Coronavirus : après les plaintes des salariés, Valéo Amiens arrête sa production

Jeudi 19 mars, la direction de Valéo Amiens a décidé d'arrêter sa production. Depuis plusieurs semaines, les salariés demandaient la fermeture de l'usine suite à la découverte de plusieurs cas de contamination au Covid-19 parmi le personnel. Cette décision sera effective vendredi 20 mars à 22 h. 

Après avoir cessé le travail ce mardi 17 mars à midi, les salariés de Valéo Amiens se sont rassemblés sur le parking pour interpeller la direction.
Après avoir cessé le travail ce mardi 17 mars à midi, les salariés de Valéo Amiens se sont rassemblés sur le parking pour interpeller la direction. © FTV / A. de Sainte Maresville
Après plusieurs semaines de bras de fer avec la direction, les salariés de l'usine Valéo ont obtenu gain de cause.

Lors d'un CSE organisé ce jeudi 19 mars, la direction a proposé de stopper l'activité dès 22 heures ce vendredi "étant donné qu'il n'y a plus de clients ni de fournisseurs", précise Freddy Léonardi, délégué syndical CGT. S'il devrait rester un peu d'activité logistique sur le site, l'usine de production fermera totalement. 

Le syndicaliste déplore une décision tardive, malgré les nombreuses alertes des salariés après la découverte d'au moins huit cas de contamination au Covid-19 parmi le personnel. 
 

Une rébellion collective


Mardi 17 mars, ils étaient une centaine à s'être réunis devant les bureaux de la direction pour demander la fermeture de l'entreprise et le recours au chômage partiel. En vain.

Après avoir passé une partie de la journée sur le parking, les employés avaient fini par voter un droit de retrait collectif.  "Chez Valéo, il y aura un avant et un après" avait alors lâché un salarié de l’usine, écœuré. 

"Les salariés ont décidé de cesser le travail d’eux-mêmes vers midi, nous expliquait Alexis de Sainte Maresville, représentant syndical CGT. Ils ne comprennent pas pourquoi l’usine reste ouverte, ils ont peur de contaminer leur famille en rentrant chez eux".

Depuis la découverte d'un premier cas de contamination, une forme de psychose s'était installée dans l'usine. "Moi je viens au travail avec la boule au ventre ! avouait Joël, qui travaille depuis 30 ans dans cette usine qui produit des embrayages (le prénom a été modifié). Ici, on a peur de tout le monde. Même ma femme commence à avoir peur à la maison".
 

Valéo Amiens est en train de devenir un foyer de contamination


Dès les premiers cas détectés dans l’entreprise début mars, l’entreprise avait communiqué sur les mesures d’hygiène prises dans les locaux : lavage des mains, ouverture de toutes les portes pour éviter de toucher aux poignées, solutions hydroalcooliques à disposition du personnel ou encore prises de température à l’infirmerie.

Pourtant, plusieurs salariés indiquaient qu’il manquait régulièrement du savon dans les sanitaires et que les masques distribués par la direction étaient "plus fins que du papier hygiénique". Cette photo, prise à l'intérieur du site, révèle quelques manquements aux règles d'hygiène : les essuie-mains sont entièrement déroulés et traînent par terre.
 
Le manquement à certaines règles d'hygiène a poussé les salariés de Valéo a faire valoir leur droit de retrait.
Le manquement à certaines règles d'hygiène a poussé les salariés de Valéo a faire valoir leur droit de retrait.


De son côté, la direction que nous avons contactée à plusieurs reprises n'a jamais souhaité s'exprimer publiquement. "Valéo Amiens est en train de devenir un foyer de contamination", nous confiait il y a quelques jours Frank Merelle, secrétaire CGT de Valéo Amiens.
 

Un danger grave et imminent


Après la découverte d’un deuxième cas de contamination début mars, la direction avait décidé de fermer l’un des trois bâtiments de l’usine pour le désinfecter avant de poursuivre l'activité. Suite à la contamination de six autres membres du personnel, les employés avaient dénoncé "un danger grave et imminent".

Sur les réseaux sociaux, la situation de Valéo Amiens intriguait aussi les internautes, qui n'avaient pas hésité pas à interpeller médias et politiques sur le maintien en activité du site.
 
Le député de la Somme, François Ruffin, avait également fait part de son indignation dans un communiqué diffusé sur Twitter. "Nous avons alerté la préfecture de la Somme, écrivait-il. Comment comprendre ce choix de fermer les écoles, les bars, les concerts mais de laisser ouverts des grands sites de production qui ne sont pas essentiels à la nation ?".
 
L’usine, qui emploie 960 personnes, avait déjà instauré du télétravail pour une partie de ses salariés. Dès 22 heures ce vendredi, ceux affectés à la production seront donc mis au chômage partiel. 
 
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