Les lieux de mémoire peuvent-ils être conservés grâce aux archéologues et aux témoignages d’anciens réfugiés ?

Archéologues (à gauche) et Yvette Lethimonnier, ancienne refugiée à la carrière de Fleury-sur-Orne (à droite) / © David Geoffroy
Archéologues (à gauche) et Yvette Lethimonnier, ancienne refugiée à la carrière de Fleury-sur-Orne (à droite) / © David Geoffroy

Les lieux historiques sont ancrés dans les mémoires mais qui se souvient des refuges ? Grâce à une étude archéologique et au témoignage d’Yvette Lethimonnier, une ancienne réfugiée de la carrière souterraine de la brasserie Saingt à Fleury-sur-Orne, retour en 1944, sur les traces du passé.

Par Aurélie Duplessi

Les témoignages des anciens refugiés sont complémentaires au travail des archéologues


6 juin 1944, la ville de Caen est sous les bombes. Près de plusieurs dizaines de milliers de civils cherchent à se mettre à l'abri. Certains se réfugient dans des caves, d'autres dans des anciennes carrières de pierres en périphérie de Caen. C'est le cas d'Yvette Lethimonnier, ancienne réfugiée qui a vécu presque deux mois au sein de la carrière souterraine de la brasserie Saingt à Fleury-sur-Orne, au sud de Caen. 50 ans après, lorsqu'Yvette retourne sur les lieux, ses souvenirs reviennent.
 
C'est avec émotion que témoigne Yvette Lethimonnier dans le documentaire "le refuge oublié" : 

Quand on y repense, on se demande si c’était réellement possible. Les dernières semaines, comment on a pu supporter ça.  

Trailer du documentaire "Le refuge oublié"


Au Mémorial de Caen, les témoignages des plus anciens sont archivés. Ils sont d’une aide précieuse et les témoignages les plus récents comme celui d’Yvette enrichissent l’histoire.
Selon Laurent Dujardin, historien et archéologue à l’université de Caen qui collecte les témoignages de civils :  

Le témoignage est quelque chose d’absolument fondamental.


Afin d’en savoir plus, la carrière Saingt a fait l’objet d’une vaste étude archéologique pour comprendre l’occupation des réfugiés. L’interprétation archéologique et l’intervention des témoins permettent de vérifier si l’histoire est compatible.

Grâce aux témoignages recueillis et au travail des archéologues, on découvre le mode de vie des réfugiés durant cette période. Au sein de cette carrière, les archéologues retrouvent une multitude d’objets : des chaussures, des bouteilles qui servaient à transporter l’eau du puits, même des bouteilles de calva, des objets de la vie de tous les jours : couverts, produits d’hygiène, pièces de monnaie… Ils retrouvent également des objets de valeur comme une horloge ou encore des bijoux mais aussi des objets d’enfants : boîtes à musiques, jouets… Pour se réchauffer, ils avient des briques réfractaires et des braseros où il reste quelques charbons de bois à l’intérieur. Le passage des allemands dans la carrière est marqué par les restes de masques à gaz allemand. Les nombreuses pièces polonaises permettent de déterminer la présence de soldats polonais. Autre indicateur : des fragments de pellicules photographiques retrouvés indiquent la présence de soldats alliés qui étaient accompagnés de photographes et de cinéastes.
 
Objet d'enfant retrouvé dans la carrière souterraine de Fleury-sur-Orne / © Court-jus Production
Objet d'enfant retrouvé dans la carrière souterraine de Fleury-sur-Orne / © Court-jus Production


Comment se nourrissaient-ils ?
La carrière servait de champignonnières. Quand ils le pouvaient, les civils sortaient pour chercher des ravitaillements. Ils allaient dans les champs derrière et ramenaient des animaux tués, mais aussi des légumes. Yvette s’en rappelle très bien car sa famille s’occupait du repas avec un trépied et une marmite. Yvette s’échappait par le puits pour aller chercher du chocolat. C’est là où elle a reçu l’éclat d’obus dans la jambe.

Bien que les réfugiés manquaient d’intimité et étaient à l’étroit, ils ont su déterminer des axes de circulation à l’aide de pierres, de planches ou de draps. Les familles étaient les unes à côté des autres. Ils avaient des couvertures et la paille servait de matelas. Le sol était recouvert de boue de bières.

Durant leurs recherches, les archéologues ont découvert l’accès à une petite salle situé près de l’entrée de la carrière Saingt. Cette découverte a été très émouvante particulièrement pour Albane Burens, archéologue au CNRS car tout est resté en l’état, c'est un lieu riche en mémoire.
 

Photos du documentaire "le refuge oublié"



19 juillet 1944, une date clé pour tous ces réfugiés. Les canadiens sont arrivés pour les délivrer. Les archéologues observent les graffitis : des initiales avec les dates liées à la libération elle-même.

En 1944, la carrière Saingt appartenait à un brasseur. Lorsque la libération est arrivée, celle-ci a été scellée. Aujourd’hui, la brasserie a disparu. Le dernier accès à la carrière se fait par un ancien puits. Même si elle n’est pas visible du grand public, le souvenir reste. C’est ce que le réalisateur David Geoffroy a souhaité montrer à travers ce documentaire : une belle manière de faire découvrir aux jeunes l’occupation et la délivrance.
 
Les carrières refuge de Fleury-sur-Orne (1944) Episode 4
 

Le refuge oublié

Découvrez le documentaire de 52'
Lundi 16 septembre 2019 en seconde partie de soirée
► Rediffusion le vendredi 20 septembre à 09h15
► Un documentaire réalisé par : David Geoffroy
► Coproduction : France Télévisions, France 3 Normandie, Court-jus Production, Inrap
► Avec le soutien du Ministère de la Culture - SRA DRAC Normandie, du Conseil départemental du Calvados et de la commune de Fleury-sur-Orne

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