Il n'y a pas de races de chien dangereuses : conseils pour bien choisir le vôtre

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Écrit par Amandine Pinault .

Leur physique n’est pas engageant et ils font fuir. Mais la peur que suscite les chiens appartenant à certaines races n’est pas fondée scientifiquement. Les rottweilers et les pitt bulls ne sont pas plus dangereux que les labradors : décryptage avec un vétérinaire comportementaliste.

Quand ils arrivent en ville, tout le monde change de trottoir. Les rottweilers, pitt bulls, american staffordshire terrier (alias “amstaff”), et de manière générale les chiens de grande taille, imposants, souvent de couleur foncée, font peur. Pour Sylvain Girodon, vétérinaire à Mondeville (14) et le premier en France à avoir obtenu le diplôme de comportementaliste, ces chiens sont « juste victimes d’un délit de sale gueule ».

La loi sur les chiens dangereux a renforcé les préjugés

Mais cette appréhension ne se base pas que sur le physique de ces animaux. Elle remonte à la loi du 6 janvier 1999 sur les chiens dits dangereux. Ce texte a classé les chiens en plusieurs catégories : la catégorie 1 pour les chiens d’attaque et la catégorie 2 pour les chiens de garde et de défense. La loi interdit à certaines personnes de détenir ces chiens, elle oblige les propriétaires à les identifier, à les déclarer, à les stériliser et à leur mettre une muselière dans l’espace public.

« Cette loi de 1999 a été faite pour lutter contre les dealers de banlieue. » explique Sylvain Girodon.  Aujourd’hui, selon le vétérinaire comportementaliste, « le problème social a disparu mais les préjugés sont restés contres ces races-là. »

Et notre vétérinaire n’est pas le seul à en arriver à cette conclusion. L’agence nationale de sécurité sanitaire et de l’alimentation (Anses) a rendu un rapport et un avis sur le risque de morsure de chien en octobre 2020. L’Anses conclut que "ce risque ne peut se fonder de manière fiable sur la seule race ou le type racial du chien.»

A ce jour, aucune étude scientifique ne met en effet en évidence un risque plus élevé de morsure par les chiens de catégories 1 et 2 dits « dangereux ». Les États-Unis, les Pays-Bas ou l’Italie, qui avaient adopté des catégorisations similaires, les ont abandonnées après avoir constaté leur inefficacité dans la réduction du risque de morsure.

Anses

L’éducation : la meilleure arme contre les morsures de chien

Si la race n’a pas un rôle déterminant dans l’agressivité d’un chien, l’éducation, elle, est fondamentale.

L’important c’est l’éducation qu’on va lui donner, sa place dans la maison, sa place dans la hiérarchie.

Sylvain Girodon, vétérinaire comportementaliste

Selon Sylvain Girodon, non seulement les rottweilers et autres pitt bulls ne sont pas plus dangereux que les autres, mais « ils sont même moins dangereux, Parce que leur maitre se donnent beaucoup de mal pour montrer qu’ils sont comme les autres. »

Avec des cours d’éducation dès le plus jeune âge (écoles du chiot), une bonne socialisation et des activités physiques et mentales régulières, le chien sera bien dans ses pattes, quelle que soit sa race.

Et c’est valable dans les deux sens. Sans éducation ni environnement favorable à son bien-être, le chien pourra devenir agressif et mordeur, quelle que soit sa race.

En fait souvent le chien mordeur c’est le bon gros toutou de la maison, le labrador, le petit chien à mamie, car ils ne sont pas toujours bien élevés

Sylvain Girodon, vétérinaire comportementaliste

 

Ainsi selon l’Anses, il faut sensibiliser les adultes et les enfants, propriétaires ou non de chien « au bien-être, besoins et attentes d’un chien ainsi qu’à la reconnaissance des signaux de stress chez l’animal : léchage de la truffe, bâillements répétitifs, détournement du regard", ainsi qu’ « au fait que tous les chiens peuvent mordre, quelle que soit leur taille ou leur race, et qu’en conséquence il ne faut jamais laisser un enfant seul avec un chien sans la surveillance active d’un adulte.

Tel chien, tel maître ?

Sylvain Girodon plaide donc en faveur de ces chiens, victimes d’un délit de sale gueule et lutte contre un autre préjugé. « Le physique de l’animal n’est pas neutre, mais est-ce que c’est intéressant, je ne suis pas sûr. Quand on dit tel chien, tel maître, on pense tout de suite que ce gros monsieur va avoir un bouledogue français et ce petit freluquet un lévrier d’Italie, mais c’est un cliché ! »

Selon le vétérinaire comportementaliste, ce qui fait que le chien ressemble à son maître est à chercher du côté psychique, du côté des échanges émotionnels.

Les chiens sont des éponges émotionnelles. Quand on part de la maison, et qu’on est anxieux, on a peur de laisser l’animal seul, on lui transmet des signaux de peur et  d’anxiété. A son tour, le chien sera anxieux et il va peut-être déclencher des destructions. 

Sylvain Girodon, vétérinaire comportementaliste

L’important pour choisir son chien c’est d’abord de faire un état des lieux de son mode de vie, du temps et des activités que l’on veut/ peut faire avec son compagnon. Et de choisir la race en fonction.

Le choix ne doit pas reposer sur des critères esthétiques, même si le physique compte en termes de potentiel à canaliser. Plutôt que de dire « tel chien tel maître », Sylvain Girodon préfère "tel maître, tel chien". 

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