Caen : l'hôpital public ne veut pas être éclipsé par la réforme des retraites

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Écrit par Emilie Flahaut
300 personnes ont assisté à l'enterrement de l'hôpital public dans le hall du CHU de Caen.
300 personnes ont assisté à l'enterrement de l'hôpital public dans le hall du CHU de Caen. © France télévisions / P. Comte

Médecins, paramédicaux et internes ont manifesté côte à côte pour la deuxième fois en un mois. Ils ont profité de cette nouvelle journée de mobilisation nationale contre la réforme des retraites pour faire entendre la spécificité de leurs revendications.

Après l'avoir affiché sur la facade du CHU de Caen, médecins, soignants et internes ont profité de cette nouvelle journée d'action nationale contre la réforme des retraites pour lancer un nouvel SOS.
Pas assez de moyens, des effectifs très serrés, les personnels de l'hôpital public sont en pleine crise de nerfs et se structurent pour essayer de ne pas perdre la bataille. Depuis le mois d'octobre, le collectif Inter-Hôpitaux ne cesse de grossir, rassemblant tous les corps de métier.

Aujourd'hui 60% des médecins du CHU de Caen étaient en grève. Un tiers d'entre eux toute la journée, les autres ont débrayé une heure pour une opération très visuelle dans le hall de l'hôpital en début d'après-midi. Un "enterrement" de l'hôpital public auquel ont assisté quelques 300 personnes.

  

Sentiment de travail empêché

Les hospitaliers jugent le plan d'urgence dévoilé le 20 novembre dernier par le Premier ministre trop partiel. Rallonge budgétaire d'1,5 milliard d'euros et reprise de 10 milliards d'euros de dette étalées sur trois ans, primes pour les personnels... "C'est une avancée, surtout pour les directions d'hôpitaux mais ce n'est pas assez,", explique le professeur Marie-Astrid Piquet, représentante du collectif Inter-Hôpitaux au CHU de Caen. "Les petits salaires, les secrétaires, les aides-soignantes qui touchent 1200€ par mois, comment voulez-vous qu'ils se satisfassent d'une prime de 60€ par mois qui en plus ne comptera même pas pour leur retraite?"

Mais pour cette hépatogastroentérologue et nutritioniste, ce qui pèse le plus c'est de ne plus pouvoir être sur leur coeur de métier.

Nous avons le sentiment que notre travail est empêché. Par exemple quand j'ai en consultation un patient qui doit être hospitalisé, je vais d'abord chercher un lit car je n'en ai pas. Il faut donc que j'aille dans le service, que j'identifie un patient qui peut sortir avant de pouvoir hospitaliser celui qui doit l'être rapidement. Je ne peux pas demander à une infirmière de choisir pour moi, cela demande donc du temps et je ne suis pas complètement à mon métier de médecin.
-Professeur Marie-Astrid Piquet -

 



Le collectif Inter-hôpitaux a adressé le 9 décembre dernier une demande d'entrevue en urgence mais Edouard Philippe n'a toujours pas répondu, preuve que le gouvernement n'est pas disposé à rouvrir le dossier de l'hôpital public. 
 

La colère ne cesse de monter. Agnès Buzyn , la ministre de la santé l'a bien compris en proposant quelques avancées le week-end dernier, aussitôt considérées comme des cacachuètes.

Alors comment se faire entendre au moment où l'actualité sociale est cristallisée sur la réforme des retraites? L'idée c'est de rester visible et de faire entendre leurs spécificités.
Une soixantaine de soignants s'est donc réunie ce matin devant la mairie de Caen, une demi-heure avant d'aller grossir les rangs des manifestants unis contre la réforme des retraites. "On a conscience que cela peut ajouter de la confusion" explique Marie-Astrid Piquet, "mais la situation à l'hôpital public est telle qu'elle ne doit pas être éclipsée par la réforme des retraites."

 

La tarification à l'activité décriée

Sur les slogans des pancartes, on pouvait lire T2A. Les médecins réclament la fin de la tarification à l’activité, le mode de financement unique des établissements de santé, publics et privés. Un modèle décrié pour ses effets pervers malgré les bonnes intentions qui ont accompagné son lancement il y a 15 ans.
 


Jusqu'en 2004, les hôpitaux publics recevaient chaque année une dotation fixe indépendante de leur activité, ce qui empêchait le développement de certains établissements tout en favorisant des situations de rente pour d'autres.
Depuis bientôt 15 ans, une partie des ressources dépend du nombre d'actes et de séjours enregistrés mais selon les détracteurs de la T2A, cela encourage une course à la rentabilité et aux actes les plus rémunérateurss : plus l'établissement enregistre de séjours, plus son budget augmente. 

Plus de 700 médecins menacent de démissionner

Pour peser sur le gouvernement, en plus de la grève du codage des actes médicaux, un appel à la démission collective des chefs de service hospitaliers a commencé à circuler par mail début décembre. Le collectif Inter-Hôpitaux attendait les 1000 signatures pour le faire savoir mais il y a eu des fuites. Pour l'instant 700 médecins l'ont signée et s'ils se mettent à l'appliquer, alors l'hôpital public sombrera dans une désorganisation sévère. 

En attendant, tous les moyens sont bons pour faire passer le message que la santé de l'hôpital public est l'affaire de tous.  Les équipes des CHU de Caen et de Rouen ainsi que celles du Groupe hospitalier du Havre ont publié cette vidéo, invitant  à signer la pétition sur change.org réclamant un plan d'urgence pour l'hôpital public. Plus de 250 000 personnes dont de nombreuses personnalités l'ont déjà signée. 
  

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