Contre la mortalité routière, cette préfecture invente la voiture gonflable

Pour lutter contre les morts de la route, la préfecture du Calvados présente au public un simulateur de conduite, facilement repérable grâce à sa carrosserie gonflable. L'objectif est de faire prendre conscience des dangers de l'alcoolémie au volant. Mardi 12 mars, le simulateur était déployé auprès des salariés d'une entreprise de Mondeville.

Elle est titubante, manque presque de tomber et marche de travers. Coralie n'a pas bu d'alcool, mais c'est tout comme : elle porte des lunettes de simulation d'alcoolémie. Et avec une vision trouble et déformée, elle doit progresser sur un parcours d'obstacles.

Ce mardi 12 mars, la jeune femme participe à un atelier de sensibilisation à la sécurité routière installé dans le hall de son entreprise, le vendeur de pièces automobiles Ragues, à Mondeville (Calvados).

En retirant les lunettes, la vendeuse commente : "C'est très déstabilisant, on perd nos repères". Le but est de faire prendre conscience aux participants de l'impact de l'alcoolémie sur le champ de vision.

"On veut montrer qu'avec une alcoolémie positive, on a les réflexes qui sont réduits, le champ de vision qui est réduit, le positionnement dans l'espace qui est modifié également", explique Pascal Biard, chargé de la politique de sécurité routière à la préfecture du Calvados, qui organise ce jour-là l'atelier.

158 morts sur la route en Normandie en 2023

En 2023, il y a eu 158 décès et 2 966 blessés sur les routes de Normandie, rapporte la préfecture de région. "Toutes les petites actions qu'on fera pour sensibiliser un maximum d'individus seront autant de bénéfices et de vies gagnés demain", énonce Pascal Biard.

Car, pour la collectivité, "le coût d'une vie perdue sur la route, c'est quatre millions d'euros", précise-t-il. Ce chiffre additionne le prix des soins médicaux, des dommages matériels, de l'administratif, mais aussi de la perte de revenu pour la famille d'un disparu.

Dans le hall de l'entreprise mondevillaise, la préfecture a déployé son nouvel outil de lutte contre la mortalité routière : une voiture gonflable. Plus exactement, un simulateur de conduite – bien solide –, avec un siège, un volant et trois écrans, mais que l'on remarque de loin grâce à sa carrosserie gonflable, qui le rend plus facile à déplacer pour multiplier les lieux de sensibilisation.

"C'est attractif, en terme marketing, c'est intéressant et ça attire le public", explique Pascal Biard. Ce mardi-là, une quarantaine de salariés de l'entreprise Ragues se sont succédé au volant de ce véritable faux véhicule qui attire l'œil.

Simulateur de conduite

Installé dans le siège, les deux mains sur le volant, un collaborateur de la société s'élance : sur l'écran, le paysage reconstitué d'une ville défile, presque aussi vrai que nature. "Là, il entre sur une départementale en sortie de ville", énonce Pascal Biard, qui réserve bien sûr au conducteur une mauvaise surprise.

Soudainement, sur l'écran, un sanglier surgit. Inévitablement, il heurte la voiture, dont la course sur l'écran s'arrête aussi net. Le siège subit une secousse – bien réelle – pour surprendre l'homme au volant.

"Ça nous permet de présenter au public toute la subtilité du temps de réaction de l'organisme humain face à des situations à risque", décrit le responsable de la préfecture. Et bien souvent, on prend conscience que le temps de freinage est plus long, d'une seconde environ, lorsque le conducteur est surpris par un obstacle que lorsqu'il peut l'anticiper. L'alcoolémie rallonge encore le délai.

La simulation routière peut reprendre, avec cette fois une vision brouillée pour simuler 0,70 grammes d'alcool par litre dans le sang du conducteur, bien au-dessus du plafond légal de 0,50. Le conducteur est lancé à vive allure sur une autoroute. À la fin, il peut visualiser la course et prendre conscience des écarts de distance que l'alcool lui a fait prendre.

"Le simulateur nous rappelle à l'ordre"

L'entreprise Ragues, qui commercialise et livre des pièces automobiles, compte près de 300 salariés. Parmi eux, une cinquantaine de livreurs et une quarantaine de commerciaux conduisent tous les jours.

"C'est une responsabilité", affirme le patron, Pierre Ragues, qui ajoute : "Ils sont toute la journée sur la route, alors c'est important de bien faire de la prévention, avant de se faire arrêter. Le simulateur nous rappelle à l'ordre, alors on a sauté sur l'opportunité d'organiser ça avec la préfecture".

L'expérience permet à l'entreprise de s'acquitter de son obligation légale de prévention auprès des employés et était aussi ouverte aux clients, de passage au comptoir de Ragues.

"Si on ne leur instille pas un certain nombre de règles fondamentales sur le comportement à adopter, on ne gagnera pas en taux d'accidentalité", abonde Gérard, ancien administrateur de l'Automobile club de l'Ouest, qui encadre bénévolement l'expérience ce jour-là, pour la préfecture.

La voiture gonflable, opérationnelle depuis septembre dernier, doit désormais voyager. Elle est attendue sur plusieurs lieux où elle mènera des opérations de sensibilisation. "Dans les entreprises, les établissements scolaires, les agglomérations", énumère Pascal Biard. Son prochain arrêt aura lieu dans un lycée automobile du Calvados.