Précarité, détresse psychologique, décrochage : les étudiants de l’université d’Amiens durement touchés

Depuis plusieurs mois, les enquêtes se succèdent et témoignent de la détresse sociale et économique dans laquelle les étudiants ont été plongés par la pandémie de coronavirus. Des difficultés qui n’ont pas épargné les étudiants de l’UPJV.

Les cours en distanciel ont vidé les amphithéâtres et plongé de nombreux étudiants dans une détresse matérielle et psychologique dramatique.
Les cours en distanciel ont vidé les amphithéâtres et plongé de nombreux étudiants dans une détresse matérielle et psychologique dramatique. © FTV

La mise en place des cours en distanciel ne résout pas tout, loin de là. D’après une enquête de la Fédération des associations générales étudiantes, réalisée par Ipsos et publiée lundi 13 juillet, 8 étudiant sur 10 ont décroché de leurs études. Des difficultés auquelles sont également confrontées les étudiants de l'UPJV.

Le présentiel permet aux professeurs de s’attacher à capter l’attention de tous et surtout à repérer les étudiants décrocheurs et à leur apporter notre aide. C’est quelque chose d’impossible à travers un écran.

Nathalie Frigul, Co-responsable du Département de Sociologie, Ethnologie, Démographie à l’UFR

A Amiens, Nathalie Frigul, co-responsable du Département de Sociologie, Ethnologie, Démographie à l’UFR, estime que "les décrochages sont réels". Observés lors du premier confinement par l’équipe pédagogique, "ils devraient se confirmer lorsque les résultats des premiers partiels tomberont en février", ajoute-t-elle à l’autre bout du fil entre deux réunion d’une rentrée extrêmement chargée.

Malgré la mise en place de supports inédits pour répondre aux nouveaux besoins que soulèvent la crise, les résultats d’une enquête sur le confinement des étudiants de l’UPJV proposée par l’équipe pédagogique comme exercice lors du premier confinement aux étudiants ont confirmé cette tendance. "C’était un moyen pédagogique pour toucher au coeur du métier que sont les enquêtes de terrain. Entre 600 et 700 étudiants ont répondu. Une majorité fait partie de l’UFR et de la branche des sciences sociales. C’est donc une enquête avec des résultats significatifs, mais non représentatifs", tient-elle à préciser.

Les première année particulièrement fragilisés

Toujours est-il que ces résultats viennent confirmer ceux des grandes enquêtes nationales. De nombreux étudiants n’ont plus accès aux cours dans de bonnes conditions et la frustration des professeurs impuissants malgré un "travail plus plus plus" est immense. Pour Nathalie Frigul, les première année (Licence 1) représentent une population particulièrement fragile.
 

Malgré les infrastructures, les supports que l’on met en place pour faciliter la transmission des savoirs cela n’est pas suffisant. Le savoir se transmet à plusieurs, par l’interaction, par les corps. Le savoir s’incarne. Je ne dis pas que le distanciel n’a pas de bons côtés, mais en ce qui concerne les décrochages il a une incidence certaine. Nous sommes particulièrement inquiets pour les L1. Les L2 et L3 aussi, mais ils sont socialisés à la posture étudiante et universitaire contrairement à ces derniers.

Nathalie Frigul, Co-responsable du Département de Sociologie, Ethnologie, Démographie à l’UFR


"Ils n’ont plus les moyens de se loger, de se nourrir, de se vêtir" 

Au total, l’enquête révèle notamment que près de 6 étudiants sur 10 (57%) peinent à accomplir ce qui leur est demandé dans le cadre du télé-enseignement. Des chiffres qui s’expliquent par la présence dans les rangs des étudiants interrogés d’une majorité d’étudiants en sciences sociales où nombreux sont les boursiers et étudiants issus de famille "d’employés et d’ouvriers". "Leurs conditions de vie sont souvent plus fragiles. Certains n’ont qu’un petit téléphone portable pour suivre les cours, d’autres un ordinateur pour trois et une connexion internet peu efficace. La fracture numérique n’est pas du tout réglée."

De plus, "beaucoup travaillent à mi-temps pour subvenir à leur besoin", poursuit Nathalie Frigul. "Ce sont souvent des emplois précaires, certains les ont totalement perdus et sont dans une urgence vitale. Ils n’ont plus les moyens de se loger, de se nourrir, de se vêtir."

"Des étudiants crèvent de faim. Ça s’est aggravé depuis le premier confinement", confirme Chloé Hernandez, présidente de l’UNEF d’Amiens Picardie. "Ils ont perdu leur emploi, leur stage, leur service civique. Le collectif Étudiants sans faim (constitué pendant le confinement) essaie d’organiser une distribution de nourriture une fois par semaine à Amiens, mais on n’arrive pas à répondre à la demande."

Une profonde détresse psychologique

Difficultés à suivre les cours, manque de lien, stress chronique, manque de sommeil, le tout s’auto-alimente comme un cercle vicieux dans lequel s’enlisent profondément certains étudiants. La détresse autant matérielle que psychologique est dramatique. "De plus en plus d’étudiants prennent des traitements par anxiolytiques contre le stress", appuie Chloé. "J’étais la seule à venir régulièrement à la clinique psychiatrique du campus depuis près d’un an, désormais j’y croise une dizaine d’étudiants réguliers", emboite une étudiante souhaitant rester anonyme.

Chloé invite les étudiants en difficultés à ne pas hésiter à se tourner vers l’Unef pour trouver du soutien "autour de jeux de société ou autre, tout en respectant les gestes barrières". La faculté a également mis en place un mail spécifique auquel les étudiants peuvent s'adresser (ecoute@u-picardie.fr). "La meilleure chose qui puisse arriver aujourd’hui, c'est la réouverture des facultés et ça ira beaucoup mieux. C’est fou de se dire que les étudiants voient les partiels qui arrivent de manière plutôt positives parce qu’il y a pour certains examens du présentiel et qu’ils vont enfin pouvoir voir du monde", conclut-elle.

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