"Le 6 juin 44 ? Ça ne me dit rien" : quand l'armée américaine doit lutter contre l'oubli du Débarquement dans ses rangs

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80 ans après le Débarquement en Normandie, que reste-t-il du D-Day aux Etat-Unis ? Pour la population, et même au sein de l'armée américaine, le 6 juin 1944 est parti bien loin. Reportage à Fort Campbell, où les enseignants se battent pour préserver la mémoire des héros de la Seconde Guerre mondiale. Reportage : Florent Turpin et Simon Le Pape Montage : Xavier Gérard ©France Télévisions

80 ans après le Débarquement en Normandie, que reste-t-il du D-Day aux Etats-Unis ? Pour la population, et même au sein de l'armée américaine, le 6 juin 1944 s'efface des mémoires. Reportage à Fort Campbell, où les enseignants se battent pour préserver le souvenir des héros de la Seconde Guerre mondiale.

À la frontière entre le Kentucky et le Tennessee, Fort Campbell est l'une des plus grandes bases de l'armée américaine, le fief de la mythique 101e Airborne. "C'est une petite ville à part entière. Ici, sur la base, on a tous les services nécessaires, explique Sergent Josh. On a des centres commerciaux, notre propre police, notre caserne de pompiers, des crèches, des écoles, il y a vraiment tout ici".

La 101e Airborne, division mythique du Débarquement

Normandy boulevard, Carentan road : à Fort Campbell, les rues portent les noms des grandes batailles de la division aéroportée. Dans la nuit du 6 juin 1944, quelques heures avant le Débarquement, quelque 6 500 soldats de la 101e Airborne sont parachutés dans le secteur de Carentan pour prendre à revers les défenses allemandes. Mais les conditions sont mauvaises. En quelques heures, 1 500 hommes sont pris au piège dans les marais. Sous la mitraille allemande, ils meurent ou deviennent prisonniers. 

Ces gars-là avaient 18 ou 19 ans, n'avaient jamais voyagé à plus de 30 km de leur petite ferme. Soudain, ils se retrouvent à l'autre bout du monde, à sauter d'un avion dans une zone de combat au milieu de la nuit. Leur unique moyen de se rassurer était de se dire que leurs frères d'armes, juste à côté, ressentaient exactement la même chose. C'est impossible d'imaginer à quel point ça devait être terrifiant de sauter comme ça dans l'obscurité. 

Sergent Williford, 101e Airborne

Quelques jours après le Débarquement, les hommes de la division réussissent à libérer Saint-Côme-du-Mont et Carentan, deux victoires majeures dans la bataille de Normandie.

Une mémoire collective défaillante

80 ans plus tard, la 101e Airborne continue d'entretenir l'histoire des batailles qui ont fait sa légende, même si pour les nouvelles recrues, la bataille de Normandie semble déjà bien loin. 

"Le 6 juin 1944 ? Ça ne me dit rien du tout", répond un jeune soldat. Même lorsque l'on précise le pays concerné, un de ses camarades sèche également. "En France ? Aucune idée !", concède-t-il. Finalement, un autre comparse leur vient en aide, sans grande certitude toutefois. "1944 ? Euh, c'était le D-Day, n'est-ce pas ?"

Aux Etats-Unis aussi, les jeunes générations ont tendance à oublier l'histoire du Débarquement. "C'est dommage, mais on oublie notre culture, on oublie ce que nos grands-parents ont fait aussi, se désole Clinto Wilbaks, sergent de la 101e Airborne. Mais ce que l'armée fait, dès qu'un nouveau arrive ici, c'est d'éduquer les jeunes. C'est notre responsabilité. Alors, s'ils ne savent pas encore, ils vont vite savoir !

Préserver le souvenir du D-Day

Pour ne pas oublier, au lycée de Fort Cambell, les enfants de militaire suivent des cours d'histoires un peu particuliers. Régulièrement, les professeurs se transforment en comédiens, pour enseigner aux élèves l'histoire des parachutistes de la 101e Airborne, ou bien celle du Débarquement sur les plages normandes. Pour ce faire, Dennis, professeur d'histoire-géographie, a construit une barge de fortune, en carton, où il entasse les élèves comme les soldats du 6 juin 1944. 

"Imaginez ce qu'il s'est passé quand les portes se sont ouvertes, leur dit-il... Bam, les mitrailleuses allemandes tiraient de tous les côtés. Ce jour-là, la majorité des soldats des deux premières lignes ne sont pas revenus". L'immersion est garantie, avec des vidéos du Débarquement, et même quelques petits jets d'eau pour donner l'illusion des embruns marins de la Manche.

L'idée est de montrer aux élèves ce que les soldats ont ressenti ce jour-là. En les plaçant comme ça, dans ces barges de fortune, ils comprennent ce que c'était vraiment de se battre sur les plages. Les petites pulvérisations d'eau, le bruit, cela leur montre à quel point c'était chaotique et terrifiant. Ils n'avaient aucune idée de ce qui allait leur arriver, mais tous savaient qu'ils avaient une mission à effectuer. 

Dennis, professeur d'histoire-Géographie au lycée de Fort Campbell

La mise en condition est payante auprès d'élèves très réceptifs à la démonstration. "Je pense que c'était totalement effrayant, même indescriptible, le simple fait d'être dans ce bateau nous donne cette impression. Alors, on imagine leur cauchemar", explique un premier lycéen. "On ne pouvait rien voir de ce qui allait se passer dans ce petit espace, ça devait être totalement terrifiant", renchérit un camarade. 

Sur la base de Fort Campbell, l'armée US tente d'entretenir chaque jour la mémoire de ses soldats tombés il y a 80 ans à plus de 5 000 kilomètres, sur les plages de Normandie.

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