Papa... une semaine sur deux?

© Stéphanie Potay
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Quelques pères manifestaient aujourd'hui devant le TGI de Caen comme dans plusieurs villes de France pour réclamer "plus de justice familiale" en cas de séparation. Qu'en est-il en réalité? 

Par Stéphanie Potay

La famille a bien changé ces dernières décennies. Nombreux sont les couples avec enfants à vivre séparés. Et si le quotidien de ces mères qui vivent seules ou à nouveau en couple est souvent décrit, la littérature est moins abondante sur la place et le rôle du père. Des pères sociologiquement différents de leurs propres pères, d'avantage impliqués et plus précocement dans l'éducation de leurs enfants.

Une relation plus affective mais "l'organisation de la garde de l'enfant a peu évolué, elle revient très majoritairement à la mère" déplore Jean le Bail, président de l'Association I comme Identité à Caen qui milite aujourd'hui pour d'avantage d'"équité parentale" devant le Tribunal de Grande Instance de Caen.   

83% des parents parviennent à un accord sur le mode de résidence

" L'image de la mère, seule à être en mesure d'assumer le soin des enfants, a la vie dure dans les tribunaux. Les pères sont systématiquement discriminés dans les procédures de divorce. On obtient souvent juste un week-end sur deux soit 4 jours par mois'". Un autre père qui souhaite conserver l'anonymat renchérit:" Moi je viens de livrer une bataille judiciaire de 3 ans, je n'avais obtenu précédemment qu'une garde élargie, j'ai enfin réussi à obtenir la garde alternée, je continue à payer une pension alimentaire à mon ancienne compagne tout en louant un appartement avec trois chambres pour accueillir mes enfants... Certains magistrats refusent la garde alternée quand les enfants sont petits, cela les déstabiliserait... ". 
 
Après la séparation de leurs parents, 75% des enfants vivent chez leur mère, 17% en résidence alternée et 8% chez leur père ( source Insee), ce qui correspond globalement aux choix des parents. En moyenne, 83% des parents parviennent à un accord sur le mode de résidence. 

L'ombre du lobby "masculiniste" 

Les demandes de " justice familiale" des pères ont souvent été relayées par les média. On a tous en tête les actions de pères montés sur des grues pour alerter sur leur cas personnel et sensibiliser à cette cause pour "dénoncer les dérives du pouvoir judiciaire ". Pour certains, cet activisme est à relier au mouvement "masculiniste". Le mot "masculinisme" désigne un mouvement qui vient du Québec et qui s'est construit d'abord contre le féminisme et contre les femmes... contrairement à ce que déclarent ses militants.

"Nous n'avons pas d'autre motivation que de faire entendre la voix des pères divorcés" affirme Jean Le Bail de son côté mais de relever avec insistance " la vision archaïque de la justice qui donne systématiquement raison aux femmes". Son association I comme identité  a dit-il pour but "de maintenir un lien paritaire entre parents et enfants dés ou suite à une séparation, en bannissant les situations d’éviction du père ou de la mère, exagérément répandues. Il s’agit d’instaurer, même en cas de conflit, ou dès qu’il y en a un risque, une réelle parité de temps d’éducation entre les enfants et les deux parents". 

Changer la loi

Rendre la résidence alternée obligatoire est l'une des demandes des mouvements masculinistes de longue date.  Ce qui aurait pour conséquence de rendre difficile les demandes de séparation des femmes qui ont des enfants. Dernier épisode législatif en date, en décembre 2017, une proposition de loi du Mouvement démocrate (MoDem) instaurant la double résidence des enfants de parents séparés, rapporte le Monde, qui relate que " l'examen de la loi sur la résidence alternée s'arrête à mi chemin. Il propose que les enfants de parents séparés soient, sauf exception, domiciliés chez leurs deux géniteurs. Cependant, il ne vise pas à imposer la garde alternée. S’il entrait en vigueur, le temps passé chez l’un et l’autre parent ne serait pas forcément égalitaire et resterait fixé par un accord entre eux, ou à défaut par le juge aux affaires familiales."


Pour poursuivre son parcours parlementaire, le texte devra désormais être inscrit à l’ordre du jour de la prochaine niche parlementaire du MoDem – elle est prévue le 17 mai 2018 –, ou être repris par le gouvernement.



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