À Amiens, le premier festival IC.ON.IC des arts visuels habille les murs du quartier Saint-Leu d'œuvres de street art

Depuis le 15 septembre, et jusqu'au 17 décembre, une quinzaine de murs du quartier Saint-Leu d'Amiens se parent d'œuvres monumentales et colorées de street art. C'est l'un d'un volet de IC.ON.IC, le festival qui veut faire de la capitale picarde la référence en matière d'arts visuels et plastiques.

Des briques de toutes les couleurs sur un fond noir. Un oiseau immense en équilibre sur des balles roses, jaunes et bleues. Un visage de trois-quart dos dans l'encadrement d'une fenêtre. Depuis la mi-septembre, des œuvres hautes en couleurs se sont installées sur plusieurs murs de Saint-Leu à Amiens. Des œuvres de street art qui, si vous les suivez, vous font cheminer dans le quartier touristique de la capitale picarde. Au total, une quinzaine d'artistes ont bombé murs et chaussées du cœur d'Amiens. 

"On a fait le pari du centre-ville et du quartier Saint-Leu parce que c'est un quartier qui réunit toutes les conditions propices à l'art urbain, explique Pierre Savreux, vice-président d'Amiens métropole en charge de la culture. C'est un quartier étudiant et ce sont aussi les étudiants qu'on veut toucher. C'est un  quartier "politique de la Ville" et en terme de public éloigné de la culture, c'est un quartier intéressant. C'est un des quartiers les plus touristiques de la ville et c'est aussi un quartier historique et donc protégé : ça a été un vrai défi d'insérer des œuvres d'art dans un espace soumis aux règles des bâtiments de France."

Autorisation des Bâtiments de France

Les emplacements pour accueillir ces œuvres d'art urbain ont en effet dû être présentés à l'architecte des bâtiments de France qui les a ou non acceptés. Au final, un parcours qui forme une boucle dans le quartier Saint-Leu et "des œuvres volontairement proches les unes des autres pour créer une densité artistique forte", précise Pierre Savreux : 

Xkuz, L'altas, Bault, Jobert et Poes, Juan Spary ou encore Nicolas Tourte... Les créations d'étudiants en art cotoyent celles d'artistes locaux et internationaux : "la ville d'Amiens a lancé un appel à projet pour trouver des street artistes, raconte Yann Colignon, directeur de l'association 80100 skatepark à l'origine du projet Transition à AbbevilleMais suite à Transition, les services de la culture ont voulu que des artistes intervenus à Abbeville viennent travailler sur le projet d'Amiens. Je leur ai parlé d'artistes de notre réseau dont le travail a des résonances avec le patrimoine aminéois : L'atlas, dont les grafs font penser au labyrinthe de la cathédrale, Bault qui a proposé de revisiter la barque des hortillonnages, Xkuz qui est un artiste local."

Faire d'Amiens la ville référence des arts de l'image

Carte blanche a été données aux artistes. Seul le thème est imposé : l'émerveillement. Certaines installations ne sont pas encore en place comme celles de flaquing qui consistent à boucher les ornières des chaussées avec des mosaïques. "Tout sera prêt fin septembre", rassure Pierre Savreux.

L'une des oeuvres phare du festival, c'est une fresque monumentale de Poes et Jober. Installée sur le pignon d'un petit immeuble de la rue du pont à Moinet, elle figure le dernier chapitre de l'épopée de Gilgamesh, le plus vieux récit découvert au monde. D'autres chapitres et des histoires annexes de cette épopée ont été peints à Toulouse, à Lille, à Wavrechain-sous-Denain près de Valenciennes ou dans la ville du Port à la Réunion. Le duo d'artistes a accepté la proposition du festival IC.ON.IC sans hésiter. "C'est toujours intéressant de proposer de l'art disponible pour tout le monde. C'est une démarche intéressante, explique Jober. Depuis le mois de mai, on savait qu'on allait participer à ce festival. On a travaillé les dessins préparatoires en amont à partir de ce moment."

Côté contraintes, rien de bien différent de leurs précedentes fresques : "dans les autres villes, ce sont des formats à peu près similaires. En général, on s'adapte à la surface mais là, pas particulièrement, précise Jober. On nous a proposé ce mur et il nous convenait. On a travaillé 6 jours avec une nacelle parce que, au plus haut du mur, c'est quand même 15 mètres !"

L'épopée de Gilgamesh date de -3600 avant Jésus-Christ. Les tablettes d'argile de ce récit ont été retrouvées dans le désert mésopotamien, entre l'Iran et l'Irak. Le choix des artistes Poes et Jober entre donc en résonance avec une partie de la collection du musée de Picardie qui possède plusieurs objets mésopotamiens. "On a été très soutenus par les gens du musée : avec Poes, on aime beaucoup l'histoire et les mythes et c'est toujours intéressant que notre travail soit vu par des historiens professionnels."

Ce parcours, qui forme une boucle, est le premier volet de IC.ON.IC, le premier festival des arts visuels et plastiques d'Amiens. "À Amiens, il y a un terreau et un mouvement favorables aux arts de l'image, explique Pierre Savreux, vice-président d'Amiens métropole en charge de la culture. Entre l'école d'animation 3D et de jeu vidéo Waid Somme, le Fond régional d'art contemporain ou le festival de la BD organisé par On a marché sur la bulle, la ville a une carte à jouer en matière de filière artistique de l'image. Et l'art urbain nous a semblé le plus adapté. Ça permet de faciliter l'accès à l'art au plus grand nombre et de rayonner comme la ville incontournable en matière d'arts plastiques et visuels."

Un festival éphémère

Le Festival IC.ON.IC regroupe trois parcours : le parcours de street art jusqu'au 15 décermbre, un d'art contemporain dans les différentes structures culturelles d'Amiens dès le 9 novembre et un de street mapping du 24 au 29 novembre. "Le parcours d'art contemporain existait depuis 2018, précise Pierre Savreux. Et on souhaitait le compléter avec un autre volet immédiatement accessible. D'où l'idée du street art et du mapping."

En 2022, le festival IC.ON.IC reviendra avec des artistes différents, des emplacements différents et un thème différent. Car les œuvres de l'édition 2021 seront effacées à la fin du festival le 15 décembre. "C'est dans l'idée du festival IC.ON.IC qui est un festival éphémère. Mais certaines œuvres vont rester en place pour 5 ans voire plus longtemps si on se rend compte qu'elles sont devenues partie intégrante du paysage."

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