Un expert de l’Université de Picardie Jules Verne récompensé par une entreprise américaine d’écologie

Rencontre avec Jonathan Lenoir, l’heureux lauréat du prix George Mercer. Remis annuellement par la société américaine d’écologie (ESA), ce prix récompense une étude exceptionnelle dans le domaine de l’écologie, menée par un jeune chercheur âgé de moins de 40 ans.

Les projets de recherche actuels de Jonathan Lenoir portent essentiellement sur l'impact du microclimat forestier sur la biodiversité et la réponse de cette biodiversité au réchauffement climatique.
Les projets de recherche actuels de Jonathan Lenoir portent essentiellement sur l'impact du microclimat forestier sur la biodiversité et la réponse de cette biodiversité au réchauffement climatique. © Gontran Giraudeau/FTV

Chercheur au CNRS au sein du laboratoire "Ecologie et Dynamique des Systèmes Anthropisés" (EDYSAN) à l’université de Picardie Jules Verne à Amiens, Jonathan Lenoir n’est pas de ceux qui aiment se mettre en avant.

Il vient pourtant de recevoir le prix George Mercer pour son étude sur l’évolution de la biodiversité, publiée en 2019 dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences des Etats-Unis d’Amérique (PNAS).

"C’est une reconnaissance certaine d’un véritable travail collaboratif de longue haleine". Jonathan Lenoir le répète, ce prix est collectif et a été remis à l’ensemble des co-auteurs de l’étude. "Moi j’ai eu la chance de participer à ce collectif de travail. C’était porté par deux chercheuses américaines brillantes, qui ont eu l’idée de cette méta-analyse".

Tout a commencé en 2015, à la suite d’un brainstorming organisé par Cascade Sorte, une chercheuse américaine. Le thème de la réflexion : les espèces exotiques envahissantes. Des groupes de travail se créent avec une dizaine de chercheurs de toutes nationalités.

"Notre travail portait sur l’impact de l’abondance en espèces exotiques envahissantes sur les écosystèmes et sur les espèces natives et communautés d’espèces natives. Par exemple en Picardie, il y a le cerisier tardif, qui est une espèce nord-américaine et qui a été introduite notamment en forêt de Compiègne".

Semis de cerisier tardif sous un chêne de la forêt de Compiègne, dans l'Oise.
Semis de cerisier tardif sous un chêne de la forêt de Compiègne, dans l'Oise. © Jonathan Lenoir

"Cette espèce est très dynamique et répond rapidement à une ouverture du milieu forestier, généralement suite à des opérations de gestion sylvicoles. Elle supporte très bien l'ombre et peut rester 'tapie' dans l'ombre du sous-étage forestier pendant plusieurs années dans l'attente d'une ouverture du peuplement et d'un apport de lumière suffisant pour occuper ensuite l'espace du sous-étage sans que rien ne puisse vraiment pousser en dessous à part lui-même. Cette espèce est très compétitrice pour la lumière, d'où l'impact ensuite pour le forestier qui n'arrive pas à s'en débarrasser facilement. Sachant qu'il n'existe aucun débouché actuel de valorisation de cette essence exotique et qu'elle occupe l'espace, par compétition, des essences natives comme le hêtre et le chêne, alors c'est une perte économique pour la production de bois. D'où l'impact important des espèces exotiques envahissantes, comme le cerisier tardif en Europe, sur le plan économique pour nos sociétés".

Après exploitation forestière, un semis de cerisiers tardif qui occupent l'espace sous les pins Sylvestre, profite de l'apport de lumière pour exploser littéralement en abondance.
Après exploitation forestière, un semis de cerisiers tardif qui occupent l'espace sous les pins Sylvestre, profite de l'apport de lumière pour exploser littéralement en abondance. © Jonathan Lenoir

Pendant quatre ans, les chercheurs étudient la question. Tous les articles publiés sur le sujet sont lus dans leur intégralité. "Il faut savoir qu’on a récolté au total 1258 cas correspondant à 201 publications scientifiques. On les a épluchées une à une pour récupérer des informations sur les espèces exotiques mises en cause. À quel niveau trophique elles appartenaient, si c’est un système proie/prédateur ou un système compétiteurs".

Ce travail titanesque a été réalisé de manière traditionnelle, sans l'utilisation de technologies.  "Toutes ces informations sont difficilement repérables par un ordinateur. Finalement, le cerveau humain permet de mieux intégrer tout un tas d’informations à l’échelle d’une seule publication".

Dans cette étude, tous les systèmes sont abordés : terrestres, aquatiques ou marins. "On regarde le règne végétal et animal" ajoute Jonathan Lenoir. "On brasse des choses très différentes. On prend de la hauteur, on prend ce qu’il y a dans la littérature. On fait le bilan et à la fin on essaye de faire ressortir un patron général qui nous permettrait de mieux comprendre comment ça se passe à une échelle plus globale". C’est ce qu'on appelle une méta-analyse et c'est justement pour cette raison que les scientifiques ont remporté le prix George Mercer. 

Après ces quatre années de travail et plusieurs rencontres intermédiaires, France (2015), Angleterre (2016), Espagne (2017), Etats-Unis (2018), les scientifiques rendent leurs conclusions.

L’étude est publiée en 2019. Jonathan Lenoir a alors 38 ans.

Aujourd’hui, ses projets de recherche portent sur les écosystèmes forestiers en particulier et notamment l’impact que va avoir le microclimat forestier sur la biodiversité et la réponse de cette biodiversité au réchauffement climatique. Grande question d’actualité.

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