TÉMOIGNAGE - Accusée d'avoir tué son ex-mari dans la Somme, elle raconte s'être défendue : "c'était ma vie ou la sienne"

Les faits se sont produits dans la nuit du 19 au 20 septembre à Maisnières dans la Somme. Catherine, 59 ans, tue son ex-mari durant une violente dispute à son domicile. Aujourd'hui placée sous contrôle judiciaire, elle raconte comment tout a basculé cette soirée-là.

Catherine se souvient de tous les détails de cette soirée du dimanche 19 septembre à son domicile de Maisnières dans la Somme. Un peu plus tôt dans la journée, elle reçoit un coup de fil de la part d'Olivier, son ex-mari, lui demandant s'il peut la voir. Elle refuse. "Il me disait qu'il n'allait pas bien, mais je lui ai dit non, qu'on se voyait déjà mardi pour des papiers importants à signer par rapport à notre ancienne activité. Je ne voulais pas qu'il vienne", raconte-t-elle. 

Il essaie de la rappeler. En vain. "Le réseau téléphonique ne fonctionnait plus, je n'ai reçu aucun appel", indique Catherine. Olivier décide alors de se rendre au domicile de son ex-compagne, avec qui il a partagé 20 ans de vie commune. "J'ai entendu frapper à la porte. C'était lui. Il était en pleurs, alors j'ai ouvert. Il avait l'air inoffensif."

Elle lui propose de boire un verre, puis de rester dîner à la maison. "Au moment du dessert, je me suis rendu compte qu'il me restait quelques crêpes. Je lui propose, parce que je sais qu'il aime bien ça, mais je le préviens qu'il faut qu'il mette un peu plus de sucre parce que c'était des crêpes que j'avais faites pour une ficelle picarde." Comprenant qu'il s'agissait de restes, Olivier se braque et rétorque qu'il n'en veut pas. Catherine lui demande alors de finir son verre de vin et de partir. Il refuse. 

"J'ai pris le fil du ventilateur, je l'ai mis autour du cou, j'ai serré"

S'en suit une violente bagarre. "Il m'a attrapée, j'étais contre un petit placard qu'il y a entre la cuisine et la salle à manger. Il m'a pris au cou, il m'a serrée. J'ai essayé de me défendre, mais on s'est retrouvés vite par terre. Pour me défendre, j'ai essayé de lui enfoncer mon pouce dans l'œil pour lui faire mal", détaille-t-elle. Catherine réussit finalement à se relever, mais essuie des coups. "À un moment donné, je me suis retrouvée dans le coin de la salle, face à lui. Il me donnait des coups de poings et répétait : je vais te tuer, je vais te tuer. À côté, il y avait un ventilateur électrique. Il a pris le câble et il a serré. Je commençais vraiment à étouffer. Je me suis sentie mourir."

Elle raconte ensuite qu'elle est parvenue à se débattre. "Je me suis retournée et je lui ai mis deux coups de pied en pleine poitrine. Il est tombé sur le côté. Le fil du ventilateur était là. Je l'ai pris, je l'ai mis autour du cou, j'ai serré. Combien de temps ? Pour moi, cela n'a pas duré longtemps. Et d'un seul coup, je me suis dit : il ne bouge plus."

À ce moment-là, Catherine panique, essaie d'appeler la gendarmerie, mais n'a pas de réseau. Elle réussit finalement à joindre l'une de ses filles qui appelle aussitôt les secours. "Les gendarmes, les pompiers sont arrivés. Et puis à minuit, j'étais en garde à vue, sans vraiment réaliser ce qu'il se passait," se remémore-t-elle. L'homme, âgé de 60 ans, est pris en charge par les pompiers. Il décédera à l'hôpital le lendemain. 

"Je suis une victime"

"Ces dernières 10 minutes, c'était ma vie ou la sienne, confie-t-elle. Je regrette qu'il soit décédé, parce que j'aurais aimé qu'il soit devant un tribunal. Là, je pense qu'il aurait su ce que c'est que de faire du mal parce que je ne pense pas qu'il s'en soit rendu compte. Tout ce qu'il faisait, c'était normal."

Quelques jours après les faits, les stigmates sont encore présents sur le visage de Catherine. Le juge a décidé de ne pas la placer en détention provisoire, mais sous contrôle judiciaire en attendant son procès. "Il n'existe aucun risque qu'elle fasse pression sur des témoins puisqu'ils étaient seuls dans la maison, ou de détruire des preuves puisque tout a été récupéré", assure son avocat Me Jérôme Crépin.

"Pour moi, je suis une victime, affirme-t-elle, et ça, c'est un sujet qu'il faudra débattre." En larmes, elle conclut notre échange par un mot adressé à sa belle-fille. "Je regrette ce qu'il s'est passé, mais je crois qu'elle connaît très bien son père. Je te demande pardon Jennifer."

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