Nuisances, dégâts et prolifération des goélands : à Cayeux-sur-Mer et Ault, la stérilisation des oeufs se fait par drone

Face à des nuisances de plus en plus importantes des goélands, de nombreuses communes du littoral picard et de la baie de Somme ont fait le choix d'agir pour éviter leur prolifération. À Cayeux-sur-Mer et à Ault, les oeufs sont stérilisés à l'aide d'un drone.

Cris, déjections corrosives, gouttières obstruées par les débris des nids abandonnés : de nombreuses communes du littoral ont décidé de stériliser les oeufs de goélands pour éviter les nuisances et la prolifération de l'espèce.
Cris, déjections corrosives, gouttières obstruées par les débris des nids abandonnés : de nombreuses communes du littoral ont décidé de stériliser les oeufs de goélands pour éviter les nuisances et la prolifération de l'espèce. © FTV

Depuis quelques jours, un drone effectue des passages réguliers au-dessus des bâtisses de Cayeux-sur-Mer en baie de Somme. Il n'est pas là pour tourner des vidéos promotionnelles mais pour lutter contre la prolifération des goélands. "Cela fait cinq ans que nous intervenons, explique Philippe Boutté, conseiller municipal délégué à la pêche, à la chasse et à l'environnement. La population nous l'a demandé, nous avons même eu une pétition."

Nuisances et dégradations

Alors, deux fois par an, en mai et en juin, un produit à base d'huile végétale est projeté sur les nids. Il empêche ainsi l'oxygène de continuer à traverser la coquille poreuse pour nourrir l'embryon, ce qui stoppe son développement.

Le drone, c'est aussi la méthode choisie par la commune d'Ault, à quelques kilomètres de là.

Plus pratique, selon le maire, car beaucoup de bâtiments sont très hauts. Jusqu'ici, les oeufs de goélands n'avaient jamais fait l'objet de traitements. Mais devant l'augmentation des nuisances et le mécontement grandissant des résidents de la ville, l'équipe municipale a décidé d'agir.

À Mers-les-Bains, la méthode diffère un peu mais l'objectif reste le même : rendre les oeufs stériles. Une équipe de cordistes habituée au travail en hauteur se rend, à deux reprises, aux adresses concernées, après autorisation des propriétaires, et asperge chaque oeuf de goéland argenté de ce produit spécifique.

Quand l'effarouchement n'est plus efficace

Pour les maires des communes concernées, ces interventions apparaissent aujourd'hui être la seule solution. "Nous avons bien tenté d'effaroucher les goélands mais ils s'habituent très vite, explique Marcel Le Moigne, le maire d'Ault. En plus, ils sont plutôt agressifs. Nous avons même eu des gens qui se sont fait ouvrir le crâne". Trois incidents ont été signalés l'an dernier.

Sans compter les nuisances. "Parfois, on ne voit plus à travers les velux alors les gens râlent", ajoute le maire qui a récemment mis en place un questionnaire sur les nuisances occasionnées par les goélands. Les poubelles sont également régulièrement éventrées le dimanche soir, rendant la tâche des agents municipaux beaucoup plus difficile.

À Mers-les-Bains, le responsable du service communication confirme aussi des nuisances très importantes : des cris, des déjections corrosives partout et notamment sur les voitures ou encore des gouttières obstruées par les débris des nids abandonnés. Cette année, les dégâts semblent même plus importants car en 2020, en raison du confinement général lié à au covid-19, l'opération n'avait pas pu avoir lieu, favorisant de nombreuses naissances.

Quant à la commune de Cayeux-sur-Mer, elle a pris un arrêté pour interdire de nourrir les goélands.

Une espèce protégée

Mais ces oiseaux sont-ils si nombreux ? Oui, à en croire le maire d'Ault. Dans sa commune, le comptage effectué a permis de repérer la présence de plus de 200 nids.

Toutefois, pour pouvoir intervenir, les différentes mairies doivent nécessairement demander l'autorisation des services de l'État, après avis de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement des Hauts-de-France pour déroger à l'interdiction de stérilisation des oeufs. Car le goéland argenté est une espèce protégée. Un comptage pré et post-opération est également effectué par un groupement scientifique agrée par l'État afin de suivre les opérations et leur impact.

"On régule l'espèce. On fait juste en sorte que la population n'augmente pas", se défend Philippé Boutté. À Cayeux-sur-mer, les chiffres du comptage de cette année ne sont pas encore connus mais ils semblent stables. La commune comptait une soixantaine de nids l'an dernier. Une stabilité qui la pousse à renouveler, année après année, ces interventions.

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