A Hérouville-Saint-Clair, le cinéma de quartier prend naissance au Carré Bleu

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Hérouville-Saint-Clair, banlieue de Caen, quartiers des Belles Portes. Ici, rien n’évoque à priori Rome et les studios de Cinecittà, ou Saint Denis et sa Cité du Cinéma. Pourtant, au sein de l’association du Carré Bleu, un projet cinématographique prends corps, avec des habitants du quartier devant la caméra.

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La pyramide du Louvre d’Hérouville


La cité se réveille, la lumière matinale illumine les barres de béton d’une teinte jaune orangée. Après avoir traversé le quartier, nous arrivons devant le portail de Raouf Brahmia, le responsable de la structure « Carré bleu ». Raouf nous accueille avec un sourire timide, nous tend la main et nous invite à le rejoindre prendre un café sur le toit de son atelier. Entre deux gorgées il plaisante en nous montrant une petite pyramide de plexiglas…. « Ici, on est sur mon toit et vous pouvez apercevoir la pyramide du
Louvre d’Hérouville-Saint-Clair », avant d’ajouter « C’est mon atelier juste en bas, j’y élabore le storyboard du film, venez je vous montre… ».

« Le voile m’a introduit au cinéma »


L’atelier de Raouf est un lieu fascinant. Entre toiles et installations artistiques, on y remarque une collection de photos personnelles « Cette photo-là, c’est quelques mois avant mon départ d’Algérie, il y a 26 ans. ». Un départ qui a marqué Raouf au plus profond de son âme. « Je travaille sur l’identité et le voyage depuis mon passage aux beaux-arts. Quand je suis arrivé ici, j’avais peur de perdre mon identité algérienne. Mais au fur et à mesure du temps, ma vie ici a aussi contribué à façonner mon
identité. ».


Raouf prend quelques secondes de réflexion et saisit une oeuvre « Cette toile représente mon premier voyage. J’été jeune, c’était en Tunisie. A la frontière, il y a une bande d’1 kilomètre, qui n’appartient à personne. J’y ai ressenti un vent de liberté que je n’ai plus jamais ressenti dans ma vie ». Puis de nous montrer une dernière photo d’une femme portant un voile traditionnel algérien, et de s’esclaffer « Le voile m’a introduit au cinéma ! Quand j’étais petit, ma mère allait au cinéma avec ses amies et me cachait dans sa tenue traditionnelle pour me faire rentrer avec elle. Et là ça a été la révélation, un nouveau monde s’est ouvert à moi ! » conclut-il, nostalgique.
Il est 13h et Raouf nous emmène au 4-6 « c’est le meilleur Kebab du coin, vous serez pas déçu » affirme-t-il. Nos grecs à la main, nous rejoignons le centre culturel du quartier avant d’entamer la dernière session de répétitions avant le tournage du film qu’il est en train de préparer « La chèvre des Belles Portes » avec des acteurs professionnels et amateurs, issus du quartier.

« Au quartier, tout le monde me dit que j’ai la gueule d’un artiste »


Sur le chemin nous croisons Mimoune, 68 ans, une figure historique du quartier. Mimoune est imposant, non par sa taille mais par ce qu’il dégage. La profondeur du bleu de ses yeux n’a d’égal que la puissance du sourire avec lequel il nous accueille « Raouf comment tu vas mon frère ?! » s’exclame-t-il. Son phrasé saccadé et maladroit renforce pourtant son éloquence « Depuis toujours au quartier, tout le monde me dit que j’ai la gueule d’un artiste ». Les rires retombent et le ton redevient solennel « En réalité, je n’ai jamais pensé pouvoir jouer dans un film… Moi à la base mon truc c’est le football, j’entraine une équipe ici à Hérouville. On peut dire que c’est le destin qui a fini par taper à ma porte ». Raouf enchaîne « Mimoune n’est pas du tout un acteur professionnel, mais il vient jouer avec ses tripes, il donne tout ce qu’il a, et parfois on a des résultats au-delà des espérances avec ce type d’acteur ». Mimoune tape alors dans la main de Raouf et ajoute plein de gratitude « Ici au quartier on remercie Raouf, il a amené un nouveau vent de culture, c’est vraiment une tête, et surtout ça m’a permis de passer plus de temps avec mon fils, qui me coache pour mon rôle, j’ai l’impression qu’il s’occupe de moi comme je me suis occupé de lui… » lâche le doyen de l’aventure en guise de conclusion… Il ne reste plus qu’à dire : action.