La ministre de la culture Rima Abdul-Malak en visite à la cathédrale d'Amiens et à l'Eglise de Conty : "le patrimoine est un trésor à préserver"

La ministre de la culture Rima Abdul-Malak était en déplacement mardi 11 avril 2023 dans la Somme. C'était l'occasion pour elle de visiter la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, l'église Saint-Antoine de Conty et de faire le bilan sur les politiques de l'Etat concernant le patrimoine français.

La ministre de la culture Rima Abdul-Malak s'est déplacée à la cathédrale Notre-Dame d'Amiens dans le cadre du plan de financement national de 2019 et à l'Eglise de Conty, quelques mois après la tornade dévastatrice qui l'a miraculeusement épargnée. 

Le but : observer les nouvelles installations de sécurité mises en place à la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, comme le cloisonnement des combles et colonnes sèches. Mais aussi de constater les avancements de la rénovation de l'église Saint-Antoine de Conty. 

L'incendie de Notre-Dame de Paris comme point de départ

Le point de départ du renforcement de la sécurité des cathédrales françaises a été l'incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019. "L'incendie de Notre-Dame de Paris a été un tel choc, une telle vague d'émotion dans le monde entier, ça a permis au ministère de la culture de renforcer de manière drastique, très ambitieuse, la sécurisation des cathédrales partout en France", explique-t-elle ce mardi 11 avril sur le parvis de la cathédrale d'Amiens. 

Elle souligne que l'Etat a en charge 87 cathédrales sur l'ensemble du pays. "On a fait un audit de sécurité pour bien vérifier quel était l'état de chaque cathédrale et comment améliorer le niveau de sécurité de chacune d'entre elles", poursuit-elle en ajoutant que c'est "un travail constant en partenariat avec les services de l'Etat, les pompiers, les diocèses et les mairies" pour assumer collectivement une sécurisation renforcée de ces lieux. 

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Richard Duplat, architecte en chef des monuments historiques, explique à la ministre de la culture Rima Abdul Malak les travaux de sécurisation qui ont été fait à la cathédrale Notre-Dame d'Amiens. ©Gaëlle Fauquembergue / FTV

Le plan de sécurisation des cathédrales a été lancé en 2019 et s'apprête à entrer en phase 2, phase que la ministre de la culture a voulu "plus exigeante pour relever encore davantage le niveau de sécurité". Cela permet de généraliser, par exemple, les caméras thermiques qui "permettent de détecter des sources de chaleur inhabituelles, des intrusions et donc de mieux anticiper". 

À Amiens, le cloisonnement des combles permet également de circonscrire un feu. Des colonnes sèches ont également été installées pour que les pompiers interviennent plus rapidement. Le but "c'est d'imaginer tous les pires scénarios pour mieux les anticiper, mieux préparer la réponse, les réactions et pouvoir réagir le plus vite possible". Tous ces leviers mis ensemble "nous rassurent aujourd'hui sur le fait que cette cathédrale, ici à Amiens, et les 86 autres en France dont on a la charge, sont aujourd'hui plus sécurisées". 

Le plan cathédrale s'est déployé en plusieurs phases. "Pendant la phase de relance, ça a été 80 millions d'euros et là, pour l'année 2023, c'est 52 millions d'euros sur le budget du ministère de la culture, à la fois pour restaurer et sécuriser davantage les cathédrales", note Rima Abdul-Malak. 

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Pour Rima Abdul Malak, on revient de loin au niveau de la sécurité incendie des églises. ©Gaëlle Fauquembergue / FTV

"Chaque petite église un peu partout en France a une importance au niveau local" 

En février dernier, dans les colonnes du Journal du Dimanche, 131 parlementaires, parmi lesquels 13 des Hauts-de-France, signaient une tribune destinée au président de la République Emmanuel Macron pour alerter sur la préservation et la sauvegarde de petites églises françaises

Rima Abdul-Malak, sans y faire référence, appelle à distinguer les monuments historiques "classés ou inscrits au titre des monuments historiques" et qui sont à la charge de l'Etat. Les monuments qui ne sont pas protégés à ce titre-là ne relèvent pas de la responsabilité de l'Etat mais de celle des collectivités ou des diocèses. "Ça ne veut pas dire qu'on ne s'en préoccupe pas parce que ce sont des enjeux très importants", assure-t-elle. 

Pour elle, "chaque petite église un peu partout en France a une importance au niveau local pour les habitants, a une histoire qu'il faut préserver". En ce sens, le loto du patrimoine avec la mission Berne "a été une réponse parce qu'une grande partie des monuments qui sont sauvés par la mission Berne ne sont pas protégés au titre des monuments historiques". 

On est au soutien des collectivités sur des monuments historiques des plus petites communes avec, par exemple, un fonds avec le patrimoine qu'on a fait avec les régions. On arrive à aider les communes de moins de 2000 habitants pour restaurer des églises qui sont classées monument historique. Il faut arriver à regrouper nos forces pour trouver des leviers de financement.

Rima Abdul-Malak, ministre de la culture

Sa priorité reste toutefois les cathédrales "parce qu'on est - l'Etat - les seuls à en avoir la charge. Mais bien sûr, il y a tous les autres monuments historiques dont l'Etat est responsable". Elle rappelle que le budget 2023 pour les monuments historiques est de "470 millions d'euros, c'est 7% de plus que l'année dernière, et l'année dernière on était déjà à 30% de plus que 2017. L'effort de l'Etat pour les monuments historiques n'a jamais été aussi haut et c'est partout sur tout le territoire, ce n'est pas concentré que sur Paris", insiste la ministre de la culture. 

L'église Saint-Antoine de Conty, "un cas emblématique"

Rima Abdul-Malak s'est ensuite rendue à Conty pour observer l'avancée des travaux de l'église Saint-Antoine. "Là, c'est une église du 16ème siècle qui a besoin de plusieurs années de travaux" répartis en six phases que l'Etat prend en charge à hauteur de 40%. "Je voulais rappeler, en cette période où tous les yeux sont tournés vers la cathédrale Notre-Dame de Paris, que l'engagement du ministère de la culture c'est aussi les petites églises qui font le charme, l'histoire, l'âme de la plupart de nos communes", explique-t-elle. 

Elle précise que le chantier de restauration de cette église a été décidé avant la tornade qui a frappé la commune en octobre 2022. "Et d'ailleurs, cette église n'a miraculeusement pas été touchée par la tornade, c'est l'ensemble de Conty qui l'a été", rappelle-t-elle. 

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Le maire de Conty (Somme), Pascal Bohin, détaille les phases de travaux de l'église de la commune. ©Gaëlle Fauquembergue / FTV

Sur le département de la Somme, "4 millions d'euros ont permis d'aider déjà 100 travaux dans des églises donc il y a différents leviers pour aider le patrimoine qui n'est pas protégé et classé au titre des monuments historiques". Elle reconnaît néanmoins que ce n'est "pas suffisant au regard de l'ampleur des besoins en France". C'est pourquoi il faut "regarder les priorités, phaser les choses".

Mais il est "hors de question" pour elle d'abandonner certaines églises ou monuments. "Tous doivent avoir un plan de sauvegarde à un moment ou un autre mais ça se séquence dans le temps, on ne peut pas tout faire la même année, c'est des questions de budget, de moyens humains", justifie-t-elle. 

C'est notre rôle, au coté des collectivités, d’aller séquencer ces travaux. Et avec la création du fonds incitatif pour le patrimoine, on s’est allié avec les régions. Quand une Région veut s’engager dans un chantier, l’Etat ajoute, abonde pour pouvoir accélérer la restauration.

Rima Abdul-Malak, ministre de la culture

Ce fonds incitatif pour le patrimoine a déjà permis "d’aider en majorité 80% des chantiers dans des communes de moins de 2000 habitants. Ça, j’ai voulu l‘amplifier en 2023". Le ministère de la culture veut multiplier ses "leviers d’action pour être présents partout où c’est possible dans le territoire et transmettre ce patrimoine si précieux aux futurs générations", indique la ministre. 

En somme, le patrimoine est "un trésor à protéger, à transmettre, un trésor de métier, de savoir faire, de métier d'art, d'artisanat, ce n'est absolument pas un fardeau". Et même si Rima Abdul-Malak reconnaît qu'il demande un coût important mais aussi du temps et de l'énergie, elle en est convaincue : "c'est un trésor à perpétuer pour des siècles et des siècles", conclut-elle. 

Avec Gontran Giraudeau, Gaëlle Fauquembergue / FTV