"En juin, tout a brûlé, et cinq mois après, tout redémarre" : après les émeutes, l’association Synapse 3i renaît de ses cendres

Cinq mois après l'incendie qui a ravagé les locaux, l'association Synapse 3i renaît de ses cendres et inaugure son nouveau bâtiment de 2 350 m², à Amiens nord. Après plusieurs mois de travaux, l’activité a repris, mais l’incendie est encore dans tous les esprits.

Cinq mois, jour pour jour, après l'incendie qui a détruit le centre d'insertion Synapse 3i, situé au sud-est d'Amiens, lors des émeutes urbaines, le 29 juin dernier, les salariés ont inauguré leurs nouveaux locaux, à Amiens nord. "Tout cela a été possible grâce à la volonté de tous. Ce travail qu'on a accompli ici est incroyable, en si peu de temps. En juin, tout a brûlé, et cinq mois après, tout redémarre", annonce fièrement Jean-Pierre Motte, le directeur de la structure, qui a accepté de nous ouvrir les portes de l’association, au lendemain de l'inauguration.

Des travaux accélérés

Et du travail, il en fallut pour transformer cet immense bâtiment de 2 350 m² insalubre et vide depuis 13 ans, en bureaux et ateliers fonctionnels. Les anciens locaux de Lee Cooper ont repris vie en quelques mois sous l'impulsion de la direction et de salariés motivés.

On a cassé et remonté des murs, on a refait toute l'électricité, les sols, les plafonds, reposé des fenêtres. Il a fallu faire vite pour que l'activité reprenne

Mickaël Evrard, encadrant technique seconde œuvre à Synapse 3i

Sitôt le bail signé avec le propriétaire privé, le 31 juillet dernier, les travaux ont pu débuter. Dès le 1ᵉʳ août, les salariés de l'atelier menuiseries, encadrés par leur formateur, se sont relevé les manches. "On a cassé et remonté des murs, on a refait toute l'électricité, les sols, les plafonds, reposé des fenêtres. Il a fallu faire vite pour que l'activité reprenne. C'était dur, mais Synapse représente beaucoup pour nous. Et on travaille avec de bons gars qui savaient que c'était pour eux qu'ils travaillaient. Si on avait tout fait faire par des entreprises, les travaux auraient duré au moins un an. Cela montre aussi ce que Synapse est capable de faire", explique Mickaël Evrard, encadrant technique seconde œuvre, qui s'affaire encore, le jour de notre visite, des outils à la main.

Les travaux ne sont pas terminés dans l'espace cuisine et toilettes des salariés des ateliers. Mais après avoir installé 20 km de câbles, posé 300 m linéaires de plaques de plâtre, écoulé 3 000 litres de peintures, tout est fin prêt pour recommencer l'activité. "Nous avons repris le travail progressivement dans les ateliers. Le 1ᵉʳ septembre, à l'espace couture, puis début novembre, la tapisserie et les autres ateliers se réinstallent", explique Jean-Pierre Motte.

Une association de réinsertion

Chaque année, Synapse 3i accompagne près de 200 personnes en contrat aidé pour les former puis les réinsérer dans le milieu professionnel. D'après le directeur, 90 % des salariés quittent la structure avec un emploi ou une formation. Cinq ateliers, couture, conditionnement et valorisation numérique, tapisserie d'ameublement et menuiserie permettent aux personnes éloignées de l'emploi de se former à un métier.

Un réseau de clients dans l'industrie du luxe, l'aéronautique, les particuliers et les entreprises en France et dans la région, commandent régulièrement des produits à l'association. Le fruit du travail des salariés permet ainsi à Synapse 3i de fonctionner.

Après l'incendie, les salariés en insertion (CDDI) et leurs encadrants ont tout perdu : leurs machines, leurs outils de travail, leur production, leurs stocks. Pour reprendre l’activité, l'association a bénéficié d'acomptes de son assureur, de subventions de l'État, du département, d'Amiens métropole. Ces sommes lui ont permis de continuer à payer les salaires, de réaliser les travaux, mais aussi d'acheter de nouvelles machines professionnelles.

Une remise en route progressive

Ce matin-là, lors de notre visite, une quinzaine de salariés est déjà au travail dans l'atelier couture de luxe, devant des machines à coudre flambant neuves. D'un côté, on coud les pochons qui seront livrés prochainement à une marque française, de l'autre, on assemble les anses des tote-bags.

Pour Estelle Houpin, intégrée à Synapse 3i depuis cinq ans et désormais coordinatrice à l'atelier de couture, la reprise de l'activité est un soulagement. "Ce n'était pas possible que ça s'arrête. On est parti de rien et tout ce qu'on a construit est parti en fumée. Ç'a été un choc émotionnel. Tout le monde a eu peur de perdre son travail. Cela va nous marquer longtemps. Mais grâce à la mobilisation de tous, on a pu reconstruire. Et dans ces nouveaux locaux, on a beaucoup plus de place. Finalement, c'est un mal pour un bien."

Synapse, c'était mon deuxième chez moi. Quand tout a brûlé, j'ai eu l'impression de perdre un ami.

Fatma Fadel, assistante à l'atelier couture

Mais pour certains salariés, l'adaptation n'a pas été facile. Fatma Fadel est assistante dans l'atelier couture. Elle travaille à Synapse depuis 2019. Dans les locaux de la rue Victorine Autier, elle avait ses habitudes. "J'habitais à quelques mètres de mon travail, à Amiens sud. Synapse, c'était mon deuxième chez moi. Quand tout a brûlé, j'ai eu l'impression de perdre un ami. Maintenant, il faut que je me fasse à ce changement, mais j'ai toujours autant de plaisir à venir travailler."

Coté informatique, on organise l'espace. Le réseau internet est à peine installé et les nouveaux ordinateurs à recycler sont rangés dans les étagères. L'équipe se prépare à tout reprendre à zéro. Le 29 juin, tout le matériel avait été perdu dans l'incendie. Les tours, les écrans et les portables avaient fondu sous l'effet de la chaleur. Les salariés avaient même retrouvé des paillettes d'or, le métal fondu dans les processeurs en fusion.

Depuis, l'équipe a reconstitué un stock grâce aux dons des particuliers, des entreprises et des administrations. Le contrat de l'association avec le département est toujours d'actualité et permet de reconditionner les machines pour les distribuer ensuite aux collégiens de la Somme et aux familles dans le besoin. "Je serai heureux quand on va tout remettre en route. Reprendre l'activité, se creuser à nouveau la tête pour réparer et surtout aider des personnes qui n'ont pas les moyens", s'impatiente Sébastien, encadrant à l'atelier informatique.

L'atelier menuiserie devrait reprendre début décembre dans des locaux à quelques centaines de mètres de là, dans la même zone d'Amiens nord. Les machines, qui ont pu être sauvées de l'incendie, sont actuellement en cours de nettoyage. "Nous avons dû trouver un autre local, car nous ne pouvions par faire entrer les machines dans nos hangars actuels. Il nous faut une hauteur de 3,50 m minimum", explique le directeur.

Synapse sud est derrière nous. On se projette ici maintenant avec toutes les actions qu'il nous reste à mener.

Marc Leclerc, responsable des ateliers et du pôle insertion à Synapse 3i

De vastes locaux, des machines professionnelles performantes, des salariés motivés, des clients au rendez-vous, d'après Jean-Pierre Motte, il n'en faut pas plus pour rattraper le retard et surtout le moral après les épreuves. "Depuis l'incendie, nous avons développé notre activité grâce à de nouvelles machines. Nous sommes montés en capacité... Du matériel industriel et des salariés compétents : c’est notre force." L'association avoue, tout de même, être actuellement à 40 % de ses capacités de production.

"Synapse sud est derrière nous. On se projette ici maintenant avec toutes les actions qu'il nous reste à mener", affirme Marc Leclerc, responsable des ateliers et du pôle insertion. Malgré cette renaissance, tous les membres de l'association ont encore en mémoire les stigmates de l'incendie. La direction veut rester prudente. Elle a d'ailleurs fait installer un système de télésurveillance et un contrôle permanent des ateliers.