Caen : le géant Microsoft, propriétaire de Skype, attaque en justice une start-up locale

C'est un procès important et complexe qui s'ouvrira demain mardi (24 septembre) au Tribunal correctionnel de Caen. Une petite entreprise implantée à Lantheuil, près de Caen, est accusée par Microsoft d'avoir diffusé le code source du célèbre logiciel Skype.

Des utilisateurs du réseau Skype
Des utilisateurs du réseau Skype © AFP Jonathan Nackstand
Mise à jour de cet article du 24 septembre 2013 : Une peine d’un an de prison avec sursis a été requise mardi 24 septembre par le procureur contre le gérant et le technicien de l'ex-société. Délibéré fixé au 24 octobre 2013.

Le géant de l'informatique Microsoft, qui a racheté Skype pour 8.5 milliards de dollars en 2011, accuse Vest Corporation, une petite entreprise implantée à Lantheuil, près de Caen, d'avoir diffusé en partie les sources de Skype et d'avoir frauduleusement mené une intrusion dans son système informatique.

Kézako ? Le code source

Le code source d'un logiciel est le code informatique écrit par les informaticiens pour fabriquer le logiciel en question.

Ce code source est protégé par le code de la propriété intellectuelle et ne peut être reproduit illégalement sans l'accord de son auteur

C'est d'abord l'histoire de cette petite entreprise fondée en 2007 par deux hommes: Christian Durandy, gérant et commercial, et Sean O'Neill, technicien et développeur. Dès fin août 2005, le Ministère de l'intérieur interdit l'utilisation de Skype dans l'administration. Plusieurs ministères sont visés (éducation nationale, intérieur, etc) et les deux hommes s'interrogent plus tard sur la raison de cette mesure. "Nous en avons parlé avec des gens chez EADS et Thalès qui ne pouvaient pas savoir si cette interdiction était basée sur des faits avérés ou sur des suppositions. Nous avons entrepris des recherches qui avaient pour but de savoir s'il existait des backdoors [des failles de sécurité, ndlr] dans le système qui aurait permis à des agents étrangers d'écouter les communications." affirme Christian Durandy.

La société travaille alors sur une solution de messagerie instantanée française très sécurisée. Pour Durandy, "puisque justement Skype ne paraissait pas sécurisé, nous voulions démarrer et créer un système indépendant." Oui mais voilà : Microsoft les accuse de contrefaçon. Un fait que récuse Durandy: "Nous n'avions aucune raison d’utiliser les codes de Skype pour créer notre solution sécurisée si Skype ne l'était pas." En 2011, un chercheur russe, Efim Bushmanov, provoque un séisme médiatique mondial en annonçant avoir réussi à décompiler le protocole de communication de Skype et donc d'avoir déjoué la sécurité du logiciel, les communications devenant vulnérables. Il affirme sur son site s'être basé sur les travaux de Sean O'Neill qui en 2010 avait réussi à déchiffrer une partie des sources de Skype. Or, s'il est légal de faire ce que l'on appelle de la rétroingénierie, c'est-à-dire déchiffrer le fonctionnement d'un logiciel, diffuser les sources est illégal selon le code de la propriété intellectuelle, et c'est ce dont Microsoft semble accuser Vest Corporation.

Christian Durandy n'a plus revu son collègue O'Neill depuis 2009, date à laquelle la petite entreprise cherchait des fonds. "Ça fait un moment que je l’ai pas vu. Il est parti de son côté dans le sud de la France en 2009." La Vest Corporation a depuis été fermée après avoir été placée en redressement judiciaire.

Source : PC INpact.

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