Normandie Impressionniste : L'hommage de Zao Wou-Ki à son maître Claude Monet. A ne pas rater !

Les Franciscaines de Deauville accueillent une exposition exceptionnelle, signée Zao Wou-Ki, un artiste sino-français, figure majeure de l'abstraction du XXème siècle. Parmi les tableaux, vous pourrez voir son triptyque, rendant hommage aux Nymphéas de Claude Monet.

Peinte en 1991, l'œuvre majestueuse trône au cœur de l'exposition. Zao Wou-Ki raconte sur près de 5 mètres de long ce passage de l'ombre, avec ces notes sombres et bleues à gauche, vers la lumière. 

Sobrement intitulée "Hommage à Claude Monet – Février à juin 1991", l'artiste ne cache pas son intention. Par le format, les couleurs, cette toile panoramique rappelle les Nymphéas du musée de l’Orangerie.

Zao Wou-Ki disait "Pour peindre, il faut regarder la peinture des autres". Et une des peintures qu'il a beaucoup regardée, c'est celle de Claude Monet.

Gilles Chazal, Commissaire de l'exposition "Zao Wou-Ki, les allées d’un autre monde"

Zao Wou-Ki se disait "absorbé par le spectacle de la nature perpétuellement changeante"

Il est intéressant de prendre le temps d'observer ses effets atmosphériques, avec ses nuances de bleus et de mauves qui résonnent avec le jardin de Giverny de Claude Monet. 

Ce sont des couches superposées, tellement subtiles qu'on a l'impression qu'il y a un petit millimètre de peinture en épaisseur. En fait il y a dix, quinze couches qui se superposent. Cela donne un sentiment d'ensemble de loin. Mais en se rapprochant, chaque centimètre carré est un tableau", précise le commissaire de l'exposition et par ailleurs directeur honoraire du Petit Palais, à Paris, Gilles Chazal.

Zao Wou-Ki parlait peu de sa peinture mais il a très bien expliqué qu'il voulait peindre l'espace, la lumière, le mouvement. Autant de réalités que l'on retrouve chez Monet. Le maître impressionniste a d'ailleurs forgé son regard sur la nature, avec toute sa complexité. 

"Quand il était jeune, en Chine, son école se trouvait près d'un lac très célèbre, qui attirait les poètes et lui passait un temps infini à regarder le mouvement de l'eau, avec les effets du vent et les changements de lumière." raconte Gilles Chazal.

Une exposition qui montre pour la première fois toutes les techniques de Zao Wou-Ki

L'artiste aime les grands formats. À l'image de cette imposante décoration murale de plus de seize mètres de long, aux motifs ocres et bleutés qui rappellent le littoral du sud de la France.

Ces neuf panneaux ont été créés, en 1981, sur commande de l’Etat pour un collège de La Seyne-sur-Mer, construit par l'architecte Roger Taillibert, également auteur de la célèbre piscine olympique de
Deauville (1965).

Retirée de son emplacement initial pour des raisons de conservation, cette création, peu connue, est présentée pour la première fois au grand public. 

Reportage signé Sabine Daniel et Bertrand Goulet

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Les Franciscaines de Deauville accueille une exposition exceptionnelle, signée Zao Wou-Ki, un artiste sino-français, figure majeure de l'abstraction du XXème siècle. Parmi les tableaux, vous pourrez voir son triptyque, rendant hommage aux Nymphéas de Claude Monet. Un temps fort du festival à ne pas manquer. ©Sabine Daniel

Célébrée dans le monde entier, l'esthétique de Zao Wou-Ki ne se contemple pas seulement sur des toiles. Tapisseries, porcelaines, livres de poésie, l'artiste, qui s'est éteint en 2013, aimait explorer. 

Le parcours se concentre d'ailleurs sur ces dernières créations, entre 1980 et 2010. "À la fin de sa vie, la peinture l’épuise. Il se tourne de plus en plus vers l’encre et l’aquarelle", explique Gilles Chazal.

Zao Wou-ki, de l'encre de Chine à l'aquarelle

C'est le peintre d’origine chinoise le plus célèbre au monde. Né en 1920, dans une famille aristocratique et lettrée, Zao Wou-Ki pratique la peinture depuis l'âge de 10 ans. Son grand-père lui enseigne la calligraphie et à l'âge de 14 ans, il rentre à l’Académie des beaux-arts de Hangzhou. 

Émerveillé par Monet, Cézanne et Renoir, il fait des séjours en France, avant de s'y installer définitivement en 1960. Tous les matins, il montait les marches de l'escalier jusqu'à son atelier, situé au dernier étage de sa maison du quartier Montaparnasse, tel "un ouvrier" de la peinture. Il sera naturalisé français en 1964. 

À sa mort, à l'âge de 93 ans, les critiques d'art saluaient la puissance de son geste, qui pourrait s'apparenter à ses racines chinoises, et sa grâce retracée à la peinture l'huile, caractéristique de l'art européen.

C'est donc bouleversant de plonger à nouveau son regard dans ses peintures aériennes et de découvrir ses œuvres, moins connues, présentées aux Franciscaines, jusqu'au 26 mai.