Randonnée de l'été : une balade chargée d'histoire à Frise

Niché au cœur de la vallée de la Somme, le sentier du Belvédère de Frise offre une balade bucolique sur les traces de la Grande Guerre. Ce havre de paix, à la nature abondante, était auparavant un haut lieu de bataille en 1916. Le tracé de 2,3 kilomètres en porte encore les stigmates.

« C'est un petit coin de paradis au pays du coquelicot » comme le dit si bien Véronique Bon, directrice de l'office de tourisme du Pays du Coquelicot, qui sera notre guide du jour, accompagnée par l'historien Maxime Patte.

Depuis le Belvédère de Frise, la vue est à couper le souffle. La montagne domine la vallée de la Somme et offre un cadre propice au dépaysement. Difficile de croire qu'il y a 103 ans, cet endroit si paisible était le théâtre d'une lutte sanglante entre soldats français et allemands.
  

Les traces visibles de la guerre

Aujourd'hui la nature flamboyante a repris ses droits, mais le site comporte encore des cicatrices comme des trous d'obus dans le sol ou cette ancienne tranchée allemande.
 

Le long du parcours, une autre marque symbolique de l'Histoire attire notre attention. Il s'agit d'une sculpture en bois représentant une main. « C'est celle de Blaise Cendrars », nous explique Véronique. Cet écrivain suisse s'était engagé dans la Légion étrangère et a combattu à cet endroit même de décembre 1914 à 1915. Gravement blessé lors des combats, il fut amputé du bras droit. Il racontera plus tard son expérience de la guerre dans son livre autobiographique La main coupée, paru en 1946. 

Classé zone rouge, le site témoin de la bataille de la Somme a été laissé à l'abandon après la Première Guerre mondiale. Depuis 1998, il est désormais géré par le Conservatoire des Espaces Naturels de Picardie chargé de préserver le lieu.
 

Un lieu naturel unique


La randonnée pédestre se poursuit sur un coteau calcaire. Il s'agit d'un des derniers grands larris, comme on dit ici, de la Haute Somme. La particularité du sol, constitué principalement de craie laissant facilement passer l'eau, et l'exposition ensoleillée offrent des conditions idéales au développement de la faune et de la flore.

Ainsi, des espèces que l'on trouve plus généralement dans les montagnes côtoient aussi les populations méridionales. Coïncidence, sur cet ancien champ de bataille, la fleur reine, est l'orchis militaire. « On a beaucoup de chance aujourd'hui », nous confie Véronique, « On peut voir qu'elle a fleuri. » Cette orchidée, qui profite aisément de la fraîcheur des marais, doit son nom à ses sépales et pétales rassemblées en forme de casque.

Plus loin, les « fameuses chèvres » réintroduites en 2004 pour nettoyer le site, veillent au grain. Ne soyez pas étonnés si elles vous suivent de près.
La randonnée du Belvédère de Frise ne dure qu'une cinquantaine de minutes, mais est particulièrement forte en émotion. « On se rend compte très rapidement que l'on est dans un haut-lieu d'histoire et que l'on doit être digne pour marcher ici », conclut Maxime Patte après la balade.