Des forages pour éviter des effondrements de chaussée à Amiens : "68 caves médiévales sous l'espace public pourraient poser problème en surface"

Mi-juillet va débuter une campagne de forage du sous-sol du centre-ville d'Amiens. L'objectif est de localiser près de 70 caves médiévales et en évaluer l'état pour éviter des écroulements de la voirie comme ce fut le cas en août 2019.

"À partir du 15 juillet, on va faire ce qu’on appelle des pré-trous. On a d’ores et déjà commencé les opérations de marquage/piquetage au sol de couleur pour localiser les réseaux enterrés qui ne sont pas forcément positionnés de manière très précise, explique Vianney Malassigné, ingénieur risques sous-sols à la mairie d'Amiens. Donc pour éviter de taper dans un réseau au moment des forages, on va faire des pré-trous sur un mètre de profondeur pour vérifier qu’à l’endroit prévu du forage, il n’y a bel et bien pas de réseau."

Localiser les caves médiévales en sous-sol

C'est par ces vérifications techniques que la campagne de forage lancée par la mairie va commencer dans le centre-ville d'Amiens. Une campagne de forage dont l'objectif est d'établir un recensement de la localisation et de l'état des caves médiévales.

"L'origine de tout ça tient en l'évènement qui s'est produit derrière la mairie du 12 août 2019 et qui a fait couler beaucoup d'encre", précise Bruno Legeard, chef du service gestion des risques. Il y a 5 ans, en pleine nuit, un morceau de la chaussée s'effondre au pied d'une brasserie de la place Debouverie, laissant un trou béant de plus de 10 mètres de diamètre et de 5 mètres de profondeur. Après une semaine à sécuriser les lieux, des recherches montreront l'existence d'une cave médiévale à proximité du trou. Une cave médiévale jamais comblée. Ce qui expliquera l'effondrement de la mi-août.

"À la suite de cet évènement de 2019, on est tombé sur un plan de 1942 qui faisait un peu une synthèse des connaissances sur la problématique des caves médiévales dans le centre-ville d’Amiens, raconte Bruno Legeard. Trois autres caves sous la place Debouverie figuraient sur ce plan. On a fait des sondages destructifs de recherche de vide et on a retrouvé trace de ces trois caves. Ce qui nous a permis d’attester de la fiabilité de ce plan sur les ouvrages qu’il y avait sous la place Debouverie."

500 cavités souterraines recensées

Le plan a alors été replacé sur le cadastre actuel pour localiser plus précisément les caves mentionnées. 500 cavités souterraines y sont indiquées à la fois sur l'espace public et chez des particuliers. Les plus anciennes datent du 14ᵉ siècle. Certaines, dites de premier niveau (et répertoriées en bleu sur le plan du quartier des Halles du beffroi ci-dessous) étaient situées sous la maison de l'époque. Celles de second niveau (en vert) étaient creusées sous les premières et donc plus en profondeur :

"On en a ciblé 68 sous l'espace public qui pourraient poser problème en surface, notamment par rapport à la voirie, selon le chef de service gestion des risques. L'enjeu est de savoir si elles existent encore, si elles ont été comblées ou pas ; si elles ne le sont pas, d’avoir un peu une idée du risque d’effondrement et si elles présentent des signes de faiblesses qui pourraient laisser présager des risques d'écroulement."

Une fois les réseaux d'eau et de chauffage repérés en sous-sol, les forages commenceront à compter du 22 juillet pour une durée estimée de 10 à 15 jours. Aucun axe ne sera entièrement fermé à la circulation et les forages prévus devant les commerces se feront le matin de 8h à 10h pour gêner le moins possible. "Une foreuse de la taille d’une petite voiture va faire des trous de 89 millimètres de diamètre dans la chaussée, détaille Vianney Malassigné. Elle va percer jusqu’à 8 mètres de profondeur puisque la quasi-totalité des caves a été retrouvée jusqu’à 8 mètres de profondeur. En forant à 8 mètres, on aura en tous les cas le plafond de la cave. Le principe, c’est d’enregistrer les caractéristiques du sol et de savoir si le sol est mou, si c’est du remblai, s’il y a un petit ou un grand vide dans le cas où on tombe directement sur une cave qui est vide".

Vérifier un état potentiellement dangereux

Si le forage ne révèle aucune cavité, cela signifie que la cave identifiée à l'endroit des recherches a été soit comblée, soit détruite. Le trou est rebouché et la voirie, remise en état. Si le sondage montre la présence d'un vide dans le sous-sol, une caméra sera descendue dans la cavité pour voir son état de conservation. "La suite, ce sera vraiment au cas par cas : si on voit que la cave est vraiment menaçante, s’il y a un danger pour l’espace public et la population, on envisagera un comblement avec du béton. Si c’est une cave en bon état, tout dépendra de sa profondeur : si elle est à 5/6 mètres de profondeur, ça ne posera pas forcément de problème. Si c’est une cave en bon état, mais à un mètre ou moins d’un mètre de profondeur, on envisagera aussi des opérations de confortement ou de comblement parce que ça peut quand même représenter des risques à plus ou moins long terme", conclut Vianney Malassigné. 

Les opérations, dont le coût s'élève à 70 000 euros, seront suivies par le service archéologie préventive de la ville qui fera un diagnostic des lieux pour voir si la cavité découverte peut avoir un intérêt archéologique. 

Si l'effondrement du 12 août 2019 avait provoqué l'émoi de la population, il n'avait cependant rien d'exceptionnel : des épisodes de ce type ont été relatés par la presse locale tout au long du 19ᵉ et au début du 20ᵉ siècle.

La problématique des caves médiévales n'est par ailleurs pas propre à la ville d'Amiens. Des communes comme Saint-Quentin, Arras, Chartres ou encore Orléans sont également confrontées à la présence de tels vestiges du passé dans leur sous-sol. Et en faire le recensement le plus exhaustif possible prendra des années.

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