Seconde Guerre mondiale : retour sur la chute d'Amiens, il y a 80 ans

Amiens avant les destructions de mai 1940. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Amiens avant les destructions de mai 1940. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance

Le 19 mai 1940, l'armée allemande bombarde Amiens. Des dizaines de civils perdent la vie. Le lendemain, la ville tombait aux mains des Allemands. Notre journaliste Jean-Paul Delance revient sur cet épisode historique, avec les photos de sa collection personnelle.

Par Jean-Paul Delance

Le 10 mai 1940, les 95 000 habitants d’Amiens se réveillent comme ceux de toutes les villes de France avec l’annonce diffusée par la TSF de l’attaque allemande sur la Belgique et la Hollande. Aucune inquiétude dans la population qui vient de vivre les huit mois de la drôle de guerre où presque aucun coup de feu n’a été tiré entre les ennemis. Et puis militaires et politiques n’ont-ils pas certifié que nos frontières étaient inviolables ?

Carrefour de liaisons ferroviaires stratégiques, Amiens est le siège de la 2e région militaire qui englobe la Somme, l’Aisne, l’Oise et les Ardennes. Seules trois batteries anti-aériennes protègent la cité des bombardements ennemis. Les troupes affectées à sa défense sont peu nombreuses et accusent un manque cruel de matériels et de munitions. 
 
Batterie 155 mm. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Batterie 155 mm. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance


16 mai : l'exode contre l'avis des autorités


Le 13 mai, première alerte, des hauteurs de la ville on perçoit des échos de canonnades. Faute d’informations précises, on n’ose pas croire à l’arrivée imminente de l’ennemi. Le 14 et le 15, on voit arriver les premiers réfugiés belges. Le 16, l’exode de la ville s’organise. Les habitants du Pas-de-Calais et de l’Aisne viennent bientôt garnir les rangs d’une population gagnée par la fièvre du départ, aussi les autorités appellent au calme. Militairement, on installe par précaution dans l’urgence des barrages en périphérie d’Amiens.

À l’aube du 18, le général Frère arrive à Amiens. Il vient de prendre le commandement d’une 7e armée reconstituée avec des troupes qui descendent en désordre de Belgique et d’autres qui arrivent d’Alsace. Sa mission : tenir coûte que coûte sur la Somme et l’Oise. Intention louable mais contrariée dès l’après-midi par le premier bombardement aérien qui vise principalement les voies ferrées et les gares. 
 
Carcasse de la gare centrale d'Amiens / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Carcasse de la gare centrale d'Amiens / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
La rue Delambre en ruines. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
La rue Delambre en ruines. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance

Un train transportant des soldats anglais du Royal Sussex est touché, faisant plusieurs morts. Dans ces conditions tragiques, on comprend mal l’attitude de la préfecture et de la municipalité qui donnent comme mot d’ordre aux habitants de rester sur place. 
 
La cathédrale d'Amiens, intacte au milieu des ruines. Photo prise rue Henri IV. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
La cathédrale d'Amiens, intacte au milieu des ruines. Photo prise rue Henri IV. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Place Gambetta et début de la rue des 3 cailloux. Au fond, l’horloge Dewailly avec la célèbre Marie Sans Chemise. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Place Gambetta et début de la rue des 3 cailloux. Au fond, l’horloge Dewailly avec la célèbre Marie Sans Chemise. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance


19 mai : bombes sur la ville


Le 19, la catastrophe redoutée se produit : une pluie de bombes larguées par plusieurs escadrilles de bombardiers s’abat sur la vieille cité picarde, réduisant en cendres 2 000 ans d’histoire. L’incendie ainsi provoqué se propage pendant 5 jours. La mort comme dans toutes guerres fait ici son oeuvre. On relève dans les décombres des dizaines de victimes civiles. 
 
Église et chaussée Saint-Pierre / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Église et chaussée Saint-Pierre / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Le beffroi "décapité" et incendié. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Le beffroi "décapité" et incendié. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
 
Maison particulière détruite en bordure du parc de la Hotoie. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Maison particulière détruite en bordure du parc de la Hotoie. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance


20 mai : Amiens aux mains des Allemands


Le coup de grâce intervient le lendemain. Le 20, dès 8 heures du matin, les panzers du général allemand Guderian arrivent au contact des barrages de la route d’Albert qui cèdent rapidement après un violent combat.

Les chars continuent leur progression par le boulevard de Beauvillé. Le capitaine Tassart, posté près de la gare, met un canon de 75 en batterie et détruit trois blindés avant d’être obligé de se replier. Peu après, un petit char Renault de la Grande Guerre crée la panique chez l’ennemi en surgissant de la rue Jules Barni. À l’intérieur, un sergent et son mécanicien qui ne veulent pas reculer sans se battre.

3 obus allemands mettent fin à cet acte d’héroïsme et de sacrifice. Au soir du 20 mai, la ville "imprenable" en 1918 est aux mains des allemands qui installent une "tête de pont" au sud jusqu’au village de Dury. L’armée française n’a pourtant pas dit son dernier mot et réagira dans les jours suivants.
 
Un char français détruit route d’Albert (aujourd’hui avenue de la Défense Passive). / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
Un char français détruit route d’Albert (aujourd’hui avenue de la Défense Passive). / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
 
La tombe d’un soldat français sur le Boulevard de Belfort. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
La tombe d’un soldat français sur le Boulevard de Belfort. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance

Personnellement, ma famille a été touchée par cet épisode de la guerre. À l’époque, mes grands-parents maternels et ma mère, alors enfant, habitaient aux pieds de la cathédrale sur une placette détruite par les bombardements à peu près à l’emplacement actuel de la rue Dusevel. Leur belle maison historique en pierres de taille a été pulvérisée le 19 mai après-midi. 
 
À gauche, le dernier mur encore debout de la maison familiale de mes grands-parents, située sur l’ancienne place Saint-Rémi. Au milieu, ma mère alors âgée de 12 ans, au milieu des ruines, de retour d’exode en novembre 1940. À droite, la placette Saint-Rémi, qui communiquait au nord sur le parvis de la cathédrale, à l’ouest rue des Sergents et au sud avec la rue des Crignons. Au fond de la photo apparaît l’ancien couvent des Louvencourt, aujourd’hui lycée privé Saint-Rémi. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance
À gauche, le dernier mur encore debout de la maison familiale de mes grands-parents, située sur l’ancienne place Saint-Rémi. Au milieu, ma mère alors âgée de 12 ans, au milieu des ruines, de retour d’exode en novembre 1940. À droite, la placette Saint-Rémi, qui communiquait au nord sur le parvis de la cathédrale, à l’ouest rue des Sergents et au sud avec la rue des Crignons. Au fond de la photo apparaît l’ancien couvent des Louvencourt, aujourd’hui lycée privé Saint-Rémi. / © Collection personnelle Jean-Paul Delance

 

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