En avance, l'épidémie de bronchiolite révèle les carences de l'hôpital public à Amiens : "manque de lits, manque de personnel, tous les jours il faut trouver de la place"

Avec l'arrivée précoce de l'épidémie de bronchiolite, les urgences pédiatriques du CHU d'Amiens sont sous tension. L'établissement accueille des patients d'Île-de-France et aide les hôpitaux publics de Saint-Quentin ou Compiègne, en raison d'un manque de personnel, de pédiatres et de lits.

Chaque année, en France, au cours de l'automne, la bronchiolite touche près de 30% des nourrissons de moins de 2 ans, soit 480 000 cas par an, selon les chiffres du ministère de la Santé.

Sans gravité, mais en avance d'un mois, l'épidémie de bronchiolite sévit déjà dans les Hauts-de-France. Au CHU d'Amiens, le service des urgences pédiatriques est sous tension. 

La bronchiolite débute par un simple rhume, mais peut s'aggraver. C'est le cas d'Elena. Agée de deux mois, elle a les bronches très encombrées et a du mal à respirer. "On a été voir notre médecin vendredi, confie sa maman, il avait entendu un léger sifflement, et quand il a vu que son état ne s’améliorait pas, on est venu ici. On a été très vite pris en charge. On avait peur qu’il n’y ait pas de place, mais on a eu de la chance." 

Manque de places

Si moins de 3 % des nourrissons de moins de 2 ans doivent être hospitalisés la question des places dans un contexte tendu se pose chaque jour aux Urgences. Matin, midi, après-midi et soir, Chantal Dubois, cadre de santé, appellent tous les secteurs qui relèvent de la pédiatrie "à chaque fois qu'un médecin a un enfant à hospitaliser. Je le refais plusieurs fois par jour. Il faut réfléchir où l'enfant est le mieux quand il ne peut pas être accueilli dans la spécialité concernée. Derrière en lits d'aval, la disponibilité n'est pas immédiate. Tout le monde a du travail".

"On n’a pas une épidémie qui soit plus grave ou plus importante que d’habitude, souligne Patrick Berquin, chef des Urgences pédiatriques au CHU d'Amiens. Notre difficulté c’est qu’elle survient dans des hôpitaux qui sont exsangues. Manque de lits, manque de personnel, tous les jours il faut trouver de la place, pour hospitaliser ceux qui doivent l’être."

Une tension généralisée

D'habitude un plan bronchiolite avec renfort de personnel est activé aux Urgences en période hivernale. Impossible en temps de pénurie. Et le constat est le même, si ce n'est pire dans tous les hôpitaux de la région ainsi qu'en Île-de-France, où 20% des lits de pédiatrie sont encore fermés malgré l'arrivée précoce de l'épidémie. Résultat, le CHU d'Amiens sert aujourd'hui de recours. L'établissement accueille des petits patients de Paris, de Rouen et du Havre. 

Face à cette situation, 4 000 soignants et des associations de patients ont signé une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron pour dénoncer "la dégradation criante des soins apportés aux enfants qui les met quotidiennement en danger". 

À la suite de la publication de la lettre, le gouvernement a annoncé le déblocage de 150 millions d'euros, sans convaincre les professionnels de santé. "J'ai signé la lettre qui était adressée au Président de la République qui a apporté une aide de 150 millions d'euros, réagit Patrick Berquin. Le problème, c'est qu'on peut mettre de l'argent, mais les professionnels, il faut les trouver ou il faut les faire revenir à l'hôpital. La difficulté c’est qu’il y a eu comme dans tous les hôpitaux en France, des démissions. On a beaucoup de mal à recruter puisque les écoles d’infirmières ne font pas le plein. On a des manques de pédiatres, à l’hôpital comme en ville, le numérus clausus qui a été imposé fin des années 70 et qui ne s’est arrêté qu’en 2021, a fait qu’on a un manque de médecins partout. Il faut 11 ans pour former un pédiatre. Le numerus clausus s’est arrêté en 2021. Ça veut dire globalement qu’on va augmenter notre nombre de pédiatres en 2030. La question c’est 'qu’est-ce qu’on fait d’ici-là ?'." 

Face à cette situation, le 25 octobre, le ministre de la Santé, François Braun a annoncé "le lancement d'un plan d'action immédiat pour soulager notre système de santé et permettre une bonne prise en charge de tous les enfants". Des assises de la pédiatrie seront organisées au printemps 2023.

Quand faut-il se rendre aux Urgences ? 

En attendant, les parents font face à l'épidémie. Dans quel cas doivent-il se rendre à l'hôpital ? "En général, pour nous le critèrec'est si les prises alimentaires diminuent en-dessous de 50% de la normale. C'est un signe d'alerte qui va nous dire 'il faut consulter l'hôpital'", conseille Thomas Pinto, kinésithérapeute spécialisé en pédiatrie.

Avec l'arrivée des autres épidémies, comment les Urgences pédiatriques vont passer l'hiver ? La question reste en suspens.