Un livre qui me plait : "Je n’ai plus de temps d’attendre"

Réalisateur de "La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède" avec Pierre Desproges, inventeur d’une vache hypocondriaque "La Noiraude", écrivain bouleversant de "Où on va papa ?", le Prix Femina 2008 et auteur arrageois installé à Paris creuse depuis des années son sillon littéraire. 

"Je n'ai plus le temps d'attendre", Jean Louis Fournier.
"Je n'ai plus le temps d'attendre", Jean Louis Fournier. © Editions JC Lattès - 18,90 euros

On se souvient en 2012 de l’anaphore de François Hollande, candidat impétrant. "Moi président! Moi président !"

Sans trop d’impatience Jean Louis Fournier a pris son temps pour lui répondre. Avec lenteur, avec sagesse.

"Attendre … !"

Attendre un livre.

Attendre le plombier.

Attendre le pire.

Les gestes ralentissent alors que le temps passe de plus en plus vite.

Si  les cheveux ont blanchi et les décennies filé à toute allure, le romancier aux 82 printemps reste encore l’anxieux enfant d’Arras, dévoré d’angoisse à chaque éloignement de sa mère, ne retrouvant la tranquillité qu’à son retour.

Petites inquiétudes et grandes hontes. Enfant, père, mari, oui  il fut tout cela.

Une femme croisée lors d’un vernissage ne rappelle pas toujours pas. Y  aurait-il comme un décalage horaire avec la belle ?

Les promenades dans le temps nous ramènent au plus loin de la mémoire à Arras, ville natale, à Lille et à Raismes.

Une province dont il a fallu s’affranchir.

Parfois dans les maisons, ou entre les lignes, la mort et son ombre se faufilent. Alors il les repoussent avec humour. Qu’elles prennent leur temps.

L‘auteur s’amuse avec les mots comme il joue avec nos nerfs. Le temps court, celui qu’il nous reste à tous.

Insolente la minute de Monsieur Cyclopède durait parfois plus de soixante secondes, et on se souvient de ce visage dans son horloge flamande. L’espiègle Pierre Desproges dans le rituel du balancier, de droite à gauche.

Dans le récit, pléthore de montres, des aiguilles, des horloges, des tic-tac comme autant de battements de cœurs.

Le romancier sans être le moins du monde pressé de les retrouver vit avec de grands absents.

Et comme souvent chez Jean Louis Fournier, le lecteur ne regarde pas sa montre.

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