Hommage à Samuel Paty : deux ans après l'assassinat du professeur d'histoire, comment le corps éducatif enseigne les valeurs de la République aux élèves

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Écrit par Guillaume Gorgeu .

À l'occasion de l'hommage à Samuel Paty, deux ans après son assassinat, la communauté éducative met en place des événements pour évoquer et initier les élèves aux valeurs de la République. Dans la région, proviseurs et professeurs agissent dans ce sens par différentes actions.

Deux ans après l’assassinat du professeur d’histoire Samuel Paty, pour avoir montré des caricatures de Mahomet en cours, un hommage lui est rendu dans les établissements scolaires de France. Pap Ndiaye a appelé ces derniers à "une minute de silence, un échange ou encore une séquence pédagogique". 

Dans la Somme, à Flixecourt, la Cité Scolaire Alfred Manessier a mis en place une journée entière, le 11 octobre dernier, dédiée à la célébration des valeurs de la République. À travers des ateliers, les élèves ont été sensibilisés à ces thématiques. "L'idée, c'était qu'il y ait un moment solennel de recueillement et d'hommage à l'enseignant qui a été assassiné. Et qu’à côté de ça, on puisse à un autre moment aborder la question des valeurs de la République, mais de manière positive. L’idée est que la République est un projet qui se construit", explique Franck Vandamme, proviseur de la Cité scolaire.

Les valeurs de la république, "ce n’est pas que quelque chose qui concerne les adultes"

Franck Vandamme - Proviseur de la Cité scolaire Alfred Manessier

Six jours avant la cérémonie d'hommage au professeur d'histoire, l'égalité, la liberté, la fraternité, la laïcité, la tolérance, mais aussi l’ouverture aux autres étaient au cœur de ces différents échanges. Pour restituer leur réflexion, les élèves ont eu le choix d'une forme de production artistique, à exprimer et à partager avec les autres. "L’idée, c'était que chaque enfant prenne conscience qu’il est un citoyen. Il a un héritage qu'est la République [...]. Ce n’est pas que quelque chose qui concerne les adultes, qui concerne 'les anciens combattants'", décrit le proviseur.

Dans un autre lycée professionnel, celui de Corot à Beauvais, dans l'Oise, Jérôme Ducrocq, professeur d'économie gestion, a utilisé l'outil de la musique et de la chanson afin de rendre hommage vendredi 17 octobre à Samuel Paty. "J'avais un groupe de première bac pro. L'idée c'était de traiter l'instant commémoratif avec la chanson de Renaud, 'Morts les enfants’. On a vu ça sous l'angle de la fraternité", thème qu'aborde le morceau, explique le professeur.

"Tout doucement, je les ai amenés à faire un parallèle entre cette chanson, et puis la fraternité que tout professeur défend aussi. Ce pilier de liberté, égalité, fraternité, c'était très intéressant. Ça s’est vraiment super bien passé", se réjouit-il.

Déjà en 2020, lors de l'instant de recueillement, après l'assassinat, Jérôme Ducrocq avait utilisé le support musical. "J'aime bien, ils ont un texte sous les yeux, c'est ça qui nous aide. C'est un support pour qu'ils comprennent les choses plus simplement."

Deux ans après le drame, "les élèves ont voulu quand même reparler des faits". Comme il y a deux ans, le professeur évoque des "échanges posés", "les élèves étaient vraiment choqués". "On avait mesuré l'importance d'avoir pris cet instant-là. On a parfois des élèves qui sont un peu démunis pour prendre en compte tous les paramètres. Quand ça s'est passé, ils étaient en 4e. Au lycée professionnel, ils s’aguerrissent. On continue à développer leur ouverture d'esprit, c'est primordial."

Être sur "une forme d'égalité" pour évoquer "quelque chose de commun"

À la cité scolaire Alfred Manessier, la réflexion des collégiens a donné lieu à un lipdub, il s'agit de reprendre une chanson ou un clip en faisant du playback. D’autres ont créé des posters géants, des fresques. Résultat, "enseignants, élèves, AVS (auxiliaires de vie), tout le monde se retrouvait un peu sur une forme d'égalité, à parler de quelque chose qui est commun. Et ça, c'est précieux. Il a y eu beaucoup de concentration et beaucoup d'attention et vraiment, ça a été un moment où il y a eu une forme de communion dans le sens où tout le monde était intéressé par la même chose", analyse le proviseur de la cité scolaire de Flixecourt.

Dans ce lycée, l'hommage et la solennité remplaceront le temps de "réflexion positive", lundi 17 octobre. La cérémonie rassemblera toute la communauté du collège et du lycée. Ce drame a "puissamment traumatisé la communauté éducative" et a été évoqué sans détours par les élèves. "Ça les impacte à l'école. Et l'école, c'est l'endroit où ils vivent. C'est l'occasion de reparler de ce lien commun, du travail d'un enseignant au-delà de sa pédagogie", rapporte Franck Vandamme. 

Faire "l'école ailleurs et autrement"

Une autre action permet aux élèves de se former aux valeurs de la République, en dehors de l'établissement scolaire. À Amiens, le collège Arthur Rimbaud et le collège César Franck travaillent ensemble, avec la Ligue de l'enseignement sur l'élaboration de la visite des institutions de la République à Paris. Ce système "implique une co-construction avec les équipes éducatives des collèges et en l'occurrence, ce ne sera pas des enseignants, mais des CPE qui interviendront pendant le séjour"; précise Gaëlle Rakotozafy, cheffe de projet à la Ligue de l'enseignement.

L'emploi du temps est bien défini. "Les matinées sont dédiées à des apprentissages sur la notion de laïcité, mais de manière très ludique, sous forme de jeux ou d'ateliers encadrés par les CPE et nos animateurs [...] Les après-midis sont consacrées à des visites extérieures de Paris et en particulier des monuments institutionnels qui sont l'Assemblée nationale, le Sénat et le Panthéon". Une manière de faire "l'école ailleurs et autrement"; comme le dit l'ancienne enseignante.

Aborder le thème de la laïcité, est "une notion glissante" affirme Gaëlle Rakotozafy. "Les intervenants ne sont pas toujours très à l'aise pour aborder ce genre de notion. On est parti du constat qu'il fallait d'abord que ça vienne des élèves. On envisage de leur faire évoquer ce que représentent certaines notions et (on) complète pour qu'ils puissent se les approprier eux-mêmes". L'assassinat de Samuel Paty ne sera pas abordé directement. Mais, "l'action est clairement en lien avec ce genre d'événements, ça en découle évidemment"; explique la cheffe de projet de Ligue de l'enseignement.

Le but, s'approprier les valeurs de la République

Comme pour les lycéens de Flixecourt, le but est que les collégiens d'Amiens restituent les informations reçues lors de ce séjour à travers un ABCDdaire de la laïcité. "Il sera présenté au collège et aux familles pour permettre la continuité aussi au sein de l'établissement. Ce n’est pas qu'un séjour, ce n’est pas un événement isolé. L'idée c'est de faire du lien entre ce qui se fait à l'école et ce qui peut être vu en dehors."

En rattachant les mots, qui pour eux font sens, sur la République, la laïcité, les collégiens peuvent ainsi s'approprier ces valeurs. À travers ces actions "qui n'existent pas à cause" de l'assassinat de Samuel Paty précise Gaëlle Rakotozafy, les élèves se forment ainsi aux valeurs de la République sous plusieurs formes, en complément de ce qui se fait à l'école.

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