TER Hauts-de-France : "on n'est pas à la hauteur", avoue Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF, tout en dénonçant la méthode de Xavier Bertrand

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Écrit par Jennifer Alberts
Jean-Pierre Farandou, pdg de la SNCF, reconnait des défaillances de l'entreprise sur le réseau TER des Hauts-de-France.
Jean-Pierre Farandou, pdg de la SNCF, reconnait des défaillances de l'entreprise sur le réseau TER des Hauts-de-France. © FTV

Mercredi 1er décembre, le Conseil régional des Hauts-de-France a suspendu ses paiements à la SNCF pour l'exploitation des TER régionaux compte tenu des retards et des annulations en série sur le réseau. Le PDG de la société des transports avoue des dysfonctionnements mais dénonce la méthode choisie par la Région.

Pour le mois de novembre, le montant du chèque fait par le Conseil régional des Hauts-de-France aurait dû être de 44 millions d'euros, avance Franck Dhersin, vice-président  en charge des mobilités, des infrastructures et des transports à la Région.

Mea culpa de la SNCF

Aurait dû, car depuis le 1er décembre, les Hauts-de-France ont suspendu leurs paiements à la SNCF pour l'exploitation des TER sur le réseau régional. Une menace énoncée le 25 octobre dernier et désormais mise à exécution. "On paie pour quoi normalement ? Pour un service. Le service, il est rendu ? Il n'est pas rendu", a justifié Xavier Bertrand.

On paye un demi-milliard d'euros par an. (...) C'est un problème d'organisation. Il faut que la SNCF au niveau national se réveille. (...) Au bout, d'un moment, y en a marre. On a prévenu, on le fait.

Xavier Bertrand, président du Conseil régional des Hauts-de-France

à France 3 Picardie

Trop de retards, d'annulations de trains et des conditions plus que dégradées... "Y en a marre", tape du poing sur la table le président du Conseil régional.

Une situation que Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF, a reconnue. Interrogé jeudi 2 décembre par nos collègues du 8h30 de franceinfo, il a fait le mea culpa de la société de transport : "on parle d'un des plus gros systèmes de trains régionaux de France. Les TER Hauts-de-France, c'est énorme. C'est 1250 trains par jour et 200 0000 voyageurs par jour. En ce moment, c'est difficile, je le reconnais. J'ai forcément une pensée pour les clients. Ils ont la vie compliqué. Aussi bien pour rentrer sur Paris quand on arrive de la Picardie. Aussi bien pour tourner autour de Lille ou autour des grandes villes de l'ancien Nord-Pas-de-Calais."

Feuilles, sangliers et Covid-19

Et d'énumérer les causes de cette situation : "la SNCF n'a pas anticipé un certain nombre de difficultés. C'est là qu'il faut faire un peu notre mea culpa. (...) Tous les ans, on a une difficulté et c'est vieux comme le chemin de fer : à l'automne, les feuilles tombent. Ça, on le sait, on ne le découvre pas ! Mais ces feuilles sont écrasées par les trains. Il y a une pellicule grasse qui se met sur les rails et les trains, quand ils freinent, patinent. Et ça abîme les roues. Et quand les roues sont abîmées, on est obligés de faire passer les engins à l'atelier pour reprofiler les roues. Ça, c'est classique. Mais ce qu'on a eu cette année, ce sont les experts qui le disent, c'est que la végétation a été particulièrement luxuriante. Il y a eu beaucoup de feuilles et les feuilles sont tombées massivement."

Il faut reconnaître aussi un phénomène de tension. C'est un terme poli pour dire qu'on manque de conducteurs.

Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF

à FranceInfo

Autre explication naturelle : les chocs avec le gibier. Jean-Pierre Farandou avoue par ailleurs que l'absentéisme des agents de la SNCF est un facteur qui explique également la situation difficile en Hauts-de-France : "le facteur du Covid, on pourrait l'anticiper mais ce n'est pas toujours simple à caler. (...) En ce moment, avec la 5ème vague, on a plus de gens malades dans les ateliers." Le cumul des tous ces facteurs, ajouté à un parc matériel très sollicité dans les Hauts-de-France, fragilise le réseau régional, selon le PDG de la SNCF.

Jean-Pierre Farandou reconnait également un phénomène de "tension. C'est un terme poli pour dire qu'on manque de conducteurs."

Une méthode "pas adaptée"

En cause : les différents confinements qui ont empêché la SNCF de former de nouveaux cheminots. "Un conducteur, c'est un an pour le former. Et il y a un an, on était en pleine crise Covid. Les écoles de formation n'ont pas pu fonctionner. Donc mécaniquement, un an plus tard, on se retrouve avec un retard qu'on est en train de rattraper. (...) Quand les usagers se plaignent, ils sont légitimes à se plaindre. (...) Moi, je vois que les choses s'améliorent. La situation va progressivement s'arranger d'ici quelques semaines"

S'il reconnait les dysfonctionnements et les défaillances de son entreprise, Jean-Pierre Farandou dénonce à demi-mot la méthode employée par Xavier Bertrand : "Je comprends son humeur (..). Il pense défendre les habitants des Hauts-de-France. (...) Je voudrais juste qu'on en discute dans le cadre du contrat qu'on a. Je trouverais normal que la Région Hauts-de-France marque le coup et nous pénalise financièrement puisqu'on n'est pas à la hauteur des attentes. Mais la dernière modalité qui a été énoncée n'est peut-être pas adaptée à la situation."

Une réunion entre la Région Hauts-de-France et la SNCF est prévue vendredi 3 décembre à Lille pour tenter de débloquer la situation.

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