Un Chat de Philippe Geluck pose ses pattes devant le Mémorial de Caen : "il défend notre liberté chérie"

"Le Martyre du Chat", est l'hommage de Geluck aux victimes de l'attentat de Charlie Hebdo. Devant le Mémorial de Caen, l'œuvre incarne la liberté. La statue monumentale a été installée ce vendredi 10 novembre en présence de l'artiste.

Il fait un temps à ne pas mettre un dessinateur belge dehors. Le chariot élévateur s'avance sous une pluie drue, portant à bout de bras l'œuvre de l'artiste. Geluck guide le pilote. " Par là ! Un peu à droite ! Stop !" L'emplacement de la statue est tout sauf un détail : "c'est une vraie émotion parce que le Chat est là face aux drapeaux de tous les pays qui nous ont donné leurs gamins, la vie de leurs gamins pour nous libérer".

Étrange destin que celui de ce brave chat, né il y a quarante ans sous le crayon d'un dessinateur belge à temps partiel. Depuis lors, sous sa rondeur trompeuse, l'air de rien, le Chat nous observe. En peu de mots, il distille des calembours, des petites merveilles d'absurdité, des pensées faussement naïves, des saillies bien senties. Le Chat a conquis les cœurs. "Il a aujourd'hui battu le record du vrai chat le plus vieux du monde qui est mort à l'âge de 38 ans", sourit son papa.

Ce n'est pas la première fois que le Chat de Geluck vient ronronner aux oreilles des Caennais. Vingt statues de bronze avaient été exposées dans la ville entre octobre 2021 et février 2022. En toute logique, "Le Martyre du Chat" avait trouvé sa place sur l'esplanade du Mémorial, non loin du pistolet noué. "C'est mon Saint-Sebastien à moi. C'est le Martyre du Chat, transpercé par des crayons", précise Philippe Geluck.

Il y a quelques mois, la Ville de Caen a décidé d'acquérir cette œuvre, "une ode à la liberté d’expression et au respect mutuel des gens épris de liberté, de tolérance et de fraternité". Quatre mécènes y sont allés de leur poche pour aider la municipalité à financer la note de 280 000 euros.

La statue, haute de trois mètres, accuse 2500 kg sur la balance. Elle va désormais croiser le regards des visiteurs qui entrent au Mémorial. "Les artistes nous apportent une lumière, plaide Kléber Arhoul, le directeur du musée. L'œuvre de Philippe Geluck incarne la défense de la Liberté. Or, notre Mémorial a été conçu pour défendre la paix. Et lorsqu'on pense à la paix, on a la liberté au cœur."

Geluck contemple sa statue. "C'est une chance qu'il pleuve aujourd'hui, on voit moins mes larmes. Sur la façade du Mémorial, on peut lire cette phrase magnifique : de la blessure a jailli un fleuve de liberté. J'espère que la Liberté jaillira des blessures symboliques du Chat". L'eau ruisselle sur le métal. Le félin demeure imperturbable. "Le bronze traverse les siècles. Le Chat est là pour longtemps."