je cours toute la journée pour me préparer, m’entraîner, m’alimenter, me déplacer, suivre mes cours etc. Je n’ai pas le temps de récupérer. Les installations de l’INSEP nous apportent une aide précieuse, mais ça reste insuffisant. »

Cohésion du groupe vitale

Réunis à l’INSEP, tous les escrimeurs partagent ensemble les derniers efforts avant de se lancer dans la compétition. Derrière Jérémy, on entend de la musique et on perçoit des effluves de complicité. L’escrime ne fait pas parti des sports collectifs. Mais à l’instar d’autres sports individuels français, la fédération met un point d’honneur à forger un esprit d’équipe entre les athlètes. « Nous restons liés et soudés. Nous avons besoin des autres, de la diversité et de l’opposition pour progresser. Je suis arrivé très individualiste dans le groupe France. J’ai appris à l’INSEP à partager et à me construire dans une équipe. »

Prise de conscience

Souvent sur les podiums internationaux, Jérémy s’est soudainement rendu compte qu’il avait les capacités de franchir cette dernière marche. « À San Francisco en 2014, j’ai remporté ma première et pour l’instant unique compétition internationale en individuel. C’était pour moi un déclencheur : je me suis aperçu que c’était possible. Il y a peu de chance pour que j’y parvienne, mais il reste toujours un pourcentage qui m’appartient. Je pense que cette performance m’a vraiment délivré. » À Rio, Jérémy se tient prêt à démentir les statistiques et à répondre à Victor Hugo :

Nous mettons l'infini librement dans nos vers,
Nous demandons des mots au destin, maître obscur,
Nous prenons, s'il nous faut de merveilleux succès,
Sa grande épée à main accrochée à son mur.
Dates-clés
7 novembre 1986 : naissance à Lens
2006 : double médaillé d’argent en individuel et par équipe aux championnats du monde junior
2014 : vainqueur d’une compétition internationale en individuel à San Francisco
2015 : vainqueur du championnat d’Europe de fleuret par équipe
2016 : meilleur fleurettiste français et N°11 au classement mondial.
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