Somme : trois ans de prison ferme pour le conducteur qui avait percuté un gendarme à Hombleux

Le jeune homme qui avait renversé un gendarme à Hombleux en essayant d'éviter un contrôle a écopé de trois ans de prison ferme. Le gendarme avait miraculeusement survécu au choc mais gardera des séquelles toute sa vie.

Le palais de justice d'Amiens, le 20 octobre 2020.
Le palais de justice d'Amiens, le 20 octobre 2020. © FTV / L. Pénichou
L'audience s'était tenue le 20 octobre au tribunal d'Amiens. Le prévenu, âgé d'une petite trentaine d'années, visiblement anxieux, avait fait face au gendarme qu'il avait renversé un an et demi plus tôt à Hombleux, près de Ham. Le militaire, qui garde sur son visage les séquelles de cette nuit-là, était resté calme et impassible en écoutant le récit des faits par le président du tribunal. 

Un choc très violent

Le soir du 2 mars 2019, un peu avant 23h30, le maréchal des logis chef Michel Verhee effectue une opération de contrôle routier ave un collègue. Muni d'une lampe torche et d'un gilet réfléchissant, il fait signe à une voiture de s'arrêter. Le conducteur, sachant qu'il n'est pas en règle, cherche à se soustraire et se déporte, percutant le militaire qui est projeté à environ deux mètres de hauteur avant de heurter le sol. Héliporté vers l'hôpital, il passera cinq jours dans le coma, douze en réanimation. 
 
Retrouvé le lendemain à son domicile, l'homme qui conduisait le véhicule est mis en examen et placé en détention provisoire pour conduite malgré annulation de permis, conduite d’un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants, délit de fuite, violences avec arme sur personne dépositaire de l’autorité publique (tous en récidive), et refus d’obtempérer à une sommation de s’arrêter.

Trois ans de prison ferme 

Un an et demi après les faits, il comparait aux côtés de sa compagne, présente dans le véhicule au moment des faits et accusée de non-assistance à personne en danger. A l'audience, la question centrale est de déterminer si l'acte de blesser le gendarme était volontaire ou non. Les faits ont finalement été requalifiés en "blessures involontaires avec ITT de plus de 3 mois". Le jugement a été rendu ce 29 octobre : trois ans de prison ferme pour le conducteur, soit deux ans de moins que les réquisitions du procureur. Pour sa compagne, les juges ont suivi les réquisitions, soit six mois de prison avec sursis.

Blessures involontaires

"Je suis satisfait du fait qu'on reconnaisse que ce n'était pas volontaire. La peine est un peu sévère mais compte tenu du casier judiciaire (qui faisait déjà mention de 11 condamnations, ndlr), on ne pouvait pas espérer autre chose", a déclaré l'avocat du conducteur, maître Stéphane Daquo. "Pour ma part, je n'entends pas faire appel, mais j'attends de discuter avec mon client pour savoir ce qu'il veut faire."


À la barre, le prévenu avait reconnu les faits mais assuré n'avoir jamais eu l'intention de blesser. "Je m'en veux sincèrement, j'ai honte de la personne que j'ai été ce soir-là", a-t-il déclaré. "C’est juste quelqu’un qui, confronté à une décision qu’on doit prendre dans une fraction de seconde, fait forcément la mauvaise parce qu’il n’a pas le temps de réfléchir, et qui après s’en veut toute sa vie", a précisé Me Stéphane Daquo.

Le gendarme a repris du service

De son côté, Michel Verhee ne conserve aucun souvenir de ce qu'il s'est passé mais il a encore des douleurs, et des cicatrices. Il a pu reprendre le travail mais ne pourra sans doute plus retourner sur le terrain. Alors que le procès aurait dû se tenir en avril en visio-conférence, le gendarme avait demandé son renvoi pour pouvoir se retrouver face au conducteur.

"J’aurais espéré que [le prévenu] prenne d’avantage conscience de la gravité de ce qu’il avait fait, a indiqué à l'issue de l'audience l'avocat du militaire, Me Guillaume Demarcq. Qu’il ne se présente pas avec un discours de circonstance qui consiste à dire : "J’ai pris conscience - la prison m’y a aidé - de la gravité de ce que j’ai fait.On s’aperçoit, si on gratte un peu, qu’il n’y a aucune prise de conscience."
 
Le conducteur a déjà effectué treize mois de détention provisoire après son interpellation, qui comptent dans la peine de trois ans de prison.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société