Législatives 2024. "Qu’on arrête les conneries, qu’on joue le match pour de vrai" : François Ruffin appelle à l'union des gauches

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Après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, les partis de gauche, désunis aux élections européennes, n’ont d’autres choix que de se rassembler pour affronter l’extrême droite. C’est le mot d’ordre, lancé dimanche 9 juin, à Amiens, par François Ruffin, les Insoumis, les écologistes, les socialistes et les communistes.

Dans la salle municipale Bizet du quartier Saint-Maurice à Amiens, les militants "Picardie debout !" de la Somme sont sonnés. La fébrilité et le choc sont perceptibles sur les visages et les témoignages émus. Un jeune militant de 21 ans, étudiant à Sciences politiques, ne retient pas sa déception face aux résultats des élections européennes de dimanche. Au bord des larmes, il nous confie : "Je suis jeune, je n’ai pas connu la Seconde Guerre mondiale, mais je vois qu’on n’apprend pas de nos erreurs. On est à un tournant. L’histoire se répète. Je suis en colère. J’ai décidé de rentrer dans la radicalisation de gauche. Je vais plus m’investir, tracter et essayer de changer la donne."

On a un pyromane de la République. On a un cynique à la tête de l’État qui joue avec le pays.

François Ruffin, député LFI de la Somme

François Ruffin appelle au front populaire 

Et ce n’est pas seulement le score historique du Rassemblement national qui fait réagir, mais l’allocution du président de la République. Emmanuel Macron vient d’annoncer la dissolution de l’Assemblée nationale et de nouvelles élections législatives avec un premier tour prévu le 30 juin et un second, le 7 juillet. Une campagne express s’annonce donc pour tous les partis et en particulier les quatre principaux partis de gauche qui sont partis désunis à ces élections européennes. Dans ce QG improvisé de "Picardie debout !", à l’ouest d’Amiens, les militants se regroupent autour de François Ruffin, député de la Somme. "On a un pyromane de la République. On a un cynique à la tête de l’État. Qui joue avec le pays comme si c’était un jouet", lance le député qui siège au sein du groupe LFI à l’Assemblée nationale.

Qu’on arrête les conneries, qu’on joue le match pour de vrai qu’on mène un véritable combat au Rassemblement national.

François Ruffin, député LFI de la Somme

La sidération passée, c’est la combativité qui prend le dessus. "Dans ma circonscription, le Rassemblement national est en tête. Mais ça ne me fait pas peur d’y retourner. On a trois semaines pour renverser ça ici et ailleurs dans le pays. La gauche est à 30 %, ce n’est pas rien. Il y a un socle, de quoi s’appuyer pour gagner", ajoute François Ruffin, qui appelle à "un front populaire".

"À ces élections européennes, l’extrême droite a fait 40 %, le reste, c'est de la bataille de nains. La gauche doit s’unir. Qu’on arrête les conneries, qu’on joue le match pour de vrai, qu’on mène un véritable combat au Rassemblement national ! Voilà l’enjeu ! Là, il n’y a plus le choix. Je le dis aux chefs de partis, à Marine Tondelier, à Jean-Luc Mélenchon, à Olivier Faure, à Fabien Roussel. On a passé six mois d’injures, d’invectives, de déchirements entre nous. Mais maintenant, on a le choix entre gagner ensemble ou perdre divisés. J’espère qu’ils en sont bien conscients à Paris."

Quelques mots qui redonnent espoir aux militants. "On ne s’attendait pas à la dissolution, mais on va repartir de plus belle. Ça peut ressouder la gauche", assure une militante. Un espoir né après le second tour des élections législatives de 2022, quand l’union de la gauche, la NUPES (LFI-EELV-PS-PCF) devenait la première force d’opposition à l’Assemblée nationale. Depuis, un fossé s’est creusé entre les alliances et tous les partis ont décidé de rompre les accords. Le Phoenix peut-il renaître de ses cendres ? Pour François Ruffin, ce n’est pas une question, mais une nécessité pour faire barrage à l’extrême droite.

L’élection se tiendra dans 20 jours. La tâche est immense pour les forces de gauche, mais déjà, ce lundi 10 juin, tous les partis de gauche organisent réunions, visio et conseils nationaux des partis. Le temps est compté. "Trois semaines, c’est court, mais on sait faire. On a les gens et on a l’envie", nous confiait une autre militante.

L'union : un scénario inévitable pour les écolos

Passée la stupeur, d’autres responsables politiques s’engagent dans le sens de l’union. C’est le cas du parti Europe Écologie, qui a sauvé de justesse des sièges au Parlement européen. En région, les forces s’organisent. "Les écologistes seront là pour former une union à gauche. Les électeurs et électrices de gauche et écologistes nous attendent. Le risque est trop important pour le pays. Nous allons faire un travail de terrain dans les prochains jours avec nos idées et nos propositions", annonce Esra Ercan, co-secrétaire régionale EELV Picardie.

La gauche est divisée, mais elle sait s’unir quand il y a urgence. On sera au rendez-vous demain.

Esra Ercan, co-secrétaire régionale EELV Picardie.

Mais pour trouver un accord, il va falloir trancher et vite. "Il faut mettre fin à certaines volontés hégémonistes. L’important à gauche, c’est de garantir les sièges des 150 députés sortants. En 2022, nous avons trouvé un accord. Cela ne nous a pas empêché de mettre en avant nos particularités. Nous partageons, avec LFI notamment, des mesures comme la hausse du SMIC, la suppression de l’ISF. La gauche est divisée, mais elle sait s’unir quand il y a urgence. On sera au rendez-vous demain."

Pourtant, en 2023, c'est bien les adhérents écologistes qui avaient décidé de faire cavalier seul aux Européennes pour défendre un nouveau traité environnemental. Mais la cheffe de file du parti, Marie Toussaint, qui avait dû se plier à cette décision, avait alors prévenu : "Au lendemain des élections européennes, je souhaite évidemment que l’alliance soit possible dans la durée, sous le signe Nupes ou sous un autre." Ce 9 juin 2024, ce scénario est devenu inévitable pour le parti.

Les socialistes pour un accord sur un agenda des réformes

Raphaël Glucksmann semblait plus réservé, ce dimanche 9 juin, sur une alliance avec LFI. Mais ce lundi, au Parti socialiste, on veut y croire. "Le Rassemblement national a les deux pieds dans la porte. Si on veut apporter une réponse, il faut croire à cette union et faire front populaire", justifie Alexandre Ouizille, sénateur PS de l’Oise et premier secrétaire fédéral PS du département. Pour lui, il n’y a aucun doute sur un futur accord, qui ne pourra pas revenir sur les 650 propositions élaborées par la Nupes en 2022. "Il n’y a pas de totem sur ce qui a pu être négocié il y a deux ans (par la Nupes). C’est une base de travail, mais ce que le PS a porté dans cette élection doit irriguer ce nouveau front populaire. Je ne plaide pas pour remettre tout le programme sur la table, mais pour un agenda de réformes des prochains mois si le prochain premier ministre est issu de la gauche", explique-t-il.

Il faut être d’accord sur l’essentiel de notre agenda des deux, trois ans à venir, comme supprimer la réforme des retraites.

Alexandre Ouizille, premier secrétaire fédéral PS de l'Oise

Mais avant tout, le dialogue, entamé tard dans la soirée par tous les partis de gauche, doit se poursuivre. "Il faut être d’accord sur l’essentiel de notre agenda des deux, trois ans à venir, comme supprimer la réforme des retraites. Et là, on est tous d’accord", poursuit-il en balayant toute division. "Le sujet, ce n’est pas LFI. C’est le Front populaire qui embarque au-delà des partis politiques : les syndicats, le monde associatif et environnemental."

Un choix stratégique des circonscriptions

À trois semaines du premier tour des prochaines élections législatives, le 30 juin prochain, le parti communiste se rallie, lui aussi, à l’espoir d’une union à gauche. Il avait claqué la porte de la Nupes en 2023, après d’importants désaccords avec les Insoumis, notamment sur la situation internationale, mais appelait alors à "un nouveau front populaire".

Dans chaque circonscription, il faut identifier celles où la gauche peut l’emporter et qui est le plus à même d’être candidat(e)

Léon Deffontaines, porte-parole du Parti communiste français.

Et les priorités de cette union sont déjà définies par le parti, qui défend un fort ancrage local. "Dans chaque circonscription, il faut identifier celles où la gauche peut l’emporter et qui est le plus à même d’être candidat(e) : parfois un socialiste, un Insoumis, ou un communiste, un écologiste. En faisant le décompte, on sera capable d’être majoritaire le 7 juillet prochain. Le bon accord sera celui qui permettra de faire élire un maximum de députés de gauche à l’Assemblée nationale", détaille l’amiénois Léon Deffontaines, porte-parole du Parti communiste français.

Selon lui, il faut sortir des débats et calculs politiques pour permettre le rassemblement. "Il reste 20 jours. Fixons-nous comme priorité 15 ou 20 mesures fortes pour le pouvoir d’achat des français, la défense des pouvoirs publics, la lutte contre les déserts médicaux et ensuite, allons sur le terrain pour redonner espoir et mobiliser les abstentionnistes."

Une campagne qui nécessite au moins six mois de travail pour un parti en ordre de bataille. Mais, avant le travail de terrain, cette nouvelle union de la gauche devra choisir ses candidats de manière pragmatique et laisser de côté les ambitions hégémonistes de certains partis. En Picardie, les scores réunis des quatre partis, socialistes, Insoumis, communistes et écologistes aux suffrages exprimés aux élections européennes, sont encore en dessous des résultats du Rassemblement national. Dans l’Aisne, il parvient à 17,74 % contre 50,6 % pour le RN. Dans l’Oise, 22,8% contre 43,5 % pour le RN et dans la Somme, les quatre gauches réunissent 21,51 %, 43,8 % pour le parti d’extrême droite.

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