VIDÉO. 80 ans du débarquement : "paradoxalement, la déportation m'a sauvé la vie" à 15 jours près, il faisait partie des fusillés de la prison de Caen

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Une émission présentée par Gwenaëlle Louis, avec le témoignage exceptionnel de Bernard Duval, ancien résistant et déporté. ©France 3 Normandie

Bernard Duval était résistant. Arrêté en mars 1944, il est emprisonné par les Allemands dans la prison de Caen. Il en sort le 20 mai, déporté vers les camps de concentration. Paradoxalement, cette déportation lui a sauvé la vie. Le matin du 6 juin, les Allemands vont exécuter près de 70 résistants enfermés dans la prison. Aujourd'hui encore, personne ne sait où sont leurs corps. À l'occasion des 80 ans du Débarquement, France 3 Normandie vous propose un documentaire inédit et une émission spéciale sur ce crime de guerre et cette enquête inachevée, celle des fusillés de la prison de Caen.

J'ai eu la chance de faire partie du dernier convoi qui a quitté la prison en direction des camps de concentration quinze jours avant le massacre. En nous envoyant en camp de concentration, ils nous ont sauvé la vie. 

Bernard Duval, ancien résistant

dans l'émission spéciale "Les fusillés de la prison de Caen : et maintenant ?"

Bernard Duval faisait partie du réseau de résistance Front national. Arrêté en mars 1944, il est torturé au siège de la Gestapo situé au 44 rue des Jacobins à Caen puis enfermé dans la prison de Caen. Aujourd'hui âgé de 99 ans, il raconte : "Un raccord maçonnerie n'avait pas été fait autour d'une tuyauterie, ce qui nous permettait à plat ventre sous le lit en fer de la cellule de parler avec les détenus d'à côté. Les occupants de la cellule d'à côté, c'était le Dr Caluet de Falaise, Yves Guillou qui a été maire de Caen et Robert Douin. Robert Douin, je le connaissais très bien parce que c'était mon professeur des Beaux-arts. Il faisait de la Résistance, moi aussi, mais on n'en parlait pas, jamais."

Bernard Duval est déporté le 20 mai 1944. Robert Douin, lui, sera assassiné le 6 juin 1944 au matin par les Allemands, avec 71 (ou 72) autres détenus de la prison de Caen. Quelques heures après le début du Débarquement en Normandie, l’occupant ne veut pas que ces résistants soient libérés par les Alliés. Le jour même, les corps sont enterrés dans la prison de Caen.

Mais à la fin du mois de juin 1944, devant l’avancée des armées de libération, le SD (service de renseignement des SS) fait déterrer les corps pour masquer les preuves de ce crime de guerre. Des prisonniers français sont réquisitionnés pour exhumer et enterrer les corps dans un lieu tenu secret. 

Aujourd’hui encore, personne ne sait où sont les restes des fusillés de la prison de Caen.

À découvrir ce jeudi 6 juin à 23h55 sur France 3 Normandie, une émission spéciale "Les fusillés de la prison de Caen, et maintenant ?" présentée par Gwenaëlle Louis. Et bien sûr, quand vous voulez, sur notre page france.tv.

Parmi les témoignages poignants, celui de Robert Duval, qui revient pour la première fois dans la prison depuis sa déportation. Elle servait encore de maison d'arrêt jusqu'au mois de décembre 2023, où les prisonniers ont déménagé dans le centre pénitentiaire de Caen-Ifs.

France 3 Normandie vous propose une émission spéciale sur ce crime de guerre et cette enquête inachevée.

La douleur des familles

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Une coproduction Almérie Films et France Télévisions ©Un film de Dominique Adt

Mais avant l'émission, un documentaire inédit : "Massacrés le 6 juin, les fusillés de la prison de Caen" de Dominique Adt. Vous pourrez y découvrir les témoignages de descendants de fusillés, à jamais hantés par ce massacre.

Jean-Claude Boulard, fils de Robert Boulard, assassiné le 6 juin à 44 ans : "Il n'y a pas si longtemps que ça, je faisais encore des cauchemars (...) je pensais le voir arriver. Parce qu'on n'a jamais trouvé le corps, alors on se fait un monde."

Il nous a laissé quasiment une relique. Il avait sur lui une image de sa femme et de ses deux enfants. Cette photo a été remise à ma mère après, par un gardien de la prison de Caen. Elle était maculée de sang. Derrière, il avait écrit ses derniers adieux.

Marc-Antoine de Saint-Pol, fils de Guy de Saint-Pol, mort à 30 ans

dans le documentaire "Massacrés le 6 juin, les fusillés de la prison de Caen" de Dominique Adt

Joël Chaléat est né dans la nuit du 5 juin 1944, dans un abri souterrain, quelques heures avant que son père Paul Chaléat ne soit fusillé.

"Ça a été toute ma vie un vide absolu. En contrepartie, je me le suis fabriqué mon père, mais je n'entendrai jamais le son de sa voix. Ça m'a construit parce que je l'ai toujours considéré comme un héros. Un père absent est toujours le meilleur des pères", témoigne Joël Chaléat dans le documentaire.

"Massacrés le 6 juin, les fusillés de la prison de Caen" de Dominique Adt, à voir ce jeudi 6 juin à 23h05 sur France 3 Normandie et quand vous voulez, pendant un mois, sur notre plateforme france.tv.

Hommage présidentiel

Hier mercredi 5 juin avaient lieu les premières cérémonies officielles du 80e anniversaire du Débarquement. Emmanuel Macron, accompagné de la Première Dame, s'est rendu dans la soirée à Caen, devant l'ancienne prison pour une cérémonie en hommage aux fusillés, afin d'honorer l’engagement de la résistance française dans sa diversité et rendre mémoire aux victimes de la barbarie nazie, et notamment des exactions qui ont eu lieu dans de nombreuses prisons françaises.

Le président a salué Bernard Duval, 99 ans, et ensemble, ils ont déposé une gerbe en l'honneur des fusillés. La présence d'Emmanuel Macron sur les lieux du massacre met un peu de lumière sur ces héros privés de sépultures. Une minute de silence a été respectée, la Marseillaise entonnée par le Chœur de l'Armée française. Le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti et Sébastien Lecornu, le ministre des Armées étaient présents. Une cérémonie à retrouver sur notre page de replay france.tv.

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