Pollution des eaux de baignade : peut-on les éviter ?

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Arriver à la plage pour se rafraîchir. Et se retrouver devant un arrêté municipal qui annonce que la plage est fermée pour pollution, c’est frustrant. La responsable est une bactérie aujourd’hui bien connue : l’Escherichia Coli.

La plage de Saint-Pair-sur-Mer affiche des dégradés turquoise. Une véritable invitation à se prélasser sur le sable. Mais c'est un paradis sous surveillance : l’été dernier, pas moins de 20 prélèvements d’eau ont été effectués. La maire de la commune a interdit la baignade par quatre fois. Ces mesures préventives n’ont duré que 48 heures — le temps que l’Escherichia coli se dilue dans les eaux. 

Quant aux causes de la pollution bactérienne, l’édile est catégorique : "La station d’épuration n’est pas située géographiquement de manière à être dangereuse, et depuis 10 ans, une gestion est menée de manière active pour effectuer tous les raccordements des habitations le long du littoral qui sont des maisons qui datent du début du XXe siècle."

La raison de la pollution est donc à chercher ailleurs, et cet "ailleurs" se trouve dans la morphologie de la plage du Casino. Elle est encadrée par deux rivières, au nord la Saigue et au sud, le Thar.

Il y a de la production fécale liée à l'élevage, et en cas de fortes pluies, les lessivages contaminent l’eau de mer.

Anaïg le Jossic, maire de Saint-Pair-sur-Mer

Pour Anaïg Le Jossic, les pollutions répétées proviennent de là. "La pluviométrie importante ou la courantologie peuvent faire varier le taux de la bactérie. C’est essentiellement dû à des pluies orageuses, j’en veux pour preuve l’été 2022 qui a été très sec et un sol sec n’absorbe pas les eaux de pluie. Ce lessivage de terres agricoles plusieurs kilomètres en amont est pris en charge par le fleuve. Il ne faut pas stigmatiser les activités humaines, mais on est sur une terre d’élevage." 

 

Des sondes ont été positionnées à l’embouchure des deux rivières qui cernent la plage du casino. "Elles déclenchent l’alerte en cas de pollution, et je reçois un signal. On se concerte alors avec les autres maires et avec l’Agence régionale de Santé qui vient faire prélèvements dans la foulée", explique l’élue locale.

Pas si simple de déterminer l'origine d'une pollution

Cela peut sembler évident de déterminer l'origine exacte d'une pollution, mais sur le terrain, les scientifiques y travaillent encore. Jean-Louis Blin y œuvre pour le SMEL (Synergie Mer et Littoral) un syndicat mixte de la Manche. Il a réalisé avec d’autres scientifiques une campagne de relevés dans des rivières en amont de la côte ouest du Cotentin. Son arme : un petit buvard rond. Il n’a l’air de rien, enfermé dans un panier percé et balancé dans l’eau douce. Mais ce buvard mis au point par des chercheurs de l’Ifremer fait avancer les choses.

"Dans les rivières, on peut avoir des flux polluants fécaux en toute petite quantité. Par rapport à l’indicateur principal qu’est l’Escherichia coli, il va y avoir d’autres petits indicateurs, des traceurs qui permettent de retrouver l’origine de ces pollutions fécales. Les scientifiques d’Ifremer ont développé des analyses de ces traceurs pour discriminer une pollution fécale animale venue de ruminants (bovins, chevaux, ovins) ou humaine. Ça apporte un vrai plus, mais cela n’est encore qu’au stade de recherche/développement, on teste. "

Des larves d'oursin pour vérifier la qualité de l'eau de mer

D’autres tests ont lieu en laboratoire avec des indicateurs qui, cette fois, n’ont rien d’un buvard. Il s’agit de bébés oursins, plus exactement de larves d’oursin. Le SMEL y travaille depuis quelques années. D’ailleurs, Julia Sosinski, doctorante pour l’université de Caen, garde l’œil dans son microscope. Son regard vigilant scrute leur développement.

 "On regarde les larves d’oursin âgées de 3 jours qui sont très sensibles à leur environnement. Elles vont avoir des déformations quand la qualité de l’eau diminue. Plus l’eau est de bonne qualité, plus les larves sont grandes et bien formées. Ce bio-indicateur donne un état global de la qualité de l’eau mais on ne peut pas cibler : il y a beaucoup de facteurs qui influencent le développement des larves : ça peut être la salinité, le taux d’oxygène dans l’eau ou la présence de pesticides, de métaux."

Un test de qualité de l’eau simple et peu coûteux

C’est donc une bonne première approche pour mesurer la pollution microbiologique de la mer. Les larves d’oursins et les buvards sont d’ailleurs utilisés conjointement pour la première fois sur un terrain d’études. Utah Beach est certes la plage où les alliés américains ont débarqué en Normandie. C’est aussi une zone de mytiliculture et d’ostréiculture. Le développement des moules a connu des aléas il y a deux ans. Mortalité élevée et croissance entravée.

Pour mieux cerner le phénomène, le SMEL teste grandeur nature les bios indicateurs que sont les larves d’oursins et les buvards. L’étude ne porte pas que sur l’Escherichia coli, son ambition est bien plus large. Et, elle est encore en cours de déploiement. Pas de résultats en vue par conséquent

Revenons donc à notre bactérie fécale. Si elle gêne les baigneurs et les élus, elle contrarie aussi les producteurs d’huîtres et de moules. Le président du comité régional de la Conchyliculture a un avis assez tranché. Selon lui, sur la côte est du Cotentin, les sources possibles de contamination ne font pas de doute.

On veut des alertes quand la pollution arrive

Thierry Hélie, Comité régional de la conchyliculture

"Il faut des stations d’épuration aux normes et des raccordements aux normes. La station peut être bien, mais ses tuyaux défectueux. En plus, sur la côte, les maisons de vacances ont des fosses septiques pas toujours adaptées. Ajoutez à cela les campings-caristes : sur dix camping-cars, un ou deux rejettent les eaux grises dans les fossés, ça va ramener les polluants en cas de pluie forte vers la mer " estime Thierry Hélie.

L’Escherichia coli est le cousin d’un norovirus qu’on retrouve dans les huîtres, ce virus provoque des gastro-entérites chez les consommateurs. L’impact économique peut être lourd pour les professionnels.

"Quand nos élevages sont contaminés, on peut avoir des fermetures pendant 28 jours. Imaginez en période de Noël, ce sont des milliers de tonnes qui ne sont pas vendues, ça se compte en dizaines de millions d’euros perdus. On en a marre d’être « pollués payeurs ». En plus, pour faire de l’aquaculture biologique, il faut que la qualité sanitaire de l’eau soit en A. On est donc empêché par les collectivités territoriales de faire de l’aquaculture biologique".

Identifier précisément la ou les sources de pollution va permettre d’éloigner les suspicions. Et peut-être d’agir pour les éviter.

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