À Amiens, Elsa Abderhamani déconfine la culture pour briser la loi du silence

Occuper l’espace, être visible de l’extérieur, comme une réponse à la fermeture des lieux de culture. Avec "Vas-tu te taire ?", Elsa Abderhamani expose ses oeuvres sur la façade de la maison de la culture d'Amiens, dans un format monumental.

© Maison de la culture d'Amiens

Des textes, des dessins, des vidéos. Peu importe le format, l’artiste Elsa Abderhamani, originaire de l’Oise, fait passer son message. Pour sa résidence au mois de mars à la maison de la culture d’Amiens, elle a choisi le thème de l’injonction au silence. "

Ces derniers temps, on parle beaucoup de libération de la parole. Mais quand les victimes parlent trop, ça pose problème.

Elsa Abderhamani

"Alors j’ai voulu me consacrer à ce sujet. Puis j’ai débordé sur la question de la prise de parole, du silence comme respect d’un certain pouvoir imposé", explique-t-elle.

Elsa commence sa résidence au mois de mars. Elle prend le temps de la recherche, elle installe des affiches sur la façade de la maison de la culture. On peut y lire "tais-toi", "je parle pour toi, de toi, sans toi", "SILENCE". Son but : provoquer le public de l'autre côté de la paroi vitrée et l'inciter à la réaction. 

© Maison de la culture d'Amiens
© Maison de la culture d'Amiens

Déconfiner la culture

L’enjeu de ce travail : rendre la culture accessible, dans une période où les musées, les théâtres, les cinémas sont contraints à la fermeture. Il faut alors redoubler d’inventivité pour rencontrer le public autrement, le faire patienter jusqu’à la réouverture prévue théoriquement le 19 mai. Le thème de cette exposition fait aussi écho à cette actualité morose pour le monde de la culture, réduit au silence.

D’affiches, les oeuvres de la jeune artiste se transforment. Elles prennent l’apparence de dessins, de miniatures persanes, d’arabesques ou de motifs. Finalement, ce sont des oeuvres monumentales qui sont installées au début du mois d’avril sur toute la façade de la maison de la culture. "On ne s’en rend pas compte mais il y a une difficulté technique, pour obtenir le meilleur rendu possible avec ce format gigantesque. L’autre difficulté est artistique, il a fallu réfléchir à comment installer les dessins pour qu’ils soient visibles de l’extérieur, de loin, tout en faisant en sorte que ce soit joli de l’intérieur et agréable pour les personnes qui y travaillent."

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Un cheval de bataille : la lutte contre les discriminations

Si les formats sont divers, un thème revient de manière récurrente dans son travail, celui des discriminations : le racisme ou le sexisme. "C’est un sujet qui me touche personnellement, alors même que je suis née en France. Je travaille beaucoup sur ce thème, j’interviens par exemple dans les écoles d’art pour parler de la diversité. Alors quand je peux associer mon travail artistique et ces positionnements, je le fais", affirme l'artiste.

Dans une actualité culturelle qui tourne au ralenti, Elsa Abderhamani s'estime privilégiée.  "J'ai eu beaucoup de chance dans cette résidence, mon bureau était en quelque sorte installé en vitrine de la Maison de la Culture, avec cette vue en plein centre-ville d'Amiens, ça change de mon quotidien, je ne me sentais pas seule. Mais malgré tout, l'échange avec le public me manque."

Dans les prochaines semaines, les oeuvres vont s’extraire de la maison de la culture pour aller s’exposer dans la ville, à la rencontre du public, en attendant de pouvoir l’accueillir à nouveau dans les musées.

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