Le portrait de la semaine : d’Amiens à Rabat, Eric Chitcatt, préparateur mental de l’équipe de foot féminine du Maroc

Eric Chitcatt a rejoint le staff de l’équipe féminine marocaine en février dernier. Une expérience inédite pour ce comédien de profession originaire d’Albert. Plusieurs années après son départ de l’Amiens SC, il retrouve le rectangle vert pour son plus grand plaisir. Rencontre à Rabat, lors d’un stage de la sélection.

À plus d’une heure du coup d’envoi d’un match de préparation contre la Gambie, Eric Chitcatt est le premier à venir découvrir la pelouse du complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat. Nouvel écusson sur la poitrine, l’Albertin de 52 ans arrive sourire aux lèvres.

Il entend profiter à fond de son aventure marocaine, dans le staff de la sélection féminine, après plusieurs années passées loin du ballon rond. "Il y a beaucoup d’excitation parce que je suis content de retrouver le foot. J’ai vécu près de 5 ans avec le staff de l’Amiens SC. Là, depuis quatre ans, j’étais au hockey sur glace. De retrouver le foot, ça me fait du bien", se réjouit l’homme aux innombrables casquettes.

Une première expérience avec une sélection nationale

Ce soir-là, le 7 avril dernier, celui qui est avant tout comédien-artiste-humoriste assiste sur le banc à la balade de santé de ses joueuses. Une victoire sans appel 6 buts à 1, face à un adversaire limité. "C’est très enivrant, il y a plein de passion et comme je dis souvent aux sportifs que j’accompagne... Voilà, je n’ai plus les jambes pour jouer donc le plaisir, je le trouve avec eux."

Fort de son expérience à l’Amiens SC, Eric pose ses valises à Rabat en tant que préparateur mental. Il rejoint le staff en février dernier. Et tout s’est fait très vite. "C’est parti grâce à des vidéos réalisées avec le hockey sur glace. L’académie du Maroc m’a contacté. C’est ensuite remonté à la direction de la performance, menée par un autre Amiénois, Christophe Manœuvrier. On m’a sollicité pour rejoindre l’équipe féminine et puis voilà, l’aventure a débuté", détaille celui qui connaît, à 52 ans, sa première expérience au sein d’une sélection nationale.

La préparation mentale, une approche inédite pour les joueuses

À son arrivée à Rabat, il découvre le complexe sportif Mohammed VI, sorte de Clairefontaine local, situé à seulement une dizaine de kilomètres de la capitale marocaine.

L'impressionnant centre sportif, inauguré par le Roi en 2019, s'étend sur près de 30 hectares. Il fait partie des plus modernes du monde. Ici, l’équipement est dernier cri, flambant neuf. Eric Chitcatt propose plusieurs ateliers pour améliorer les fonctions cognitives des joueuses, notamment leur réactivité. "L’idée est de les habituer à prendre l’information rapidement, pour pouvoir tout de suite agir, réagir, réaliser l’action adéquate par rapport à une situation donnée. Coordination œil-main, ici, coordination œil-pied, main gauche-main droite, pied gauche-pied droit", précise-t-il.

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Ce rôle reste encore méconnu du grand public mais pour le sélectionneur Reynald Pedros, qui a validé la venue du Picard dans son staff, il est pourtant essentiel. "Ça met en alerte toutes les joueuses, ça les fait progresser. C’est un travail très complémentaire avec le nôtre, celui du terrain."

L’ancien international français aux 25 capes dans les années 90 espère voir le travail mené pendant ces séances apporter un vrai plus en compétition. "On voit le gain de temps, d’un exercice à l’autre, on voit déjà la différence. Si ça devient répétitif, sur le terrain, les joueuses vont anticiper beaucoup plus de choses, notamment à l’entraînement et ça, c’est primordial."

La CAN à domicile en ligne de mire

Les joueuses, elles, reconnaissent pour la plupart ne pas connaître jusqu’ici la préparation mentale. Elles abordent cette nouvelle approche avec curiosité. "C’est une belle découverte. Je vois la différence en séance. Par exemple, entre le 1er passage et le suivant, on sent tout de suite qu’on est plus réactives, plus attentives, plus rapides. Je pense que sur le long terme, ça peut apporter beaucoup sur le terrain", affirme Salma Amani, meneuse de jeu des Lionnes de l’Atlas, licenciée à l’US Malo, club de 2e division française.

La joueuse de 32 ans se réjouit de l’ambiance de travail créée par les séances d’Eric Chitcatt. Les ateliers proposés apportent bonne humeur, stimulation et émulation au sein du groupe. "Ce genre d’exercices est plus ludique que la préparation physique. Tout en restant sérieuses, on rigole parce qu’on se lance des défis entre nous. On essaye d’être la plus rapide donc forcément, ça se chambre un peu. Mais c’est toujours dans le travail. On se pousse les unes et les autres vers le haut."

Si l’aventure marocaine d’Eric Chitcatt n’a débuté que depuis quelques mois, l’expérience semble déjà porter ses fruits. Grâce à cette nouvelle approche, le Maroc espère atteindre les demi-finales de sa Coupe d’Afrique des Nations, organisée du 2 au 23 juillet prochains à Rabat.

Ce résultat lui permettrait d’être directement qualifié pour la Coupe du monde en Australie et en Nouvelle-Zélande, en 2023. Un nouveau défi en perspective à relever pour Eric Chitcatt. Ça tombe bien, il ne demande que ça.