Trafic d'oiseaux protégés : des chardonnerets découverts dans des cages lors d'une opération de gendarmerie dans le Calvados

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Le 22 mai dernier, les gendarmes de Ouistreham et le Peloton de surveillance et d'intervention (Psig) de Caen ont notamment découvert des chardonnerets élégants, des bouvreuils pivoine et des grives musiciennes dans un campement de gens du voyage à Lion-sur-mer. Selon l'Office Français de la Biodiversité, ces oiseaux protégés font l'objet d'un trafic dans toute la France.

C'est un renseignement anonyme qui a orienté l'Office Français de la biodiversité. Deux agents ont constaté la présence d'animaux sauvages "à proximité d'un terrain occupé par des Citoyens français itinérants" à Lion-sur mer. Après avoir dressé un procès verbal, le parquet de Caen a été saisi. "La détention d’espèces protégées, menacées, dangereuses, fragiles en captivité" constitue en effet une infraction au code de l'environnement.

Le 22 mai, les gendarmes de Ouistreham appuyés par le Psig se rendent sur les lieux. Ils découvrent plus d'une vingtaine d'oiseaux dans des cages, dont trois chardonnerets élégants. Ce petit passereau porte bien son nom : il est magnifique. C'est aussi son malheur. Il fait l'objet d'un trafic partout en France, en Belgique et sur le pourtour méditerranéen. Des saisies sont effectuées chaque semaine. Au mois de mai, un trafiquant a été condamné à six mois de prison à Marseille. "Un couple peut se négocier autour de 150 euros", déplore James Jean-Baptiste, membre du Groupe Ornithologique Normand. 

Les gendarmes tombent aussi sur trois grives musiciennes et, à leur plus grand étonnement, sur une autre espèce d'oiseau moins suspectée de faire l'objet d'un trafic : "On s'attendait à trouver des chardonnerets élégants, mais on été surpris de trouver 13 bouvreuil pivoine", indique Sébastien Legrand, chef d'Unité territorial de l'Office Français de la Biodiversité. Cet oiseau est encore très commun sur la côte de nacre, "mais il devient très rare dès le sud du Calvados, s'alarme James Jean-Baptiste. Le bouvreuil pivoine se porte mal à cause du réchauffement climatique. Si en plus il y a du braconnage... Il suffit que quelques mâles soient capturés pour expliquer la baisse de la population".

Lors de la descente effectuée le 22 mai, un marcassin est aussi découvert enfermé dans une cage. L'animal a été confié "à une structure adaptée", écrivent les gendarmes sur leur page Facebook. Quant aux oiseaux, ils ont pu être relâchés dans la nature.

Entre 50 et 200 euros pour un oiseau au marché noir

"Aucun département n'est épargné, ajoute Sébastien Legrand. Le trafic peut s'avérer lucratif. Un oiseau se vend entre 50 et 200 euros". Ce commerce clandestin est l'une des principales préoccupations de l'Office Français de la Biodiversité. 

Les oiseaux sont capturés avec des bâtonnets enduits de colle sur lesquels sont disposés des graines. Il existe aussi des filets qui sont à peu près invisibles. Certains utilisent aussi des cages dans lesquelles un oiseaux appelant attire ses congénères. Ils tombent dans une trappe et ne peuvent plus sortir

Sébastien Legrand, Office Français de la Biodiversité

Depuis quelques années, toutes les études attestent d'un effondrement des populations de nos oiseaux communs, ceux qui chantent dans les jardins. Le suivi effectué par le Museum d'Histoire Naturelle montre par exemple que le peuplement du chardonneret élégant a reculé de 30 %. "C'est un oiseau dont le bec est particulièrement bien adapté pour manger les graines de chardons que les agriculteurs cherchent justement à éradiquer, explique James Jean-Baptiste. Au printemps et en ce début d'été, il mange aussi des insectes et des chenilles. C'est un oiseaux qui régule la petite faune".

La population de bouvreuil pivoine est aussi en forte régression : -33 % entre 2001 et 2019, -64% depuis 1989 ! "C'est un oiseau magnifique, un peu rond, avec un plastron rouge", précise James Jean-Baptiste. Au printemps, il se régale de bourgeons, notamment dans les arbres fruitiers. C'est ce qui lui a longtemps valu une mauvaise réputation dans les campagnes. Mais son déclin s'explique d'abord par la raréfaction des haies due à l'intensification de l'agriculture. "C'est un oiseau qu'on entend. Il a un joli chant flûté". Pour combien de temps encore ?