“Guerre de la coquille Saint-Jacques” : les pêcheurs normands et anglais s'affrontent en mer !

Des images impressionnantes

Une quarantaine de pêcheurs normands est partie très tôt en mer le 28 août 2018. Leur objectif ? Aller à la rencontre de leurs homologues anglais pour leur exprimer leur mécontentement au sujet de la pêche à la coquille Saint-Jacques. Une rencontre qui a dégénéré en bataille navale.

Par Maxime Dewilder

Une bataille navale au large de la Normandie ! Environ 40 pêcheurs ont pris la mer très tôt ce matin depuis Trouville-sur-Mer, Port-en-Bessin ou encore Ouistreham (Calvados). Ils ont fait cap sur l'Angleterre, au large de la baie de Seine, pour aller à la rencontre des pêcheurs anglais à la coquille Saint-Jacques. 

Le rendez-vous a très vite tourné à l'affrontement. Les bateaux français ont encerclé les navires anglais pour les obliger à arrêter la pêche. Tandis que les fumigènes et les injures tendaient davantage encore l'atmosphère, certains bateaux ont agi en bélier en fonçant sur d'autres. Trois embarcations sont endommagées, présentant des trous dans leur coque.
L'affrontement entre navires normands et anglais vu par le capitaine de "La Rose des vents"

Le quotidien britannique le Daily Mail qualifiait cette confrontation de "guerre" sur les réseaux sociaux : 

À l'origine de ce problème, une différence de calendrier. La saison de la coquille ne débute que le 1er octobre pour les Français tandis que les Anglais raclent les fonds depuis plusieurs semaines déjà. Le problème est récurrent, tous les ans à la même période la tension monte entre les coquillards tricolores et ceux d'Outre-Manche.

"La réglementation française impose aux pêcheurs français de ne pas exploiter la coquille entre le 15 mai et le 1er octobre. Les Anglais n’ont pas à respecter cette réglementation", approuve Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches maritimes de Normandie.


Après la première charge, les Anglais se sont repliés avant de contre-attaquer ! Les bateaux se sont tournés autour et, au milieu des échanges tendus, les gendarmes sont finalement intervenus. Ces derniers ont notamment effectué des contrôles auprès des britanniques.

Concurrence déloyale

Les Normands se plaignent de concurrence déloyale dans les eaux internationales. Si la date de la saison de la coquille diffère en effet selon le pays, les Britanniques sont toutefois dans leur droit. La réglementation européenne stipule : "Les navires inscrits dans le fichier de la flotte de pêche de l’Union européenne (UE) bénéficient généralement d'une égalité d'accès à l'ensemble des eaux et des ressources de l'UE gérées au titre de la PCP (politique commune de pêche). L'accès aux pêcheries est en principe autorisé moyennant une licence de pêche".

Le texte de loi poursuit : "Dans les eaux situées à moins de 12 milles marins de ses côtes, un pays de l'UE peut limiter l'accès aux navires pêchant traditionnellement dans ces eaux à partir de ports de la côte adjacente, aux navires opérant au titre des relations de voisinage et aux navires pêchant les espèces indiquées à l'annexe I du règlement (UE) n° 1380/2013. Ces restrictions donnent généralement un accès privilégié aux navires pêchant traditionnellement dans ces eaux à partir de ports de la côte adjacente. Les Belges, les Britanniques, les Néerlandais et les Espagnols ont ainsi accès à certains secteurs de la bande littorale française".
La gendarmerie a calmé les marins présents

VIDEO :  reportage France 3 Normandie de Gwenaëlle Louis et  Christophe Meunier avec l'interview d'Anthony Quesnel

  • Anthony Quesnel, patron du bateau  "La Rose des vents"

Et maintenant ?

Les pêcheurs français n'ont pas le choix, ils doivent attendre le 1e octobre pour lancer la saison de la coquille. Les Britanniques, eux, n'ont aucune obligation de stopper leur activité d'ici là.

Dimitri Rogoff, président du Comité Régional des Pêches de Normandie, appelle à l'uniformisation des règles : "On ne veut pas empêcher les Anglais de pêcher. On veut seulement partager ce gâteau ensemble. Nous sommes voisins, il faut qu'on cohabite. L'Etat a déposé, au niveau européen, un projet pour créer une zone de gestion conjointe dans la Baie de Seine. L'objectif est que le règlement s'applique de la même manière tous les pays".
 

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