Sécheresse : dix millions d'euros débloqués pour les victimes de maisons fissurées

Image d'illustration / © FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
Image d'illustration / © FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS

Dans la nuit du 17 au 18 décembre, l'Assemblée nationale a adopté un amendement qui débloque 10 millions d'euros pour mettre en place un dispositif de soutien aux victimes de l'épisode de sécheresse survenu en 2018. De nombreux habitants du Nord et du Pas-de-Calais ont été touchés par ce phénomène.

Par Noémie Javey

Des maisons fissurées, des entailles qui laissent passer le jour dans les murs des habitations, c'est le bilan qu'ont pu faire certains habitants du Nord et du Pas-de-Calais durant l'été 2018 et 2019. L'arbitrage de la reconnaissance d'état de catastrophe naturelle ayant laissé plusieurs communes de côté, l'Assemblée nationale a adopté un amendement. Il permet de débloquer 10 millions d'euros pour ceux qui ont été laissés, jusque-là, sur le carreau. 

"Est-ce que c'est un beau cadeau de Noël ?", s'interroge Jean-Marc Fruchart, dont la maison a été particulièrement touchée par la sécheresse à Givenchy-en-Gohelle. "Dans un premier temps, je dirais que c'est une bonne nouvelle mais reste à savoir comment cette aide va-t-elle être distribuée, quelles démarches vont devoir être réalisées et en combien de fois cette somme de 10 millions sera divisée ?". 

De nombreuses questions qui montrent l'inquiétude qui touche les habitants des communes qui n'ont pas été reconnues en état de catastrophe naturelle. Or, cette reconnaissance est primordiale. Elle permet l'indemnisation systématique des victimes de dommages provoqués par divers agents naturels. 
 

La commune de Givenchy-en-Gohelle, par exemple, n'a pas eu cette reconnaissance. Jean-Marc Fruchart, s'y est installé il y a vingt ans. Dès 2017, il a constaté des fissures sur certains des carrelages de sa maison. En 2018, la situation s'est aggravée jusqu'à atteindre les murs de son salon et de sa salle-à-manger. "On vient de faire le devis. Les travaux vont nous coûter 26 500 euros", explique l'habitant de Givenchy-en-Gohelle.
 

Jusqu'à présent, la seule aide sur laquelle Jean-Marc Fruchart et sa femme pouvaient compter était celle du fonds d'entraide. "On est en train de faire les démarches, j'attends d'être recontacté, mais dans tous les cas, ce sera une petite somme allouée". Pas de quoi ,donc, permettre de rembourser les 26 500 euros prévus pour les travaux.
 
Voici une des nombreuses fissures constatées par Jean-Marc Fruchart et sa femme. / © Jean-Marc Fruchart
Voici une des nombreuses fissures constatées par Jean-Marc Fruchart et sa femme. / © Jean-Marc Fruchart

A Leforest, un couple a été contraint de déménager dans l'urgence à la suite d'un avis d'expulsion immédiate. "La maison commence à craquer", témoignait alors Dorine Croci, propriétaire depuis 2013.

"En deux ans, la maison s'est dégradée à une vitesse folle". De multiples fissures étaient effectivement apparues sur les murs et les sols. 

La même situation a été notamment répertoriée en Sambre-Avesnois et dans l'Audomarois. Régulièrement des communes font des demandes de reconnaissance de catastrophe naturelle et les réponses ne sont pas forcément favorables. Les communes d'Hardifort et d'Oudezeele ont ce mercredi 19 décembre été déboutées de leur demande. Elles disposent désormais d'un délai de deux mois pour contester ce refus. 
 

4 millions de foyers potentiellement concernés par ces phénomènes de sécheresse


Dans une publication Facebook, le député du Nord, Vincent Ledoux revient sur l'importance de cet amendement : "La couverture actuelle des dommages n'est pas intégrale et le régime est assorti de franchises dont les effets peuvent être inéquitables. Des difficultés surviennent également dans les relations avec les assureurs, notamment en matière de délais de déclaration des sinistres ou d'évaluation des dommages, trop souvent vécu par les particuliers et les entreprises comme un "parcours du combattant"". 
 

Il estime que 2020 sera "l'année de l'étude pour améliorer le dispositif de reconnaissance de catastrophe naturelle". Un enjeu d'importance car selon lui, "60 % des sols métropolitains" sont concernés par ce phénomène de retrait-gonflement des sols argileux et "21% d'entre eux sont en aléas très fort. C'est donc 4 millions de foyers qui sont potentiellement concernés par ces phénomènes de sécheresse". 
 

Concernant les 10 millions d'euros alloués, le flou persiste. On ignore comment cette somme va être répartie, quels seront les critères et les démarches pour l'obtenir ni les départements concernés. 

Or, compte-tenu de l'ampleur du phénomène à l'échelle métropolitaine, les dix millions risquent de ne plus représenter une somme suffisamment significative pour les sinistrés.

 

Que lien entre la sécheresse et les maisons fissurées ?

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, de nombreuses maisons ont été construites sur des sols argileux. Durant l'hiver, la terre va gonfler avec l'humidité puis se rétracter avec l'arrivée des beaux jours.

Plus la chaleur va être élevée et la sécheresse présente et plus les fondations des maisons vont bouger et ainsi générer des fissures plus ou moins importantes, obligeant certains habitants à quitter leur maison. 

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