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Honeywell : dernier jour avant fermeture définitive

Horizon totalement vide pour l'usine normande du groupe américain : les bâtiments ne verront plus passer les ouvriers. / © AFP
Horizon totalement vide pour l'usine normande du groupe américain : les bâtiments ne verront plus passer les ouvriers. / © AFP

Situé en pleine "vallée de la mort", le site de Condé-sur-Noireau dans le Calvados vivait sa dernière journée d'activité ce vendredi 28 juin 2013. Le fabriquant de plaquettes de frein employait 323 personnes dans des locaux qui contiendraient toujours de l'amiante.

Par Florent Boutet

L'usine fondée en 1927 avait compté jusqu'à 2700 salariés dans les années 1960. A la longue les effectifs avaient fondu : ils n'étaient plus que 323 rescapés de cette période glorieuse. Les employés de Honeywell à Condé-sur-Noireau ont quitté définitivement leurs postes de travail ce vendredi 28 juin.

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Honeywell : dernier jour avant fermeture définitive
Les ouvriers ont quitté leur usine une dernière fois ce vendredi 28 jui 2013. Lundi ils ne retourneront pas au travail. Le site est délocalisé en Roumanie.


Les syndicats estiment que ce sont les actionnaires du groupe américain, soucieux de leurs profits, qui sont responsables de cette fermeture. Le géant américain, qui mise sur une hausse de son bénéfice par action en 2013, avait annoncé dès 2011 ce que le maire UMP de Condé considère comme une délocalisation. La marque a choisi d'implanter une nouvelle unité en Roumanie. Seule une cinquantaine d'anciens de l'usine ont retrouvé du travail, selon FO.

La fabrique de plaquettes de frein devrait encore faire parler d'elle, au plan judiciaire cette fois. L'usine était truffée d'amiante et le site n'aurait pas été décontaminé. Plus de détails avec les explications en vidéo de notre journaliste Stéphanie Potay.

Honeywell : dernier jour avant fermeture définitive
Le site qui fabriquait des plaquettes de frein vit sa dernière journée d'activité ce vendredi 28 juin 2013. L'usine ferme laissant 323 personnes sans emploi.


Dans ce coin de Normande surnommé la "vallée de la mort", où la fibre a tué des milliers de personnes le long d'un chapelet de sites industriels aujourd'hui à l'abandon. "C'est la dernière des ex-usines Valeo-Ferodo, mais les gens continuent à mourir de l'amiante", relève François Martin président de l'association des victimes de l'amiante (Aldeva) de Flers-Condé.

Sans emplois et bientôt malades du cancer ?


"Les employeurs se méfient des gens qui viennent d'Honeywell. Ils ont peur qu'on tombe malade", pense Bruno Durand, reconnu malade de l'amiante à 5%, bientôt ex-salarié de l'usine comme son épouse. Son père, ancien de Valeo, atteint de deux cancers, est dépendant de bouteilles d'oxygènes depuis deux ans.

A Condé, comme ailleurs en France, on ne travaille plus l'amiante depuis son interdiction en 1997. Mais toutes les familles sont touchées par ces maladies qui mettent des années à se déclarer. Plusieurs responsables du site lorsqu'il appartenait encore à Valeo-Ferodo ont été mis en examen pour homicide involontaire.

Honeywell à qui le site appartient depuis 1999 n'est pas visé par la procédure. Mais un député PRG et plusieurs élus PS et UMP ont demandé, pour l'heure en vain, au gouvernement de reconnaître l'exposition des salariés du site à l'amiante au delà de 1997. Car selon eux l'usine n'a jamais été vraiment décontaminée.

En 2012, l'inspection du travail a d'ailleurs mis en demeure Honeywell à ce sujet. Une reconnaissance de l'exposition des salariés à l'amiante jusqu'à aujourd'hui leur permettrait à tous d'avancer leur départ à la retraite, de souvent plusieurs années. Un tiers d'entre eux sont arrivés après 1996. Selon FO, 17 sont reconnus malades aujourd'hui dont certains arrivés après cette date. Un salarié "amianté" meurt en moyenne 15 ans avant les autres, selon Me Michel Ledoux, un avocat spécialisé dans les procédures d'amiante.

Dans la "vallée de la mort", passée du tissage du coton à celui de l'amiante à la fin du XIXe, près de 5.000 personnes sont mortes de la fibre résistante au feu et aux frottements reconnue cancérogène par le Parlement européen en 1978 selon M. Martin. "Entre les deux guerres, la vallée était blanche du 1er janvier au 31 décembre", à cause de l'amiante, raconte-t-il. Et en 15 ans 1.500 personnes ont obtenu la condamnation pour faute inexcusable de leur employeur dans cette vallée de 25 km, selon l'Aldeva.

Tabler sur le désamiantage pour réindustrialiser ?


"Une page se tourne mais l'histoire ne s'arrête pas là. Il va falloir dépolluer ces sites" relève Didier Payen de la CGT de Condé. Sur la dizaine d'usines que possédait Valeo-Ferodo dans la vallée, "au moins la moitié" sont à l'abandon avec de l'amiante, selon M. Martin et un élu. Honeywell, qui dément avoir exposé les salariés, promet de remettre le site en état avant 2015.

Selon un élu, la fermeture coûte à la société 100 millions d'euros dont 12 à 15 millions de dépollution. A quelques encablures de Condé à Caligny, Valeo vient d'accepter de retirer l'amiante d'un site fermé en 1957 et qui par grands vents lâche encore de l'amiante sur les maisons environnantes, selon les élus locaux.

Selon Yves Goasdoué député (app PS) de Flers, "nos anciens en ont enterré partout dans le bocage". Pour réindustrialiser le site, Honeywell et élus locaux envisagent l'implantation d'entreprises de désamiantage. Une piste très embryonnaire qui est loin d'enthousiasmer Thierry Lecendre salarié CFDT de l'usine. "On en a déjà pas mal soupé de l'amiante", commente-t-il rappelant qu'une étude de l'INRS a semé le doute en 2011 sur la sécurité des ouvriers de ce secteur.

(avec AFP)

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