"Ce n'est pas rentable" : à Amiens, les commerçants sont dubitatifs sur l'ouverture des magasins le dimanche

Pour compenser les pertes liées au confinement, les préfets peuvent autoriser les magasins à ouvrir le dimanche jusqu'au 20 juillet. Dans le centre-ville d'Amiens, les commerçants, en majorité, jugent cette mesure peu utile.

À compter du 19 mai, tous les magasins vont pouvoir rouvrir progressivement leurs portes.
À compter du 19 mai, tous les magasins vont pouvoir rouvrir progressivement leurs portes. © Ollivier Marc/PhotoPQR/Ouest-France/Maxppp

Les magasins non essentiels vont lever le rideau le 19 mai. Alors qu'ils préparent ce déconfinement, leur nombre de jours d'ouverture pourrait augmenter. C'est en tout cas la proposition de la ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion. Dans un courrier, Élisabeth Borne a demandé aux préfets d'engager des concertations locales sur des dérogations pour le travail dominical. Ainsi, les commerces pourraient ouvrir le dimanche, et ce, jusqu'au 20 juillet. Cette mesure vient s'ajouter aux douze dimanches d'ouverture déjà possiblement accordés par les maires chaque année.

Gaël Mordac, le président de la Fédération des commerçants du centre-ville d'Amiens, est partagé : "Sur le principe, c'est très bien. Plus on donne la liberté aux gens de travailler, mieux c'est. Après, il faut que ça réponde à un besoin. Aussi, il faut qu'il y ait une vraie dynamique de groupe, c'est-à-dire qu'il y ait pas mal de magasins qui ouvrent. Sinon, ça ne vaut pas le coup. Lors du premier déconfinement, ça avait déjà été mis en place mais peu de commerçants amiénois avaient finalement ouvert le dimanche." 

Des contraintes d'organisation

Cette fois-ci, les professionnels ne semblent pas davantage convaincus. Chantal Legoix, gérante d'une boutique de vêtements, n'est "pas intéressée". "Ma clientèle est fidèle, elle a ses habitudes. Je sais que le dimanche il n'y aura pas grand monde. En ce moment, il n'y a pas de braderie ou de raiderie. En plus, je suis seule donc ça voudrait dire que je travaille 7 jours sur 7", explique la patronne. Un sentiment partagé par une autre commerçante du secteur : "Le dimanche, il y a très peu de monde. Ce n'est absolument pas rentable. On doit payer notre personnel double mais le chiffre d'affaires ne suit pas." Elle aussi restera fermée.

Françoise Godefroy, la patronne de la libraire Martelle, en fait, elle, une question de principe : "Mes salariés travaillent déjà le samedi. Le dimanche est pour eux le seul jour où ils sont en famille. Je ne veux pas leur enlever ça. On n'est pas dans un pays anglo-saxon. En France, on a un autre rapport au commerce." Hormis les fêtes de fin d'année, elle estime aussi que cette ouverture dominicale ne tiendrait pas économiquement.

Le dimanche, il y a plus de promeneurs que d'acheteurs. Non seulement les salariés ne seraient pas avec leurs familles et en plus l'entreprise perdrait de l’argent.

Françoise Godefroy, directrice générale de la librairie Martelle

Parmi la dizaine de commerçants du centre-ville contactée, un seul dit réfléchir à cette éventualité : Thierry Vasseur, gérant Pickle Amiens. Il a ouvert sa boutique d'habillement en mars 2020, juste avant le premier confinement. "J'ai perdu 25000 euros avec ce troisième confinement. Là, c'est la survie de mon magasin qui est en jeu. Je pense que je vais essayer d'ouvrir certains dimanches, pas tous." Mais quels dimanches choisir ? Là encore, c'est un casse-tête : "Il va falloir jongler avec la météo. S'il pleut, personne ne viendra. S'il fait beau, les gens iront sur la côte. Je vais tester et on verra bien." Ce commerçant espère bien inverser la tendance et gonfler son chiffre d'affaires avec l'ouverture le dimanche, d'autant plus que les soldes d'été, prévues du 23 juin au 20 juillet, devraient booster les ventes.

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