Caen : les librairies indépendantes fêtent les 40 ans de la loi Lang qui "les a sauvées"

La 23e édition de la Fête des librairies indépendantes consacre ce samedi 24 avril 2021, le 40e anniversaire de la loi Lang, qui a instauré le prix unique du livre. A cette occasion, certaines librairies de Caen offrent aux lecteurs un livre revenant sur ce changement fondamental.

A Caen, le Brouillon de Culture participe à la 23e édition de la fête des librairies indépendantes, samedi 24 avril 2021.
A Caen, le Brouillon de Culture participe à la 23e édition de la fête des librairies indépendantes, samedi 24 avril 2021. © FTV

La devanture passe à peine de fermée à ouverte que les premiers clients se pressent. Après discussions avec les libraires et un petit tour dans les allées, tous repartent avec au moins un livre sous le bras estampillé : "Que vive la loi unique du prix du livre !" Un cadeau offert par la librairie Au Brouillon de culture à Caen dans le cadre de la 23e édition de la Fête des librairies indépendantes.

Plein de libraires font la même démarche aujourd’hui à travers la France. L’idée est d’offrir un livre spécifiquement édité à nos clients. C’est une manière de les remercier de leur fidélité, de leur soutien. Malgré les fermetures dues au Covid, ils ont toujours été là.

Valérie Barbe, directrice de la librairie Le Brouillon de culture

Même constat rue Saint-Pierre entre les murs de la Librairie Guillaume. "La librairie fonctionne très bien depuis un an avec l’arrivée d’un nouveau public qui devait avoir plus tendance à commander sur certaines plateformes", atteste l’un des membres de l’équipe Fabrice Varin.

"Le public s’est diversifié. C’est peut-être aussi du au fait que culturellement sans accès au ciné ou au théâtre beaucoup ont trouvé un refuge dans la lecture. Et c’est tant mieux pour nous", poursuite l’un des membres de l’équipe Fabrice Varin. "Peut-être que les gens, qui sont constamment confrontés aux écrans, ont aussi besoin d’un retour à l’écrit. Ils n’ont pas abandonné la page imprimée", appuie Valérie Barbe dans un large sourire.

Les allées du Brouillon du culture à l'occasion de la fête des librairies indépendantes, le samedi 24 avril 2021.
Les allées du Brouillon du culture à l'occasion de la fête des librairies indépendantes, le samedi 24 avril 2021. © FTV

Retour sur "la loi qui nous a sauvé"

L’un comme l’autre partage la fierté de faire la part belle cette année à une loi qu’ils considèrent comme cruciale. "C’est une loi qui nous a sauvé fut un temps", débute Valérie Barbe. "Sans elle, on aurait sûrement disparu comme les disquaires, même s’ils ont fini par réapparaitre. Dans certains pays anglo-saxon où une telle régulation n’existe pas elles ont quasiment toutes disparues", ajoute Fabrice Varin, après avoir partagé son admiration pour "l’immense éditeur qu’était Jérôme Lindon".

Elle continue à être importante face au plateforme de vente en ligne. Les génération plus jeunes ne la connaissent pas forcément, ne savent pas que les prix pouvaient auparavant différer. C’est un acquis qui n’a pas été facile à obtenir et qu’il est important de ne pas oublier.

Valérie Barbe, directrice de la librairie Le Brouillon de culture

Car la promulgation de cette loi, oubliée de beaucoup -comme en témoigne nos deux interlocuteurs- tantôt appelée "Loi Lang", tantôt nommée "Loi Lindon" a été un long chemin de croix. Porté dès les années 1970 par le directeur des éditions de Minuit, Jérôme Lindon, le projet est ensuite défendu avec ferveur à l’Assemblée nationale par Jack Lang, alors ministre de la Culture.

Promulguée le 10 août 1981, la loi impose aux éditeurs ou aux importateurs de livres de fixer un prix de vente au public. Petite librairie de quartier, grande surface, le prix est le même partout sur l'ensemble du territoire. Un moyen d'empêcher les tentatives de négociation des distributeurs soucieux d'élargir leur marge sur le produit vendu qui pourraient se répercuter sur l'éditeur et les auteurs en affaiblissant leurs pourcentages.

Un élément important à rappeler alors que le baromètre CNL/Ipsos "Les Français et la lecture", publié en mars 2021, a révélé que près d'un quart des Français est persuadé que les livres sont plus chers en librairies qu'ailleurs, rappelait Franceinfo dans un article.

"Le livre revient sur ce combat, sur les origines de cette idée, rappelle l’opposition virulente à laquelle Jack Lang a fait face. La mesure était vue comme une politique élitiste. Au contraire, elle a permis à une grande diversité de l’offre de perdurer. Si les mêmes enseignes monopolisaient la distribution, plein de livres n’existeraient pas. Elle nous a offert la chance d’une diversité culturelle immense à laquelle on tient", expose la directrice du Brouillon de culture.

La culture du livre, une tradition historique à Caen

Cet éventail de possibilités et la fierté de le présenter sont d’autant plus forts à Caen. La ville normande fut un temps la ville d’Europe la plus pourvue en librairies (le tout rapporté au nombre d’habitants). Avec ses 10 établissements, elle fait partie des bastions des librairies indépendantes de l’Hexagone. "C’est une chance, contrairement à d’autres villes,où une librairie écrase les autres, comme à Bordeaux (Mollat NDLR) ou à Rouen. Ce ne sont pas des concurrents, mais des confrères et des consoeurs et plus on est nombreux mieux la culture se porte", affirme le salarié de la Librairie Guillaume.

Pour Valérie Barbe, cette richesse ne date pas d’hier. "C’est quelque chose qui rend d’autant plus fier qu’on s’inscrit dans une tradition historique. Caen est l’une des premières villes à avoir eu un imprimeur en France." Un passé ancestral que les générations ont su honorer au fil des années.

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